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Jacques Renoir, Michèle Laroque, Paul-Loup Sulitzer... Ces personnalités racontent combien leur mère ont compté dans leur vie

A l’occasion de la fête des mères, des personnalités et lecteurs varoiset azuréens ont accepté d’évoquerleur maman avec de jolis mots, toujours empreints d’une grande émotion.

Ornella Van Caemelbecke, Amélie Maurette, Laurence Lucchesi, Laurent Amalric Publié le 30/05/2021 à 08:23, mis à jour le 30/05/2021 à 08:24
Naissance de Jacques Renoir, en 1942, à Cagnes-sur-Mer. Dans les bras de sa maman, Denise, il est entouré de sa grand-mère, son arrière-grand-mère et son arrière-arrière-grand-mère. Photo Claude Renoir

Jacques Renoir: "Une maman apprend l’amour"

 

Le plus beau souvenir avec sa maman? Celui qu’on lui a raconté. "Le jour de ma naissance", partage Jacques Renoir, qui affirme même se souvenir de cette journée. Nous sommes en 1942, au domaine des Collettes, à Cagnes-sur-Mer. Denise Renoir est dans sa chambre, en train de peindre.

Elle est arrivée au terme de sa grossesse. "Le médecin de famille vient la voir pour lui expliquer comment il va falloir pousser. Sauf qu’il mime tellement fort, qu’il lâche un pet retentissant."

Denise Renoir part dans un fou rire qui déclenche l’accouchement. "Je suis né dans un éclat de rire de ma mère", raconte avec plaisir, Jacques Renoir.

 

"Elle était formidable", retrace celui qui a vécu entouré de femmes. "Les hommes de la famille étaient des artistes, des saltimbanques, souvent en déplacement. J’ai grandi dans un régime matriarcal." Loin de lui l’idée de s’en plaindre: "Une maman représente la tendresse, l’affection. Elle vous apprend l’amour. Le lien est plus fort qu’avec le papa."

"On devient orphelin"

Des souvenirs, Jacques Renoir en a plein la tête. Et le cœur. Lui qui est né en pleine guerre, il se rappelle: "Lorsqu’il risquait d’y avoir des bombardements, je la revois me mettre une casserole sur la tête tandis que nous allions nous mettre à l’abri."

À 41 ans, il perd sa maman. "On est toujours un enfant dans les yeux de sa mère. Mais quand on la perd, on devient orphelin." Le photographe, arrière-petit-fils de l’impressionniste Auguste Renoir, suggère: "Plutôt que de célébrer les mamans à l’occasion d’une date arbitraire choisie dans un but économique, nous devrions fêter nos mères lors de nos anniversaires. Car c’est grâce à elles que nous sommes ici."

Julie Peireira: "J'ai envie de la rendre fière"

 

 
Julia Pereira et sa maman Julie Mabileau, lors du retour à Isola 2000 après la médaille olympique de la snowboardeuse en 2018. Photo R. L..

Julia Pereira, 19 ans, snowboardeuse, licenciée à Back to Back à Isola 2000, est devenue aux JO de PyeongChang, en 2018, la plus jeune médaillée olympique française (argentée) à 16 ans et 149 jours.

"Avec ma maman, on a une histoire particulière. On n’a vécu que toutes les deux quand j’étais petite, donc ça nous a soudées. Aujourd’hui, on a une relation fusionnelle, un lien très fort. C’est ma confidente, ma meilleure copine, on n’a pas de secret l’une pour l’autre. Et elle m’a toujours soutenue. Dans ma vie de tous les jours, mais aussi dans ma carrière. Quand j’ai arrêté le ski pour me mettre au snowboard, quand j’ai connu des périodes plus difficiles. Aux Jeux olympiques, elle était venue sur place (en Corée du Sud), on a partagé ce bonheur ensemble."

"Je l’aime de tout mon cœur"

"On est souvent séparées, j’ai beaucoup de déplacements, mais je l’appelle tous les jours. C’est un besoin. Je sais qu’elle a beaucoup travaillé pour me permettre de vivre cette vie de sportive. Si j’en suis là, c’est principalement grâce à elle et je travaille dur parce que j’ai envie de la rendre fière."

"Je ne partage pas la passion du sport avec elle, maman n’est pas très sportive, mais on aime vivre des choses simples ensemble. Faire un peu de shopping ou passer une soirée canapé-télé toutes les deux, ça suffit à notre bonheur. Aujourd’hui, pour la fête des mères, j’ai envie de la remercier mille fois pour tout ce qu’elle a fait pour moi et lui dire que je l’aime de tout mon cœur".

