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"On vit la course de l’intérieur": rencontre avec Jean-Luc Filippi, 53 Grands Prix au compteur

Avec 53 Grands Prix au compteur comme commissaire de l’Automobile Club de Monaco, ce Niçois de 70 ans vit aussi sa passion automobile au travers du maquettisme de voitures d’époque.

Thibaut Parat Publié le 28/05/2022 à 16:00, mis à jour le 28/05/2022 à 15:42
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Jean-Luc Filippi, commissaire de l’Automobile Club de Monaco. Photos Jean-François Ottonello et F.C.

À l’Automobile Club de Monaco, tout le monde le surnomme affectueusement "Doc". Il faut dire que la ressemblance est troublante avec le docteur Emmett Brown, personnage fantasque de la trilogie cinématographique Retour vers le futur.

Jean-Luc Filippi a, certes, la chevelure immaculée et ébouriffée, mais c’est avec le verbe posé que ce commissaire de l’ACM, 70 printemps au compteur, cause d’automobile. Dans les yeux, la flamme du passionné capable de converser dix minutes sur la culasse d’un moteur et des heures entières sur les évolutions techniques de la F1 au gré des décennies.

Grimpez dans la DeLorean de "Doc" pour un bond dans le passé. On vous retrace l’histoire d’un Niçois, amoureux de la Principauté et de son circuit, qui ne semble pas prêt à ranger au placard le blason d’un corps prestigieux.

Présent lors du crash de Lorenzo Bandini

Dans ses jeunes années, happé par la douce mélodie s’échappant du tracé urbain, Jean-Luc Filippi grimpe sur les toits de Monaco pour suivre les batailles du rail qui se jouent en contrebas. "Au pensionnat des Dames de Saint-Maur, où ma mère travaillait, puis à la MJC quand j’étais au lycée", se souvient-il.

 

C’est l’époque d’un circuit bien moins sécurisé qu’aujourd’hui, avec des spectateurs placés le long de promenoirs et des bottes de paille utilisées comme maigres remparts en cas d’accidents.

Par opportunité, Jean-Luc Filippi se retrouve en bord de piste un certain 7 mai 1967, jour marqué par un funeste accident au port. "J’étais à quinze mètres de Michel Boeri [l’actuel président de l’ACM, alors commissaire de piste, ndlr] quand la voiture de Lorenzo Bandini a tapé et s’est enflammée. C’était un brasier. C’était épouvantable. Les commissaires n’étaient pas équipés et formés comme maintenant…"

53 Grands Prix au compteur

Deux années plus tard, il intègre le Corps des commissaires pour ne plus jamais le quitter. Au tableau de chasse du bénévole: 53 Grands Prix. "Je n’en ai jamais manqué un. Même chose pour le rallye WRC", soutient le bénévole, ancien enseignant en communication et photographie.

Il aura fallu une pandémie mondiale, et un confinement, pour qu’il loupe une édition. C’est dire l’assiduité.

Jadis cantonné à la radio, au niveau du Portier, puis à l’estafette de la Société monégasque d’assainissement, Jean-Luc Filippi est, depuis douze ans, basé au poste Sainte-Dévote comme commissaire dit "radio alpha".

 

"On intervient pour extraire les voitures accidentées avec une grue. On vit la course de l’intérieur, on fait partie intégrante du spectacle. C’est dingue et pour ça, merci à l’ACM et son président. Après, forcément, je suis triste quand je vois une voiture s’abîmer", sourit-il.

"Résoudre un problème"

Les tripes qui se retournent, l’œil qui frétille à l’évocation d’une kyrielle d’anecdotes sur et en dehors du circuit… Des émotions décuplées que ses parents, alors professeure d’arts plastiques et illustrateur, n’ont jamais réellement compris.

Si le terreau familial n’était guère propice à la passion automobile, Jean-Luc Filippi a, semble-t-il, hérité d’une faculté à modéliser les choses. De là est né un second amour: les maquettes. De voitures, naturellement.

Photos Jean-François Ottonello et F.C..

"Dans les années quatre-vingt, je n’avais pas beaucoup de sous et je m’extasiais souvent devant la reproduction d’une Fiat dans un magasin de jouets. Un jour, je repasse devant la boutique qui avait brûlé. Le propriétaire me propose de récupérer le sachet. Une fois à la maison, je me rends compte que tout est en piteux état. Pendant plusieurs années, j’ai tout refait moi-même", explique-t-il.

Un travail de fourmi, de longue haleine, qu’il répétera à maintes reprises. Pour une berlinette d’Alpine – pour laquelle il gagnera une médaille d’or au salon mondial de la maquette –, une F1 Renault bi-turbo, une P34 Tyrrell six roues, une Lotus 49B et une Lotus 77 et, prochainement, une Matra MS11.

"Je réalise toutes les pièces à la main. De la carrosserie aux moteurs, en passant par la ceinture et les boutons sur le volant, détaille-t-il. J’essaye toujours d’apprendre une technique, de résoudre un problème. S’il n’y a pas de difficultés, cela ne m’intéresse pas."

 

Clive Chapman, le fils de Colin, célèbre ingénieur britannique et fondateur de Lotus Cars, lui envoie d’ailleurs plusieurs plans de monoplaces. "Renault m’a aussi donné accès à son patrimoine. Mais jamais Ferrari qui m’a répondu que les plans des monoplaces étaient secrets", regrette-t-il.

Son dernier projet en date, pour le coup, est XXL. Dans une casse à Nice, sous les ronces et la terre, Jean-Luc Filippi a déterré une monoplace, une Formule Renault, dont il ignore le propriétaire. "Je l’ai entièrement démonté, à la rondelle près, et je suis en train de la restaurer. Le but c’est de la faire marcher."

Et vu l’opiniâtreté de ce mordu d’automobile, l’objectif a de grandes chances d’être concrétisé.

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