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Quand Ferrari se remet à rimer avec Forghieri pour le Grand Prix de Monaco Historique

À 81 ans, Mauro Forghieri, l'emblématique directeur technique de la Scuderia, sort de sa retraite pour bichonner la sublime Ferrari 312B millésime 1970 pilotée par Paolo Barilla

Gil Léon Publié le 13/05/2016 à 05:11, mis à jour le 13/05/2016 à 05:11
Ne cherchez pas un ordinateur sur sa table de travail. Cette Ferrari 312B qu'il avait conçu lui-même à la fin des sixties, Mauro Forghieri l'affûte « à l'ancienne », avec stylo, papier et chrono manuel acheminés dans sa valise d'époque... Photo Morgan Mathurin

Dès le premier regard posé sur sa rutilante carrosserie, cette fabuleuse machine à remonter le temps frappée du cavallino rampante vous propulse aux confins des sixties et des seventies. Domptée lors de ce 10e Grand Prix de Monaco Historique par Paolo Barilla, l'ancien pilote Minardi F1 - également vainqueur des 24 Heures du Mans 1985 -, la Ferrari 312B figure en bonne place sur la grille de rêve réunissant les F1 mythiques de la fameuse Scuderia.

« Oui, c'est une voiture qui a laissé une empreinte indélébile, parce qu'elle nous a permis de revenir aux avant-postes durant la saison 1970 après deux années de vaches maigres », lance Mauro Forghieri.

« Seule la victoire est belle »

Incroyable mais vrai : à 81 printemps, l'emblématique directeur technique, second personnage le plus influent à Maranello après Enzo Ferrari durant plus d'un demi-siècle, n'est pas rangé des monoplaces. À la demande de l'héritier du célèbre fabricant de pâtes italiennes, celui-ci est sorti de sa retraite. Impossible de résister à l'appel d'un tourniquet qui lui a offert quelques-unes de ses plus vives émotions. « À Monaco, vous savez, seule la victoire est belle », poursuit le natif de Modène entré dans la grande maison rouge comme en religion en 1960. « Pour le pilote, pour l'équipe, il faut absolument figurer au palmarès. Il s'agit d'une question de prestige. Le deuxième sous le damier marque des gros points, certes, mais il est surtout le premier des battus, là plus qu'ailleurs. Mes plus beaux souvenirs de ce Grand Prix si spécial sont donc liés à nos succès décrochés avec Niki Lauda (en 1975 et 1976, ndlr), Jody Schecker (1979) et Gilles Villeneuve (1981). »

Le temps suspend son vol quand on le voit, stylo en main, noircir minutieusement les feuilles de set-up avec des réglages d'orfèvre, comme autrefois. Au diable la télémétrie, les acquisitions de données... « Ce circuit atypique a toujours constitué un véritable casse-tête pour les ingénieurs. Moins de vitesse, moins d'adhérence : de par ses caractéristiques, il propose un challenge différent et ô combien ardu, quelle que soit l'époque. Dans les stands, je me souviens qu'on en bavait. Mais ce n'était rien par rapport à ce que vivait le pilote en piste. Car chaque erreur, le moindre écart, se paye cash. Et lorsque la pluie s'invite, bienvenue en enfer ! »

 

Créée sous sa houlette, la 312B n'a pas conquis le Rocher, malgré le talent et les efforts d'un certain Jacky Ickx, 3e et 1971, puis 2e un an plus tard. D'autres temples de la « Formule reine » l'ont en revanche vu tutoyer le sommet dès 1970, une saison du renouveau durant laquelle Monsieur Ickx s'est imposé trois fois (Autriche, Canada, Mexique). « Cette année-là, Clay Regazzoni avait triomphé à Monza devant les tifosi, une victoire particulière », se souvient Mauro Forghieri à propos d'un Grand Prix d'Italie marqué par l'accident mortel de l'Autrichien Jochen Rindt, champion du monde à titre posthume. « L'originalité de la 312B se situait derrière parce qu'elle étrennait un bloc 12 cylindres à plat lui offrant un centre de gravité très bas. À cause du B figurant dans sa dénomination, la presse pensait qu'il s'agissait d'un moteur boxer. Grave erreur ! Le B, en fait, il avait juste été imposé par le patron. »

Enzo et Niki dans le rétro

Ce Commendatore qu'il a longtemps côtoyé, avec des hauts et des bas, l'ancien « sorcier » de la Scuderia assis sur la bagatelle de treize titres suprêmes - pilotes et constructeurs - pourrait l'évoquer pendant des heures. « On était l'un et l'autre originaires d'Émilie-Romagne. On partageait la même passion et on avait le sang chaud ! Si plusieurs ''clashs'' ont jalonné ma trajectoire sous les ordres d'Enzo Ferrari, nos relations sont toujours restées empreintes d'un grand respect mutuel. »

Une ultime question nous brûle les lèvres avant de le laisser plancher à nouveau sur sa table de calcul : garde-t-il en mémoire l'empreinte d'un as du volant plus impressionnant que ses pairs ? La réplique fuse. « J'ai adoré travailler avec Amon, Bandini, Regazzoni, Scheckter, Villeneuve, entre autres... Mais sûr que Lauda tient une place spéciale. Si son caractère assez froid, très germanique, ne plaisait pas à tout le monde, moi, j'aimais son esprit rationnel et son désir permanent d'efficacité. À bord d'une voiture qui lui convenait, Niki, c'était un rouleau compresseur, une machine à gagner. »

 

Paroles d'expert....

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