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On est monté à bord du voilier-école russe "Shtandart" en escale à Cap-d'Ail

En escale à Cap-d’Ail, cette réplique d’une frégate russe du XVIIIe siècle et navire amiral du tsar Pierre le Grand a attiré l’œil curieux de nombreux badauds. Nous l’avons visité.

Thibaut Parat Publié le 05/04/2022 à 08:00, mis à jour le 05/04/2022 à 11:01
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Arrivé mercredi dernier et reparti ce lundi, le trois-mâts russe mesure 35 mètres de longueur. Photos C.D et T.P.

Sa charpente d’antan tranche avec la modernité et le luxe des yachts avoisinants. À la vue du Shtandart, robuste trois-mâts à voiles carrées, les badauds flânant au port de Cap-d’Ail ouvrent grand les mirettes et dégainent l’appareil photo.

Une curiosité d’autant plus vivace que le navire bat pavillon russe. Un drapeau tricolore qui ne passe guère inaperçu dans le contexte géopolitique actuel.

Malgré leur condamnation explicite de la guerre en Ukraine, le capitaine russe du bateau et son équipage cosmopolite se voient encore refuser l’accès à certains ports de la Méditerranée. Pas dans ce port voisin de la Principauté où ils ont été accueillis à bras ouverts depuis mercredi avant de reprendre leur périple, hier matin, pour prendre part à la fête maritime Escale à Sète.

Les badauds ont été autorisés à monter à bord. Photo C.D et T.P..

L’extérieur bâti à l’identique

Loin des considérations belliqueuses de Vladimir Poutine, donc, les locaux ont été autorisés à grimper sur le pont principal pour découvrir l’histoire de ce vieux gréement. "C’est la réplique du premier navire de guerre de la flotte de la Baltique, construit en 1703 d’après les plans du tsar Pierre le Grand", résume Vladimir Martus, son charismatique capitaine, un vieux loup de mer au bouc et à la chevelure immaculés.

 

L’extérieur a été bâti à l’identique avec les matériaux et techniques de fabrication de l’époque. Seul l’intérieur diffère.

Illustration Photo C.D et T.P..

Érigé dans les années quatre-vingt-dix par de jeunes russes enthousiastes, dont Vladimir Martus, mis à l’eau sur les rives de la Neva à Saint-Pétersbourg devant 40 000 personnes, le Shtandart revêt, depuis, un dessein associatif. "C’est un bateau-école sur lequel les jeunes gens de tous horizons apprennent, pendant une semaine ou plus, la navigation à voile et la maintenance. Les gens l’ignorent, mais c’est très simple de nous rejoindre comme membre d’équipage", explique-t-il.

Aucune qualification marine n’est requise. Même l’âge importe peu finalement. "On a déjà eu un adolescent de 12 ans et un retraité de 73 ans", indique Cédric Cellier, volontaire à de moult reprises. Seuls la motivation et l’investissement sont des prérequis indispensables. "Chacun participe aux tâches à bord. On est réglé en quart avec un marin professionnel qui chapeaute les volontaires. On aide à la navigation, on cuisine, on nettoie les parties communes, on entretient le pont. Il faut toujours le maintenir humide car s’il sèche, il rétrécit et l’eau s’infiltre", poursuit-il.

Le nouveau Shtandart est une réplique exacte de l’ancien à l’exception de l’intérieur. Photo C.D et T.P..

Volontaires de toutes nationalités

À bord, la langue de Shakespeare est privilégiée parmi les 18 membres d’équipage.

Il faut dire que toutes les nationalités se côtoient sans discontinuer, y compris dans le dortoir composé de hamacs et bannettes. Russes, Français, Tchèques, Slovènes, Estoniens, Lettons et même une… Ukrainienne, arrivée juste avant le départ de Cap-d’Ail. "L’atmosphère est toujours amicale. Nous avons une règle d’or à bord. Ne jamais parler de politique ou de sujets pouvant générer du ressentiment ou de mauvaises émotions. L’attention de chacun se concentre sur notre tâche commune: diriger et contrôler l’armement du bateau", insiste Vladimir Martus.

 
Illustration Photo C.D et T.P..

Le reste des consignes étant dispensé au briefing de sécurité de 8h du matin, annoncé par une musique digne de la saga Pirates des Caraïbes. "Faîtes moi la promesse que vous ne passerez jamais par-dessus bord", lance-t-il, taquin, avant de larguer les amarres. Accueilli avec bienveillance à Cap-d’Ail, Vladimir Martus n’exclut pas de revenir dans les eaux azuréennes. "J’aimerais venir à Monaco à l’automne ou en mars prochain et ouvrir le navire aux visiteurs"

Une des statuettes du navire a été sculptée en hommage à Dimitri, l’un des membres d’équipage. Photo C.D et T.P..

