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A Nice, cette start-up recrute des autistes à haut potentiel

Mis à jour le 02/04/2019 à 11:45 Publié le 02/04/2019 à 12:00
Avencod, la start-up créée par Laurent Delannoy et Laurence Vanbergue emploie des travailleurs handicapés dont des autistes à haut potentiel.

Avencod, la start-up créée par Laurent Delannoy et Laurence Vanbergue emploie des travailleurs handicapés dont des autistes à haut potentiel. Mathias Calleja

A Nice, cette start-up recrute des autistes à haut potentiel

Laurent Delannoy et Laurence Vanbergue ont créé en 2016 Avencod pour faire bouger les lignes. Valoriser les talents de ces Asperger qui ont des compétences mais peinent à trouver du travail.

Derrière leurs écrans, Fiona, Jules* et Olivier sont concentrés. Pas un bruit. Le calme règne dans les locaux d’Avencod. Une jeune start-up sociale créée en mars 2016 dans la pépinière d’entreprises de la plaine du Var à Nice.

"Le téléphone ne sonne jamais, il ne sert que pour les appels sortants", glisse Laurent Delannoy. Histoire de ne pas perturber ses "collaborateurs", des travailleurs handicapés dont certains sont des autistes à haut potentiel (1). Pour créer des conditions propices à leur bien-être au travail, il évite tout imprévu. "Je les ai prévenus de votre visite, parce qu’ici on ne reçoit pas de personnes extérieures", confie-t-il en aparté.

Ce consultant informatique a décidé avec sa compagne Laurence Vanbergue de créer une société pour permettre à ces femmes et ces hommes d'accéder à l'emploi. De s’épanouir professionnellement. Malgré leur "différence".

"On utilise leurs talents pour proposer un service dont les entreprises ont besoin: du développement informatique. L'objectif c'est de faire du social, rentable", résume-t-il. Et c'est plutôt bien parti. Amadeus, la plus grosse entreprise du département a fait confiance à Avencod. "Ils nous ont donné un logiciel à créer". Au bout de quatre mois de travail, les premiers retours sont excellents. "Chez Amadeus, notre "launch" partenaire, ils parlent de nous accompagner vers les technologies du big data". Autre motif d'encouragement pour ces entrepreneurs "sociaux": la satisfaction des salariés. 

Le magazine de reportage de TF1 "7 à 8" a braqué ses caméras il y a un an sur cette belle initiative et suivi le parcours d'Isabelle, Dominique, Olivier, Jérôme. Malgré leurs difficultés à communiquer avec les autres, ils sont parvenus à se faire une place dans le monde du travail.
Le magazine de reportage de TF1 "7 à 8" a braqué ses caméras il y a un an sur cette belle initiative et suivi le parcours d'Isabelle, Dominique, Olivier, Jérôme. Malgré leurs difficultés à communiquer avec les autres, ils sont parvenus à se faire une place dans le monde du travail. Capture écran TF1

Une entreprise "adaptée"

Ils ne se sont pas lancés dans l'aventure à la légère. Pour créer leur "entreprise adaptée" propice à l'épanouissement de leurs "collaborateurs", ils ont eu recours à une psychologue. "On s’est rapproché du centre de ressources qui travaille sur l’autisme à Lenval, pour se former aux bonnes pratiques." Eviter les faux pas. "On avait besoin de savoir ce qu’il fallait faire pour qu'ils travaillent dans de bonnes conditions." C’est Andreia Santos, psychologue, spécialiste des troubles du spectre de l’autisme qui les guide. 

"Il y a des profils très différents, mais on trouve chez ces personnes des difficultés de communication, d’interaction et des intérêts et comportements particuliers. Au niveau des compétences, certains ont des QI élevés, et peuvent avoir une expertise dans l’informatique. Mais ils ont du mal à intégrer une entreprise parce que l’entrée dans le monde du travail et la vie professionnelle sont très basées sur la capacité à communiquer, à interagir et à s'adapter aux exigences."

"Le risque c'est qu'ils travaillent trop tard le soir"

Dans le bureau baigné de lumière du Centre Européen d'Entreprises et d'Innovation, Laurence Vanbergue suit à la lettre les préconisations de la psychologue. "Un cadre de travail stable, sans changement impromptu, note la chef d'entreprise. Un environnement zen, sans stress". Afin qu'ils puissent se concentrer sur leur travail sans perturbation. Autre recommandation: être attentif au comportement, pour déceler d'éventuelles difficultés et ajuster.

