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Cannes 2022: Jean Dujardin et Anaïs Demoustier, duo d'enquêteurs dans "Novembre"

Dans le thriller "Novembre", il dirige l’enquête du contre-terrorisme avec autorité, tandis qu’elle est cette enquêtrice qui laisse aussi parler son instinct, quitte à se planter. Rencontre.

Alexandre Carini Publié le 24/05/2022 à 10:20, mis à jour le 24/05/2022 à 10:12
Jean Dujardin et Anaïs Demoustier, unis contre le crime dans Novembre. Photos A. Carini

Lui est ce commissaire à la sous-direction de l’antiterrorisme (SDAT), sur tous les fronts, qui a autorité sur tous ses hommes, pour mener des investigations tous azimuts après les attentats du 13 novembre.

Elle est cette enquêtrice, petit rouage humain dans cette énorme machine lancée dans une course contre la montre pour traquer et mettre hors d’état de nuire deux tueurs.

Jean Dujardin et Anaïs Demoustier. Alias Fred et Ines dans le film, car l’identité de ces policiers de l’ombre doit être préservée. Donner chair à de tels personnages, pas si évident, lorsque la matière d’un tel dossier reste top secret.

"On a eu accès à peu de choses, tout est très confidentiel au niveau de la SDAT. Il y a eu un petit reportage sur Paris Match, et quelques rencontres avec des membres du RAID, de la BRI, et puis le scénario, expose Jean Dujardin. Mais une fois qu’on a dépassé les acronymes et le lexique propre à ces services, mon rôle consistait surtout à jouer l’autorité."

 

Appel au père pour jouer l’autorité

Et pour cela, rien de tel que de faire appel au fameux, tel père, tel fils. Son papa serrurier en entreprise, une clé évidente pour interpréter. "J’ai pensé à lui lorsqu’il était sur les chantiers, avec son autorité froide mais nécessaire pour tenir ses hommes, car leur sort dépendait de sa boîte. Je passe souvent par lui, que ce soit pour Picard dans J’accuse ou le juge Michel dans La French. Le père, c’est ma prise de terre pour jouer."

De son côté, Anaïs a tenté d’insuffler un peu d’humanité à cette policière qui "suit la procédure, rentre dans le moule, et en même temps, se fie aussi à son intuition, fait preuve d’intime conviction pour faire avancer l’enquête, quitte à commettre aussi des erreurs."

Dans Novembre, premier film sur le sujet (avec Revoir Paris, à la Quinzaine des réalisateurs), Cédric Jimenez pose un regard quasi clinique sur cette enquête. Sans jamais chercher à montrer les attentats, ni a faire démonstration de pathos. Au cœur de l’action, plutôt qu’au fil des sentiments. Peu de psychologie, mais un choix clairement assumé.

Mon fils m’a dit: "On se sent impuissant"

"Un tel film, qui traite de l’onde de choc plutôt que du choc lui-même était obligé d’évoquer les faits, plutôt que les états d’âme des agents de la SDAT. Il ne s’agissait pas de les héroïser avec de la psychologie même si ce sont aussi des héros,", estime Jean Dujardin.

"Cela n’empêche pas Cédric de faire une vraie proposition de cinéma, avec une énergie folle insufflée sur le plateau, ajoute Anaïs. Il nous disait, ‘‘t’inquiète pas, j’éclaire par au-dessus, il n’y a pas de projos dans le champ’’. Ça nous permettait d’avoir une vraie liberté de jeu, de coller au rythme."

 

Un film made in France, digne d’un thriller américain. Ce qui ne veut pas forcément dire "bourrin". "Cédric est totalement décomplexé, il se moque du qu’en-dira-t-on, par rapport à un genre de cinéma, qui a priori, appartient à nos voisins outre-Atlantique. Mais ceux-là adaptent bien nos histoires, pourquoi ne pas leur faire les poches sur le plan formel?", s’amuse Dujardin. "C’est un metteur en scène qui n’a pas peur de se faire plaisir, mais sa réalisation sait aussi être sensuelle et sensible", souligne Anaïs.

Un avant et un après 13 novembre

Bien sûr, l’un comme l’autre se souviennent de ce qu’ils faisaient, ce fameux soir du 13 novembre. Car ces attaques meurtrières ont fait bien plus de victimes que les 130 morts et plus de 400 blessés décomptés. La blessure est sans doute encore vive, quelque part en chacun d’entre nous.

"J’étais à une avant-première à Beaune avec Claude Lelouch, quand j’ai reçu ce message sur mon téléphone: tuerie dans Paris, relate Jean. On est rentrés dans la nuit, hagards. Les rues étaient vides, silencieuses. Il y avait des gens assis sur les trottoirs, en pleurs devant le Bataclan. Avec mes fils, on est allés déposer des bougies, et l’un d’eux m’a dit: ‘‘Papa, on se sent impuissant…’’".

"Moi, je regardais le match de foot, et j’étais enceinte à ce moment-là. Je n’osais même plus sortir de chez moi, raconte Anaïs. Trois jours, après, alors que j’étais dehors, il y a eu une fausse alerte. On était dans une sorte de terreur partout, le moindre klaxon nous rendait parano."

Alors le cinéma, pour oublier aussi un peu tout ça. La fantaisie débridée d’un Quentin Dupieux, à laquelle se sont prêtés Jean (Le daim) et Anaïs (Fumer fait tousser, avant Incroyable mais vrai, qu’elle tourne cet été). La comédie de la vie, du rire au drame. Même si, comme le dit Fred dans le film, il y a un avant et un après 13 novembre. "En réalité, il n’y a pas de réparation possible, conclut Jean. Ce film a cette vertu: nous inciter à se souvenir, car ça peut revenir."

Offre numérique MM+

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