Ces sirènes sculptées à l’effigie des membres de l’équipage

En vingt-deux ans d’existence, la frégate Shtandart a souvent vogué dans des conditions dantesques. "Les pires vagues affrontées faisaient dix mètres au large du Finistère. Le vent le plus violent mesuré atteignait 82 nœuds, le long de l’île d’Andros dans l’archipel des Cyclades, détaille Vladimir Martus, le capitaine. Et le navire a toujours résisté." Non sans quelques dégâts sur la charpente en bois.

Un jour de tempête, la figure de proue, un lion en bois de chêne, perd une de ces dents aiguisées. "Un jour, on m’a offert une dent de requin. Je l’ai mise à la place de la dent perdue. Quand les dauphins viennent danser avec le bateau, ils le font toujours devant le lion car c’est le roi des animaux", sourit-il.

"on m’a offert une dent de requin. Je l’ai mise à la place de la dent perdue"

Autre anecdote croustillante distillée par le maître des lieux: à l’avant du Shtandart, les visages des statuettes aux corps de sirènes représentent ceux des fondateurs et constructeurs de l’illustre navire.

Un jour de mauvais temps, une partie de celles-ci a été arrachée et engloutie par la folie destructrice des eaux. "Deux semaines plus tard, on a découvert dans un journal qu’une sirène avait été retrouvée et se trouvait désormais dans un musée allemand. Ils pensaient avoir découvert la figure de proue d’un navire inconnu. On les a appelés pour les prévenir mais ils ne nous ont jamais crus. La statuette est toujours là-bas. On a décidé de les refaire avec le visage des membres de l’équipage actuel", raconte Vladimir Martus.

En l’occurrence, Dimitri et Anastasia.

Régis Cagnion et Denis Bisoli Photo C.D et T.P..

Paroles de marins stagiaires

Régis Cagnion, 54 ans, originaire de Normandie

"C’est la deuxième fois que je monte à bord du Shtandart, après un premier stage entre les ports de Rouen et Amsterdam il y a un an et demi. Dès que je peux le choper quelque part en France, je prends un billet de train et je fonce. 

Ce qui m’attire? Le milieu de la voile, l’opportunité de naviguer le long de ces superbes paysages azuréens, le mélange des cultures, le partage des tâches. On essaye même de parler russe."

Denis Bisoli, 60 ans, originaire de Nice

"Dimanche, j’ai visité le navire. Le même jour, j’ai appelé mon patron pour lui demander si je pouvais prendre deux jours de congé pour faire partie de l’équipage du Shtandart jusqu’à Port-de-Bouc. Je suis un passionné, je donne des cours de voile sur Nice.

En montant sur ce bateau de pirate, j’ai l’impression d’être dans un rêve. On redevient un enfant. On ne voit pas souvent de vieux gréements comme celui-ci.

Avec ce brassage de différentes nationalités, je retrouve une ambiance similaire à celle des régates.

Sauf que sur ce navire, bien sûr, tout est surdimensionné. Il y a des kilomètres de cordes."

Cyril Vasseur, 30 ans, originaire de La Rochelle

"Auparavant, j’étais dans la gestion de projets pour le milieu du bâtiment. M’éloignant du milieu maritime avec lequel j’ai grandi, j’ai souhaité me reconvertir. J’avais pour projet de faire partie de l’équipage de l’Hermione pour son voyage dans les mers du Nord mais le bateau a été rongé par un champignon et il est en cale sèche depuis un moment.

Je me suis porté volontaire pour aider lors du chantier. C’est à ce moment-là que j’ai entendu parler du Shtandart. En janvier, j’ai embarqué comme bénévole à Rafina, près d’Athènes.

J’aspire à connaître tout ce qui a trait aux réglages du navire et à la vie à bord. En plusieurs mois, on a le temps de s’imprégner de cette vie de marin et je suis désormais plus rapide pour me positionner et exécuter les tâches.

En côtoyant toutes ces nationalités, il faut s’adapter aux coutumes, être ouvert d’esprit. J’ai cuisiné quelques plats français : une tarte aux pommes, des quiches, un pot-au-feu… À l’issue de mon stage à bord, une formation pour devenir marin professionnel m’attend à La Rochelle."

Offre numérique MM+

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