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Cary Joji Fukunaga, réalisateur du dernier James Bond: "Casino Royale est le point de départ que j’ai complété avec des ressorts dramatiques"

"Mourir peut attendre" sortira en salle le 6 octobre et casse les codes de la saga. Son réalisateur loue le talent de Daniel Craig, la complexité de Bond et l’émotion qui vient se mêler à l’action.

thomas michel Publié le 30/09/2021 à 21:40, mis à jour le 30/09/2021 à 21:41
interview
Cary Fukanaga était accompagné de Sharon Stone et du prince Albert II, mercredi soir pour l’avant-première monégasque du 25e James Bond. Photo Jean-François Ottonello

Sa classe et son flegme pourraient en faire un candidat crédible à la succession de Daniel Craig dans le costume de 007. Mais c’est bien derrière la caméra qu’il se bonifie d’année en année.

Mercredi soir, au lendemain de l’avant-première mondiale à Londres de Mourir peut attendre (No Time To Die, en anglais), le réalisateur et scénariste Cary Joji Fukunaga était l’invité d’honneur de l’avant-première monégasque, organisée à l’Opéra Garnier par la Fondation Princesse Grace USA. Cette même fondation qui l’accompagne depuis ses tout débuts (lire ci-dessous).

Avant qu’il n’embarque vers le tapis rouge où l’attendait Sharon Stone, dans une Aston Martin DB5 pilotée par le prince Albert II, Cary Fukunaga a répondu – sans spoiler – à nos questions. Action!

 

Qu’est-ce que ça fait de tourner un James Bond?
C’est vraiment un rêve d’enfant. Quand Casino Royale est sorti, j’étais encore à l’école de cinéma. Je n’aurais jamais imaginé que quinze ans plus tard je serai ici. ça vous amène à vous demander comment vous en êtes arrivé là, et ça me donne le sentiment d’avoir accompli quelque chose. Je suis très fier de ce que nous avons fait et de faire partie de cette aventure.

Qu’est-ce que votre James Bond a de particulier?
Je me suis beaucoup inspiré de Casino Royale. C’est le point de départ que j’ai complété avec des ressorts dramatiques. J’ai aussi utilisé des références du passé comme On ne vit que deux fois, Au service de sa Majesté ou Dr No, mais il y a une trame émotionnelle qui crée un tout nouveau sentiment quand vous regardez le film. En plus de l’action et des frissons, il y a des sentiments qui pourraient surprendre le spectateur.

A-t-on déjà été aussi loin dans l’exploration du personnage de James Bond, sa psychologie?
L’un des avantages au fait que les films de Daniel soient connectés, c’est que l’on peut explorer beaucoup de personnages différents. C’est la répétition qui permet cela. Sans les films précédents, sans sa relation avec l’inspecteur Madeleine Swan [Léa Seydoux, ndlr], celle avec Judy Dench dans Skyfall et les révélations sur sa jeunesse, nous n’aurions pas pu aller si loin dans l’exploration.

No Time To Die introduit une révolution, puisque Bond, le solitaire, est en couple. On n’affronte pas le danger de la même manière…
Exactement. C’est à cause du danger qu’il vivait seul. Je crois que la trahison à laquelle il a été confronté fait qu’il ne peut plus faire confiance à personne. Faire le premier pas est une chose très difficile pour lui. D’autant plus que la dernière fois, ça ne s’est pas bien passé. Mais comme vous le dîtes, quand on décide d’être responsable du bien-être de quelqu’un, cela nous rend beaucoup plus vulnérable. Et il l’est dans la traque que lui mènent ses ennemis.

Quel est le conseil le plus important que Daniel Craig vous ait donné durant le tournage?
Je ne sais pas si c’était un conseil, mais il m’a aidé sur les dialogues. Surtout les répliques, parce qu’il ne dit pas grand-chose (rire). Souvent, au début, on écrivait encore et encore. Chacun avait son idée sur ce qu’il devait dire. Et Daniel disait: ‘‘Je ne sais pas ce qu’il est censé dire (rire), mais on y arrivera’’. Il a tellement d’expérience. Il a insufflé quinze ans de carrière à ce personnage. Il parvient à trouver comment faire dire les choses à Bond. Tout le monde ne voit pas la complexité de Bond, et c’est pour ça que je pense qu’il est le meilleur Bond. Il a donné une dimension supplémentaire au rôle.

C’est la première fois également qu’une femme endosse le rôle d’agent 00, et Lashana Lynch a subi des attaques racistes. Quelle est la meilleure réponse?
Je préfère ne pas m’adresser aux esprits simples. Les gens qui sont en colère sur les réseaux sociaux réagissent par peur. Il n’y a pas de bonne réponse à apporter. La meilleure réponse, c’est de construire des personnages complexes. Car pour avoir une bonne histoire, il faut des personnages complexes, et notamment des femmes dans la dimension dramatique.

 

Votre propre père a été victime de ségrégation (1). C’est une plaie ouverte que vous aimeriez porter à l’écran?
Les aspects sociaux sont souvent difficiles à infuser dans une histoire. C’est une couche supplémentaire. Mais mon histoire personnelle et celle de ma famille ont inévitablement déteint dans mon travail. Ça se sent surtout dans la perspective que j’ai sur les choses, celle notamment de ne pas toujours voir l’Amérique comme le numéro 1 (sourire).

L’attente a été longue à cause de la pandémie, avez-vous eu le temps de réfléchir au scénario du prochain Bond?
J’ai eu le temps de réfléchir, mais je n’ai pas seulement pensé à Bond (rire). J’ai mis ça de côté pour avancer sur d’autres projets. Je travaille sur une série avec Steven Spielberg et Tom Hanks [Masters Of The Air, spin-off de Band Of Brothers, ndlr], et je suis encore en tournage. C’est ce qui a pris le plus clair de mon temps. Mais j’ai des idées pour la suite, et j’en ai parlé à Barbara [Broccoli, productrice, ndlr]. Mais elle a tellement aimé travailler avec Daniel, qu’elle n’a pas vraiment envie de penser à un autre Bond tant qu’il n’a pas dit avec une certitude totale qu’il ne reviendra pas (rire).

 

1. Un Américano-japonais né dans un camp d’internement du seul fait de ses origines, pendant la Seconde Guerre mondiale.

(Photo Eric Mathon / Palais princier)

Une carrière boostée par la Princess Grace Foundation

Dès ses premiers courts-métrages, Cary Joji Fukunaga a tapé dans l’œil de la Fondation Princesse Grace USA, qui a pour mission de perpétuer l’héritage de Grace Kelly et d’accompagner des artistes émergents dans les domaines du théâtre, de la danse et du cinéma grâce à des subventions destinées à faire progresser leur carrière. Cary Fukunaga a perçu l’une de ses bourses. Et ne l’oublie pas.

"C’est difficile de dire qu’une fondation est une famille, mais parfois c’est le sentiment que l’on a. J’ai reçu une bourse en 2005, c’était un moment très important de ma carrière qui m’a permis de me concentrer sur mon premier film. J’ai eu assez d’argent pour partir, écrire, voyager, faire mes recherches, et j’ai fini par sortir Sin Nombre, mon premier long-métrage. Je suis revenu en 2015 pour recevoir le Princess Grace Statue Award, dans la cour du Palais princier, et présenter Beasts Of No Nation. La Fondation est liée à toute ma carrière et, là, la boucle est bouclée."

Offre numérique MM+

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