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La F1 d’hier et d’aujourd’hui, son nouveau challenge 100% électrique: rencontre avec Felipe Massa

Mis à jour le 08/12/2018 à 17:28 Publié le 08/12/2018 à 17:28
Felipe Massa (à droite) et son coéquipier italo-suisse Edoardo Mortara baptiseront la nouvelle Venturi VFE-05 samedi prochain en Arabie Saoudite.

Felipe Massa (à droite) et son coéquipier italo-suisse Edoardo Mortara baptiseront la nouvelle Venturi VFE-05 samedi prochain en Arabie Saoudite. Photo Jean-François Ottonello

La F1 d’hier et d’aujourd’hui, son nouveau challenge 100% électrique: rencontre avec Felipe Massa

Douze mois après avoir raccroché son casque de vice-champion du monde de Formule 1, le Brésilien, à 37 ans, va prendre un nouveau départ au volant d’une monoplace électrique made in Monaco.

Au onzième et dernier étage du Gildo Pastor Center enraciné dans le quartier de Fontvieille, tout près du stade Louis-II, le bureau d’études du team Venturi phosphore  à plein régime.

Si les VFE-05, nouvelles monoplaces électriques ‘‘Gen 2’’ (deuxième génération) made in Monaco, ont déjà décollé en direction d’Ad Diriyah, la ville d’Arabie Saoudite où retentiront les trois coups de la saison 5 du championnat FIA Formule E samedi prochain, on continue de plancher sans relâche sur les pièces, les évolutions, susceptibles d’optimiser les montures pilotées par Felipe Massa et Edoardo Mortara. "Je fais un ‘‘stop and go’’ de quelques minutes au simulateur et je suis à vous".

Comme prévu, le Brésilien rangé des F1 est là afin d’évoquer son nouveau challenge survolté. Pendant une heure chrono, l’ancien coéquipier de Schumacher et Alonso, entre autres, vivant en Principauté depuis douze ans, parlera aussi des Grands Prix d’hier et d’aujourd’hui. Moteur!

Côté Formule1

Un an après l’ultime drapeau à damier, l’adrénaline unique de la F1 vous manque encore ou vous avez tourné la page?
Aujourd’hui, on peut dire que le sel de la compétition, me manque, globalement. Mais pas la Formule 1. Cette année, j’ai assisté à plusieurs Grands Prix, par obligation ou pour voir des amis. Ma décision d’arrêter fin 2017 était mûrement réfléchie. Je ne la regrette pas un instant.


Si votre longue trajectoire était à refaire, que changeriez-vous?
Bien sûr, dans une carrière, il y a toujours quelques erreurs, des mauvais choix. Mais, allez, dans l’ensemble, je suis heureux du parcours accompli. Même si la cible suprême, ce titre de champion du monde dont je rêvais, m’a échappé en 2008 pour un petit point, sans que je n’ai rien à me reprocher ce jour-là. Dix ans déjà!

A la longue, ça vous agace que les questions là-dessus fusent inlassablement ?
(Du tac au tac) Ah non ! Ce dernier GP décisif à Interlagos, j’en parle volontiers. On avait réussi le week-end parfait:
pole position, meilleur tour en course, victoire. Aucune erreur de stratégie, pas de problème lors des arrêts au stand...

Bref, j’ai fait le maximum en sachant que l’issue finale ne dépendait pas de moi. Le titre, en fait, nous l’avons perdu ailleurs. En Hongrie, à Singapour. Mais vous savez, je ne peux garder qu’une belle image en mémoire puisque ce fut ma
meilleure saison.

Votre souvenir numéro 1?
Il y en a tellement qui se bousculent. Les premiers tours d’essais en F1, le premier week-end de course, le premier podium, la première victoire... S’il ne faut en retenir qu’un, je prends naturellement le premier de mes deux succès au Brésil, en 2006.Pour un pilote brésilien, c’est capital de gagner à domicile. Un frisson tellement fort. Indescriptible. Souvenez d’Ayrton Senna. Il avait plus fêté sa première victoire à Interlagos que son premier titre mondial !