Pignon-Ernest: "Elle m’a mis en garde, sans le savoir, contre les réflexes machistes méditerranéens"

Ernest Pignon-Ernest et sa mère, Paulette. Photo archives EPE.

À 79 ans, l’immense artiste niçois Ernest Pignon-Ernest ne s’était jamais trop penché sur son héritage maternel. Pourtant, réalise-t-il en évoquant le souvenir de Paulette Garascino, sa mère, disparue à 96 ans, "il y a environ huit ans (ah, les dates…), la personnalité de (sa) mère résonne assurément dans ce (qu’il) est aujourd’hui".

"Ma mère avait un humanisme, une attention aux autres exceptionnelle, quelque chose de très méditerranéen, niçois même. Ne serait-ce que dans sa façon de se lancer dans des raviolis à la main pour sept… Nous étions cinq enfants et elle s’occupait de tout. Ma mère avait une approche sensuelle des lieux et des gens, une approche humaine de la réalité, et c’est finalement très présent dans mon travail", sourit celui dont les dessins naissent souvent d’un constat d’injustices.

Dans sa simplicité, Paulette, "née sous les arcades de Garibaldi, dans une cour, coiffeuse rue Bonaparte puis dans la vieille ville", a aussi rendu son fils meilleur de manière implicite.

"Si ma mère avait vu ça..."

 

"Elle aimait son métier, avait un sacré dynamisme. Et je crois qu’elle avait un potentiel qu’elle n’a pas développé, elle rêvait de voyages et a dû s’occuper de ses enfants… Elle a fini par passer son permis à 50 ans! À travers elle, j’ai mesuré la gravité du machisme qui régnait à Nice et ailleurs dans les années 1950-1960. Ma mère m’a mis en garde, sans le savoir, contre les réflexes machistes méditerranéens."

Pas de fibre artistique commune, mais un même désir de liberté sans doute, chez Paulette et Ernest.

"Avec mon père, qui travaillait aux Abattoirs à Nice, ils ne comprenaient pas bien ce que je faisais quand j’ai commencé à afficher mes dessins dans la rue, mais j’ai commencé à gagner ma vie dès 15 ans, je ne les ai pas inquiétés. Lors de la rétrospective au Mamac (en 2016), où l’on pouvait voir mon nom en gros, trop gros même, depuis la place Garibaldi où ma mère est née, je me suis dit: si elle avait vu ça..." 

Michèle Laroque: "Elle m'a transmis sa force"

"Elle incarne le courage, l’amour de la liberté et le travail", raconte Michèle Laroqueà propos de sa maman. Photo Patrice Lapoirie.

"Ce que m’a apporté ma mère? L’exemple qu’elle m’a donné. Elle s’était échappée de son pays, elle incarne le courage. L’amour de la liberté, également. Et le travail. Car ayant fui la Roumanie sans ses diplômes, évidemment, elle a dû recommencer ses études. Je l’ai vue acharnée au labeur, et c’est une chose qu’elle m’a transmise. Et j’espère représenter cela aux yeux de ma fille Oriane à présent."

Petite piqûre de rappel: à sa naissance à Nice, en 1960, la blonde Michèle avait (déjà) fait la "une" de tous les journaux qui s’extasiaient sur les fossettes du "bébé de la liberté".

énergie et bonne humeur

Heureuse issue d’un coup de foudre qui avait déchiré le ciel sombre de la guerre froide. En 1958, un jeune industriel niçois, Claude Laroque, avait rencontré une petite danseuse roumaine, Doïna, venue avec sa troupe participer au Festival international du folklore. Pour lui, elle choisit la liberté.

Elle fut condamnée à quinze ans de travaux forcés et ne remit plus jamais les pieds en Roumanie. Ce qui n’a pas empêché cette résiliente de demeurer un concentré d’énergie et de bonne humeur, dont la comédienne et réalisatrice de Chacun chez soi, qui sera le 2 juin dans les salles, a hérité! 

Gilles Jacob: "Denise, le calme dans la tempête"

"Je dois à maman d’être resté le même naïf aux yeux ouverts", affirme Gilles Jacob. Photo archives GJ.

Gilles Jacob, 90 ans, ancien délégué général puis président du Festival de Cannes pendant 36 ans, a évoqué sa mère et ses secrets familiaux dans L’échelle des Jacob, paru en octobre chez Grasset. En ce jour particulier, il a une pensée émue pour cette figure maternelle.

