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Anne Parillaud adapte son roman "Les Abusés" pour le cinéma, nous l'avons rencontrée à Nice

De passage à Nice pour le Festival des mots, organisé par le département, Anne Parillaud nous raconte son parcours d’écrivain et se confie sur les choix qui guident sa vie.

Ludovic Mercier lmercier@nicematin.fr Publié le 22/07/2022 à 13:30, mis à jour le 22/07/2022 à 14:09
(Photo Clémentine Quenneville)

À peine arrivée, elle pose pour les photos. Elle doit filer à Peille, où elle lira du Sylvain Tesson, et où elle défendra son roman. La séance est rapide, la sélection un peu moins. On nous avait prévenus, Anne Parillaud est exigeante. Une exigence qui guide toute sa vie, et dont elle est consciente. Pour un peu, elle s’en excuserait.

Mais quand elle répond aux questions, l’éternelle Nikita ne filtre plus. Elle se livre. Sur son roman, Les Abusés. Une histoire d’abuseur et d’abusé, qui retourne aux racines du mal, où elle défend l’idée que bourreau comme victime sont "des âmes blessées, abîmées à l’identique".

Anne Parillaud a la défense dans le sang. Le bien ou le mal, le blanc ou le noir, l’intéressent peu. Ce sont les nuances de gris, les méandres de l’âme humaine qui la passionne. "C’est un livre qui parle d’amour, même si on passe par les chemins les plus tordus et les plus pervers." Rencontre.

 

On ne vous voit plus beaucoup au cinéma. Pour quelle raison?

J’ai écrit mon premier roman, et pour cela je me suis enfermée. Pendant six ans. Ça compte énormément dans un parcours artistique. Je n’imaginais pas que j’allais prendre autant de temps. Mais je me suis laissée emporter par cette passion, cette révélation. Sinon, de manière générale, c’est que je suis exigeante. Je trouve que dans le cinéma français il y a quelques très belles œuvres. Mais de mon point de vue, la plupart des films ne méritent pas d’être sur un écran. J’ai besoin que ce soit signifiant, que ce soit puissant. J’ai été gâtée, puisque j’ai été habituée à des personnages forts avec des rôles forts, très tôt. Je suis dans le besoin de ça. Ça n’est pas un métier que je fais, c’est ma vie. Je cherche cela comme certains cherchent une qualité de vie.

Vous ne cherchez pas à être sur les écrans à tout prix, donc...

Non. Je préfère ne rien faire, je préfère même me faire oublier, du moment qu’à chaque fois que je propose quelque chose, on pense : "Ah oui, ça lui ressemble". Et ce sera pareil dans l’écriture. Mon premier roman est particulier et il me ressemble. J’ai besoin que quelque chose puisse surprendre et être en phase avec l’image que je veux donner de moi.

Comment vous êtes venue à l’écriture?

 

De manière très spontanée. Je n’ai jamais imaginé que j’écrirais, que j’en avais la capacité et j’en ai jamais eu la nécessité. Je ne fais pas les choses par plaisir, ou par désir. Je fais les choses par besoin. Tant que ce besoin ne me vrille pas de l’intérieur, je n’y vais pas. Parce que s’il y a une quelconque puissance en moi, elle vient de là. C’est aussi la raison pour laquelle je suis rare à l’écran. Et puis je voulais réaliser. Et pour me sentir légitime sur un plateau de cinéma, si je veux pouvoir imposer des points de vue particuliers ou hors cadre, j’avais besoin de l’assumer, et donc il fallait que je le fasse en solitaire et que ce soit reconnu. Ce qui a été le cas pour ce roman. Alors je me sens prête pour passer à la réalisation.

Vous dites que pendant six ans, vous vous êtes "enfermée". C’est fort comme expression. Comment ça s’est passé?

Tous les matins, je me levais vers 10 heures, et j’écrivais toute la journée à un bureau, jusqu’à 4 heures du matin. J’aurais pu ne jamais m’arrêter. C’est une période à laquelle on peut renoncer à tous ses besoins vitaux, parce qu’ils sont comblés par l’écriture. On peut ne pas se laver, ne plus manger, ne plus dormir. C’est une sorte de transe. On est vampirisé par l’écriture. Le reste de la vie devient flou. J’ai déjà une nature assez sauvage, l’écriture a légitimé ce retrait de la folie du monde.

Et donc, vous allez réaliser?

Je ne pensais pas que ce livre allait exister pendant une année entière à travers les librairies, les salons et les événements littéraire. Mais il faut que j’arrête, car à la rentrée, je vais mettre en production l’adaptation de mon roman, pour pouvoir réaliser en effet, et incarner mon héroïne, au cinéma.

Devant et derrière la caméra en même temps, ce n’est pas le plus simple, non?

En effet. Mais quand j’en ai parlé avec ceux qui l’ont fait, ils m’ont dit: "Si tu le sens comme ça, ça ne posera pas de problème." Annie Ernaux disait qu’elle était obligée d’écrire ce qu’elle vivait, sinon elle avait l’impression de ne pas l’avoir vécu totalement. Moi, j’ai besoin de l’écrire, mais aussi de l’incarner. D’aller jusqu’au bout.

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