"Une sensation unique", le pilote Maro Engel raconte son tour à fond dans "l’Enfer vert"

Résident monégasque de longue date, le pilote Mercedes-AMG Maro Engel a battu un record sur la fameuse boucle Nord du Nürburgring au volant de l’hypercar hybride One. Interview décoiffante...

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Gil Léon Publié le 12/12/2022 à 20:30, mis à jour le 12/12/2022 à 20:28
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Maro Engel et la Mercedes-AMG One ont affolé le chrono sur le vieux Nürburgring. Photo Mercedes-Benz AG

Quand on a croisé sa route, la semaine dernière, il s’apprêtait à quitter encore son cher port d’attache monégasque. Cap sur les 12 Heures d’Abu Dhabi, le 28e et ultime week-end de course sur un planning 2022 pour le moins copieux. Entre deux grilles de départ, Maro Engel ronge rarement son frein. Parfois, le pilote allemand de 37 ans vivant en Principauté depuis sa plus tendre enfance se permet même de pulvériser un record. C’est ce qu’il a fait le 10 novembre sur les 20,8 kilomètres de la mythique Nordschleife avalés en 6’35’’183 à bord de la Mercedes-AMG One, nouvelle reine des voitures de production homologuées pour la route. Accrochez-vous!

Maro, en battant ce record, avez-vous ressenti le même genre de frisson qu’en remportant l’édition 2016 des 24 Heures du Nürburgring?

Établir un nouveau chrono de référence tel que celui-là, c’est une sensation unique. Tout simplement parce que l’effort produit pour y parvenir génère une montée d’adrénaline rarissime. Difficile à décrire. En fait, je préfère comparer à ce que l’on éprouve en décrochant une pole position après avoir flirté avec la limite sur un tour qualif’. Aux 24 Heures du Nürburgring, j’en totalise trois. Celle de 2016 avait d’ailleurs été obtenue dans des conditions assez semblables, avec des pneus slicks sur une piste parsemée de nombreux pièges humides.

Vous êtes l’un des neuf pilotes officiels de la firme à l’étoile évoluant en GT cette saison. Pourquoi Mercedes-AMG a choisi Maro Engel?

Sans doute en raison du lien très particulier, très fort, que je possède avec ce circuit depuis longtemps. D’abord, je suis le seul à avoir signé des pole positions aux 24 Heures du Nürburgring. Et puis on détenait déjà un record ensemble: celui des voitures de production réussi voilà deux ans au volant de la Mercedes-AMG GT Black Series (6’43’’620, ndlr). Donc, en quelque sorte, c’était la suite logique.

Comment avez-vous préparé votre coup?

Le travail accompli en amont a duré une dizaine de jours. Il fallait définir la stratégie la plus optimale par rapport au profil de la piste. La Mercedes-AMG One utilise le powertrain (groupe motopropulseur) de la Formule 1. Sur un circuit quatre fois plus long que ceux des Grands Prix, on n’exploite pas cette technologie hybride de la même manière. D’où la nécessité d’adapter le pilotage et de peaufiner les réglages avec une précision chirurgicale.

Au volant, quel paramètre vous a le plus impressionné?

Le premier choc, c’est quand on enfonce la pédale de droite. Les 1063 chevaux se déchaînent en mode 4x4. Aucune perte de motricité. Accélération incroyable. La précision de l’auto s’avère aussi diabolique. Dans les virages rapides, vous bénéficiez d’un appui phénoménal. De quoi négocier certains enchaînements de courbes à une vitesse hallucinante pour une voiture de série.

Avant le jour J, vous imaginiez boucler un tour en 6 minutes, 35 secondes et des poussières?

Sincèrement, je pensais qu’on pouvait réaliser un tel chrono sur une piste parfaite, idéale. Dans ces conditions-là, non! En fin d’après-midi, de nombreuses sections demeuraient partiellement humides, voire mouillées, comme toujours en automne sur ce circuit que l’on ne surnomme pas "l’Enfer vert" par hasard. Dans un virage à gauche, il y avait même une grosse trace d’huile recouverte de sciure. Bref, améliorer le record de près de 8 secondes (*), ce fut une très belle surprise!

Quid de la prise de risque? Un peu? Beaucoup? Pas du tout?

Elle a existé, c’est sûr! Quand je visionne le tour aujourd’hui, j’ai l’impression que tout est sous contrôle. Il n’y a eu aucun travers, aucune frayeur. Nous avions déjà battu le record un peu plus tôt. Comme la piste s’améliorait, la dernière tentative devait nous permettre de progresser encore. Mission accomplie. Je suis heureux et fier d’avoir tutoyé la limite sans la dépasser d’un bout à l’autre.

Le vieux Nürburgring, pour vous, c’est le plus beau circuit du monde?

À cette question, je réponds toujours oui! Et j’ajoute toujours que deux autres tracés sortent pareillement du lot: Macao et Bathurst. Quand vous courez sur l’une de ces pistes, vous changez de niveau, de dimension. Chacune, dans son style, propose un défi hors norme. Je les aime beaucoup. La Nordschleife un peu plus, oui...

Vous venez justement d’épingler une troisième fois la Macao GT Cup à votre tableau de chasse...

Oui, j’attendais cette passe de trois depuis sept ans! En 2016, 2017, 2018, on avait manqué le coche de justesse. Là, tout s’est déroulé à merveille: deux courses, deux victoires. Ça valait le coup de faire le déplacement... et de subir les sept jours de quarantaine obligatoires en débarquant sur place.

La saison prochaine, quelle sera votre cible numéro 1? Le succès ou le titre que vous aimeriez décrocher avant tout?

J’aimerais bien remporter enfin les 24 Heures de Spa. Une course mythique où j’ai déjà connu les joies de la pole et du podium sans jamais concrétiser sur la plus haute marche. Mais comme tout compétiteur qui se respecte, j’espère jouer la gagne partout. En particulier sur le front du championnat DTM où l’on doit être capable de faire mieux que cette année.

(*) La Mercedes-AMG One a détrôné la Porsche 911 GT2 RS Manthey Racing qui détenait le précédent record (6’43”300).

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