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Comment ces citoyens luttent contre la mafia en investissant des biens confisqués au crime organisé?

En Sicile, plus de 23 000 biens confisqués à la mafia ont été reconvertis en activités d’intérêt public ou à usage social. A Trapani, la Calcestruzzi Ericina est de ceux-ci. Cette entreprise qui fabrique du béton mais recycle aussi des matériaux qu’elle récupère dans les décharges est devenue le symbole d’une Italie qui refuse de baisser les bras face à la mafia. Mais pas seulement.

Flora Zanichelli Publié le 06/09/2021 à 20:00, mis à jour le 06/09/2021 à 15:40
En Italie, la Calcestruzzi Ericina a été confisquée à la mafia sicilienne et transformée en coopérative. DR

Gisella est ingénieur environnemental et travaille à la Calcestruzzi Ericina depuis plus d’une dizaine d’années. Au téléphone, elle détaille avec précision l’histoire de l’entreprise. Autrefois entre les mains du chef de la mafia de Trapani, la Calcestruzzi, qui fabrique du béton, servait au recyclage d’argent sale. 

"En juin 2000, l’Etat a séquestré ce bien à la mafia, raconte Gisella. L’activité, une fois démontrée qu’elle n’était pas fictive, a pu ensuite être reprise par une coopérative constituée des salariés eux-mêmes." 

Une opération autorisée en Italie par une loi de 1996 qui permet la réutilisation sociale de biens confisqués à la mafia. "Cette loi est née de la mobilisation des citoyens italiens", raconte Gisella. A l’époque, l’association Libera, fer de lance de la lutte contre le crime organisé dans la Péninsule, a lancé depuis un an une campagne auprès des Italiens pour que les biens soustraits au crime organisé soient réutilisés dans un but social. Une manière de repartir à zéro et de sensibiliser le public au crime organisé, véritable plaie dans la Péninsule.

L’objectif de la mobilisation ? Recueillir les 150 000 signatures qui permettent, selon la Constitution transalpine, de soumettre un projet de loi d’initiative populaire au Parlement. Le succès est sans appel. “Plus d’un million de signatures ont été recueillies”, se souvient Gisella. 

 

Depuis, les biens confisqués et réutilisés socialement se sont multipliés dans la Péninsule. Terrains agricoles cultivés par des coopératives pour produire de l’huile d’olive ou du vin, villas de boss reconverties en écoles, autant de lieux devenus symboles d’une victoire de la légalité sur l’illégalité. 

Difficultés et concurrence déloyale

Un parcours néanmoins souvent semé d’embûches. "Au début, ça a été très dur de reprendre l’activité de la Calcestruzzi Ericina, de se faire une place, raconte Gisella. Les gens ne nous faisaient pas confiance, les entreprises mafieuses locales nous faisaient de la concurrence déloyale, notamment en proposant une main-d’oeuvre moins chère, payée au noir." 

Aujourd’hui, la situation s’est améliorée et la Calcestruzzi Ericina s’est diversifiée, en recyclant également les déchets présents dans les décharges en matériaux pour le BTP. "L’idée, c’est de montrer que d’autres voies sont possibles, ajoute Gisella. Nous allons aussi dans les écoles parler de notre activité. La lutte contre la mafia se joue aussi dans les esprits."

Législation au delà des frontières italiennes

La confiscation des biens à la criminalité, une affaire italienne? Pas seulement. En 2014, une directive pour faciliter la confiscation par les États des biens illicites a été adoptée par l’Union européenne, sensible à la présence diffuse du crime organisé sur tout son territoire. Une mesure réitérée en 2016 avec une proposition de règlement "relatif à la reconnaissance mutuelle entre États des mesures de confiscation et de gel des biens et avoirs du crime" afin de combattre le financement du terrorisme et la criminalité organisée. 

 

La France n’est pas en reste non plus. Dans l’Hexagone, l’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (AGRASC) s’occupe de faciliter la confiscation en matière pénale depuis 2011. Et le 8 avril 2021, une proposition de loi prévoyant la mise à disposition des biens confisqués aux organisations criminelles à des organisations d’intérêt général a été adoptée. 

Une mobilisation au plus haut relayée au niveau local avec les actions de l’association Crim’Halt qui vient par ailleurs régulièrement à Sciences Po Menton pour parler de l’établissement de la mafia dans le Sud de la France. C’est d’ailleurs à Menton que l’association italienne Libera a annoncé réfléchir à l’ouverture d’une antenne lors d’une conférence donnée en février dernier.

Et vous?

Et vous, que pensez-vous des actions de Libera? Pensez-vous que les citoyens ont un rôle à jouer dans la lutte contre la criminalité? Vous sentez-vous concerné par le sujet?

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