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PHOTOS. Les vieux trains à vapeur retrouvent une seconde jeunesse à Puget-Théniers

Depuis 1975, l’association Gecp restaure, entretient et fait fonctionner de vieux trains à vapeur afin de proposer une expérience unique aux visiteurs. Reprise du trafic le 6 juin.

Aurore Harrouis aharrouis@nicematin.fr Publié le 29/05/2021 à 15:00, mis à jour le 29/05/2021 à 14:08
Julien, à bord de la locomotive E211, datant de 1923. Photo Franz Chavaroche

Elle les enquiquine, cette traverse en bois. Une poignée de bonnes mains s’affairent pourtant autour d’elle. La tractopelle aussi. Il faudra ensuite cribler le ballast. S’acharner. Charbonner.

D’ici quelques jours, les visiteurs seront là. Au rendez-vous. A guetter la vapeur blanche. A espérer le "tchou-tchou". Pour un véritable voyage dans le temps entre Puget-Théniers et Annot.

"Attention à l’aiguillage", souffle gentiment José aux jeunes qui cravachent. Ici, la voie est étroite. Un mètre tout pile. "Cette ligne a été construite au XIXe siècle et elle grimpe à plus de 1.000mètres d’altitude. Un tracé serré permettant d’emprunter plus aisément les courbes."

Casquette vissée sur la tête, il raconte avec sourire et bienveillance le Gecp – Groupe d’Étude pour les Chemins de fer de Provence – ce monde de passionnés réuni au départ pour sauver la ligne de chemin de fer alors menacée de fermeture. Et qui planche aujourd’hui sur la sauvegarde et le fonctionnement de tout ce patrimoine ferroviaire. Une association unique en France.

Voiture à l’ancienne

"Dans le Gecp, il y a ceux qui aiment faire rouler le train. Et ceux qui aiment aussi l’aspect patrimonial, la documentation, le train comme objet. J’en suis! Je crois que nous avons d’ailleurs de quoi constituer un musée...", assure cet originaire de la Roya, intrigué de l’autorail depuis l’enfance. Il invite à grimper dans une voiture du train aux larges fenêtres. Petite merveille aux fauteuils hauts en bois verni. Décorée de vieilles affiches touristiques dénichées par José. "On l’a récupérée en état d’épave, toute la charpente a été retapée avec l’aide du lycée professionnel de Digne."

 

Digne, destination initiale du tortillard d’antan. "Le voyage Nice Digne prenait sept heures... ça laissait le temps de cueillir les pommes de pin! D’où son nom: le train des pignes", sourit Lucile, 35 ans.

Elle est tombée dedans quand elle avait 13 ans. Toutes les vacances, elle "montait" à Puget pour le train. Aujourd’hui conductrice bénévole (comme tous), elle a transmis le truc à son fils de 3 ans, l’adorable Gabriel qui crapahute dans la loco de 1923, la E 211, comme un pro.

Là, il y a Julien, 41 ans, chauffeur titulaire et mécanicien en devenir. "Et ingénieur informaticien dans la vie." Il vérifie la machine. "Ce sont de vieilles dames, il faut s’en occuper tout le temps!", blague-t-il. La cale, le territoire du mécano (qui conduit contrairement à ce que l’on pourrait penser), celui du chauffeur (qui fait chauffer!).

La science du charbon qui doit être enfourné de façon uniforme pour que la combustion soit au diapason. Les injecteurs, l’effet Venturi de la dynamique des fluides... Julien décrypte tout. Avec une telle pédagogie qu’on se croirait presque prêts à dompter la machine, alors qu’on peine à faire un niveau d’huile correct dans notre auto…

"En exploitation, c’est Fort Boyard!"

"Ici, en exploitation, on se croirait dans Fort Boyard!", décrit-il. Une charge toutes les trois secondes. Soixante degrés dans la cabine. "C’est cardio, on n’a pas besoin d’aller à la salle de sport!", plaisante encore Julien, dont la passion ferroviaire est apparue il y a seulement quatre ans, avec du modélisme à vapeur vive avant de découvrir à Puget-Théniers "une équipe très attachante. Comme une grande famille." Une cinquantaine d’aficionados actifs.