Elle veille aussi au respect des horaires. "Comme ils cherchent l'excellence dans le travail, le risque c'est qu'ils travaillent tard le soir, jusqu'à 20 heures ou 22 heures. " Alors, chaque lundi matin, elle leur envoie un mail. "S'ils ont fait plus de 35 heures, je leur demande de récupérer". Elle sourit. "On est bien loin de l'image qui colle à la peau des personnes reconnues travailleurs handicapés. On estime qu'ils sont moins compétents et absentéistes. C'est faux. "

Laurent Delannoy, co-fondateur d'Avencod
Laurent Delannoy, co-fondateur d'Avencod Mathias Calleja

Laurent Delannoy, lui, assure  la production informatique. Sur le grand tableau blanc accroché au mur, avec des post-it de couleurs, il définit avec eux les missions. "C'est important de déterminer un cadre précis et de s'y tenirNos collaborateurs travaillent en équipe, de façon très autonome."

Chaque jour, à 14h30, Fiona, Jules et Olivier "tchatent" avec deux ingénieurs d'Amadeus. Des séances de questions-réponses. "Ce sont toujours les deux mêmes interlocuteurs. Avec la psychologue, nous sommes allés les rencontrer. Elle leur a présenté ce qu'était l'autisme."

"Mes "trop" sont regardés comme des qualités"

Les pressions professionnelles, les relations avec les clients sont assumées par les fondateurs d'Avencod. "Pour qu'ils puissent se consacrer uniquement à leur travail." Concentration, sens du détail... ils remplissent leur mission. Avec "bonheur". A en croire leur témoignage. Sollicités pour une interview, ils ont préféré nous adresser un texte par mail. 

"Avant, lorsque dans ma recherche d’un emploi, l’on ressentait mon atypie, c’était surtout négatif : j’étais souvent "trop"… quelque chose, explique Jules. Depuis que je suis chez Avencod, mes "trop" sont regardés comme des qualités et, dès lors, je suis reconnu pour ce que je suis. Ni plus ni moins." Ici, il se sent à sa place. Quant à Fiona, elle apprécie l'intérêt du travail, dans un environnement sans stress. 

"Un business model basé sur l'intégration sociale"

"S'intéresser aux personnes, mettre en valeur leurs forces et les respecter dans leurs faiblesses, les créateurs d'Avencod font ce qu'on devrait tous faire dans la vie de tous les jours, commente Andreia Santos. Le monde professionnel peut être une source de souffrance, même si on n'est pas porteur de handicap." L'insertion professionnelle peut-elle avoir un effet positif sur les personnes présentant des troubles du spectre de l'autisme? "Il n'y a pas de but thérapeutique direct, mais lorsqu'on est respecté dans son travail, l'effet indirect est là. On est plus épanoui et plus serein." 

Quand on demande aux créateurs d'Avencod quel est leur objectif. Ils répondent emplois plutôt que chiffre d'affaires. "Notre business model est basé sur l'intégration sociale," insiste Laurent Delannoy. Avec Amadeus, le groupe Thalès, la société informatique AUSY et de la fondation Malakoff-Mederic nous travaillons sur un projet de services du numérique basé sur les talents des autistes à haut potentiel  : « Talents@work »."

Un service innovant qu'il présentera le 16 septembre lors de l'inauguration de la start-up. "Ce projet permettra la création de cinq postes pérennes, se réjouit-il. En attendant, nous sommes à la recherche de nouveaux partenaires afin d’étendre notre offre de développement et de maintenance de logiciels informatique". 

Laurent Delannoy et Laurence Vanbergue sont confiants. "En prévision de l'arrivée de ces nouveaux collaborateurs, on a déjà réservé d'autres bureaux dans la pépinière d'entreprise."

Contact mail: ldelannoy@avencod.fr

*le prénom a été modifié à sa demande. 
Ce reportage a été publié pour la première fois le 12 juillet 2016. Depuis, la société s'est développée et compte 10 salariés dont 6 sont touchés par le syndrome Asperger.

(1) Les troubles du spectre de l'autisme touchent 700.000 personnes en France, dont 600.000 adultes. Mais seuls 75.000 sont diagnostiqués.

 


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