"Ma mère disait que si on n’a pas connu la Côte d’Azur des années trente, on ignore ce qu’est la douceur de vivre. Pourtant l’hôtel Hermitage, lieu de villégiature à Cimiez, nous a fait connaître pendant la guerre la terreur d’être traqués, même si nous avons réussi à fuir la Gestapo. Alors, j’ai compris de quelle trempe était Denise: le calme dans la tempête, la clairvoyance sous l’armure d’une morale individuelle. Il lui aura fallu ce courage-là face aux coups du sort, de la vie, et de celui que ses parents avaient choisi pour veiller sur elle: André, mon père, le chef de la famille."

"Quand elle s’est mariée, en 1928, ma mère voulait des choses précises: deux enfants, un grand appartement ensoleillé, du personnel de maison, et une belle voiture. Et elle avait eu tout cela de son amoureux, sauf la bagnole que son père lui avait offerte pour saluer le fait qu’elle ait été une des premières femmes à avoir son permis. Tout pour être heureuse! Et elle l’avait été jusqu’à ce que les rêves de jeunesse se soient envolés et qu’elle n’attende plus rien de son mariage, ce que mon frère et moi étions trop jeunes pour comprendre. Il n’y avait jamais de disputes et les seuls sujets de désaccord portaient sur notre éducation: elle plus encline à un laisser-aller affectueux, acceptant tout de nous qui ne comprenions pas notre bonheur."

"Elle me fait penser à Simone Signoret"

"Je me suis rebellé: la première fois à 18 ans je voulais être prof de lettres, ma mère voulait que je rentre dans la société familiale, j’ai perdu la partie. La deuxième fois, ils tiquaient que j’épouse la jeune fille que j’aimais ; j’ai tenu bon et j’ai gagné la belle. Dans les deux cas, ma mère n’avait qu’une idée en tête elle voulait mon bien. Et aussi sauvegarder l’unité familiale. Elle a triomphé quand beaucoup plus tard mon père a tenté de la faire interner, elle si saine d’esprit. Cette fois, mon frère et moi avons fait bloc et après quelques violentes passes d’armes, il n’en a plus jamais été question. Soucieuse d’élégance morale, son attitude fut exemplaire."

"Curieusement, elle alla même jusqu’à se lier avec la maîtresse d’André, sans doute pour maintenir un lien pourtant rompu. Peut-être parce qu’elle a tenu bon dans toutes les circonstances de la vie, je lui dois d’être resté le même naïf aux yeux ouverts quand mon travail au festival de Cannes m’a mis dans la lumière. De toutes les actrices que j’ai croisées, elle me fait penser à Simone Signoret, si ferme et si digne quand l’âge et les coups de canifs au contrat de son homme l’ont frappée au cœur. Chère Denise, jamais résignée. Pour cela aussi je l’aimais." 

 

Paul-Loup Sulitzer: "Ma mère m'a inculqué des valeurs"

Paul-Loup Sulitzer à Saint-Tropez, à la fin des années 40, avec sa mère Cécile et sa sœur, Dominique. Photo archives PLS.

Si Paul-Loup Sulitzer s’est largement exprimé sur son père, homme d’affaires souvent cité comme son "modèle", décédé brutalement dans sa résidence de la Capilla à Saint-Tropez lorsqu’il avait dix ans, il reste plus discret sur sa mère, Cécile.

À l’orée de revenir en terre tropézienne cet été, il confie, de son pied-à-terre azuréen, combien il lui voue également une admiration profonde.

"Elle était d’origine roumaine. Grande, belle, élégante, au caractère formidable… mais pas seulement. C’était une femme d’avant-garde, engagée. Dans la Résistance tout d’abord pour lutter contre les nazis. Et pour des causes qu’elle considérait justes, comme la défense des droits des homosexuels qui étaient très attaqués à une époque aux États-Unis. Concernant mon parcours, je peux dire qu’elle m’a inculqué des valeurs. La droiture, le respect… Elle me conseillait aussi. Mais elle ne s’est jamais remise du décès de son mari. Nous avons aussi été spoliés d’une partie de nos biens… J’ai très mal vécu les années de pensionnat où j’étais séparé d’elle. Rêveur et renfermé, j’ai fini par gagner tôt mon indépendance et me lancer dans les affaires, avec pour seule école la vie…" 

Offre numérique MM+

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