 

Parmi eux, il y a Daniel, 72 ans. Il est arrivé ici en 1986, après avoir lu une petite annonce dans La Revue du chemin de fer, lui, l’astronome né dans une famille de cheminots. Ça berce, forcément. La passion ronronne comme les trains à vapeur que Raphaël, né en 1948, a connu enfant, à Riquier.

Aujourd’hui, l’ancien informaticien pour une grande banque est photographe, secrétaire de l’asso et fournisseur de charcuterie au déjeuner. Heureux comme pas permis. De recréer, de transmettre aux plus jeunes aussi. Comme Mathieu, qui, à 19 ans (dont 7 passés à l’association), vient chaque été de Troyes pour retaper les locomotives et voitures. Ou Tanguy, étudiant à Toulouse.

Les Vamps du rail

Cet été, ils seront en emploi saisonnier sur le train des Pignes. Fierté de parvenir à créer ces emplois pour l’association qui ne fonctionne que grâce à la billetterie et à des subventions ponctuelles pour des restaurations. "Quand on pointe son nez ici, c’est foutu!", lâche Felix, tombé dedans en 1994. Caution bonne humeur de ce petit monde, "MacGyver" dégotteur de solutions, qui se voit déjà monter un spectacle avec Julien.

"On serait les Vamps du rail", glisse-t-il dans un éclat de rire. La déconne mais aussi le sérieux. Pas question de mégoter avec la sécurité des passagers. Formations régulières, contrôles des équipements, visite médicale des conducteurs du train... Jean-Michel Delfino, le président de l’association assure que "tout est parfaitement cadré." Un cadre qui permet chaque année d’offrir aux visiteurs une véritable traversée du bonheur.

Au dépôt du Gecp, magnifiquement encadré par les montagnes, un hangar sert à la mécanique. L’autre permet de stocker les engins. Jean-Michel Delfino présente la "petite dernière", la E182, une Portugaise des années vingt qui dormait dans un atelier en Espagne. Arrivée juste avant le premier confinement, elle devrait être bichonnée une fois que les bénévoles auront terminé la restauration de la Bretonne E327 qui est en train de se refaire une beauté en Italie, grâce à une souscription en cours (www.fondation-patrimoine.org/les-projets/locomotive-e-327-puget-theniers). Elle reviendra à l’automne prochain et devrait rouler en 2023.

à l’approche de la reprise, les bénévoles s’affairent à remplacer une traverse en bois. Photo Franz Chavaroche .

En chiffres

1975: création de l’association. Sa mission première? La défense et la promotion de la ligne Nice - Digne des Chemins de fer de Provence, menacée alors de disparition.

350 adhérents sont répartis sur toute la France et à l’étranger.

1980: lancement de l’exploitation du train historique à vapeur.

3: le nombre de locomotives à vapeur dont dispose l’association. Deux sont classées au patrimoine national au titre des Monuments historiques.

2 locotracteurs sont également présents dans l’écurie Gecp ainsi qu’un autorail historique de 1935.

11: c’est le nombre de voitures (on dit voiture pour les voyageurs et non wagons, terme dédié aux marchandises) en possession de l’association. Parmi elles, sept sont en service (les plus anciennes datent de 1892). Sur le site de Puget-Théniers, il y a aussi 14 wagons et fourgons.

90 trains circulent chaque année.

Pour le bonheur d’environ 15.000 passagers (avec une capacité maximale de 364 places assises par train).

6 juin: c’est la date à laquelle le train va reprendre du service cette année. Il sera sur les rails tous les dimanches au mois de juin, septembre et octobre. Les vendredi et dimanche en juillet. Jeudi, vendredi et dimanche en août. Des trains à thème sont prévus pour la fête de la musique, Halloween, etc.

Rens. et horaires sur www.traindespignes.fr

Tarifs: 22 e l’aller-retour de Puget à Annot, 18 e pour les 4-11 ans, et gratuit pour les moins de 4 ans.

Le dépôt de l’association est situé à Puget-Théniers, au cœur de la Vallée. Photo Franz Chavaroche.
Jean-Michel, le président de l’association Gecp. Photo Franz Chavaroche.
Daniel redonne vie à d’anciennes pièces. Photo Franz Chavaroche.
Une voiture voyageurs retapée par l’association. Photo Franz Chavaroche.

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