Vous avez aussi triomphé à Spa, Magny-Cours, Barcelone, entre autres... Pas à Monaco. Pourquoi ?
Une question de réussite. En 2008, quand je garde l’avantage à Sainte-Dévote après être parti en pole, ça me semble possible. Mais sous la pluie, les accidents s’enchaînent derrière. L’intervention de la voiture de sécurité ruine notre stratégie et je finis 3e (derrière Hamilton et Kubica, ndlr). Dommage, j’aurais bien aimé épingler Monaco. Peut-être que j’y arriverai en Formule E... (il sourit)

Quel était le secret de votre longévité ?
Un secret ? Quel secret ? Il faut juste travailler dur. Se donner à fond. Quels que soient le niveau, la discipline, d’ailleurs. La seule différence, en F1, c’est le contrat professionnel. Une fois la signature apposée, c’est à vous de jouer.Tant que
votre job donne satisfaction, l’aventure continue !

Fernando Alonso vient de partir à son tour. Il déplore que la F1 soit devenue ennuyeuse, trop prévisible. D’accord avec lui ?
Dans un sens, oui. Il a raison. Je le comprends. Fernando, il arrête parce que sa monoplace ne lui permet pas de lutter pour la victoire. A la régulière, seuls cinq ou six pilotes peuvent viser la gagne, aujourd’hui. La voiture tient un rôle prépondérant. Mais si vous jetez un œil dans le rétro, vous constaterez que la F1 a presque toujours fonctionné comme cela. Regardez les années 70, 80, 90. A l’époque du duel Prost-Senna, par exemple, le vainqueur finissait souvent avec un tour d’avance sur le troisième!

Que faut-il faire pour booster le spectacle ?
Equilibrer les coûts, d’abord. Quand on voit que Mercedes, Ferrari et Red Bull dépensent environ 500 millions de dollars par an, c’est normal que le championnat soit à deux vitesses. Hélas, la FIA ne décident pas seule. Les constructeurs ont leur mots à dire. De quoi générer des conflits sans fin...

Vous avez déclaré récemment que Sebastian Vettel a perdu le titre parce qu’il a commis plus d’erreurs que Ferrari. Vous confirmez ?
Les deux sont responsables de l’échec. Le pilote et l’équipe. Peut-être que Sebastian l’est un peu plus, oui. Ça marchait vraiment bien pour eux au printemps. A vrai dire, peu importe qui a le plus fauté. A la fin, c’est le même résultat.

Ferrari a raison de remplacer Kimi Räikkönen par Charles Leclerc ?
Oui ! Charles a montré de quoi il est capable.Il est issu de la Ferrari Driver Academy. Alors, le voir intégrer la Scuderia me semble normal. Il arrive au bon moment, après toutes ces erreurs. Maintenant, à lui d’aller au-delà des attentes de l’état-major du team. En 2019, on va lui demander de faire au moins aussi bien que Kimi en 2018 (une victoire, une pole, 3e du championnat). Moi, je pense qu’il peut faire mieux. C’est un futur champion du monde !

Le prochain pilote Ferrari champion du monde ?
Qui sait ? Difficile de le prédire à coup sûr.Mais il possède le profil. Il a le talent et le mental.

Comment doit-il aborder sa première saison en rouge ?
Il va découvrir une autre dimension. Au sein d’un top team, les attentes, les sollicitations, la pression sont décuplées. A 21 ans, Charles devra donc apprendre à travailler avec ces contraintes supplémentaires. Il n’aura pas le droit à l’erreur,
pas d’excuse. Franchement, je ne suis pas inquiet pour lui après ce qu’il vient de réaliser chez Sauber.Au même stade, je le trouve d’ailleurs plus mûr que Max Verstappen.

Pour conclure ce chapitre, Felipe, dites nous : le prochain Brésilien vainqueur d’un Grand Prix est-il né?
Je l’espère, oui. (Il réfléchit, l’air dubitatif) Ok, le Brésil traverse une longue période difficile. Mais les choses vont peut-être changer bientôt. Les débuts de Caio Collet en monoplace sont prometteurs (lauréat du Volant Winfield au Castellet puis champion de France F4 cette année). La route est encore longue, mais on va le suivre car c’est lui qui incarne le mieux la relève tant attendue à mes yeux.

Côté Formule E

Votre nouveau départ se profile droit devant : pourquoi la Formule E plutôt que l’Endurance?
C’estt de sponsors. Tenez, là, à mes côtés, j’ai réuni plus de partenaires qu’à l’époque de Williams en F1!
Bref, tout cela montre à quel point ce championnat grandit vite. Tout compte fait, par rapport à l’endurance, je pense que je peux y faire un plus long bout de chemin.

On imagine que plusieurs grands constructeurs sont venus taper à votre porte. Pourquoi avez-vous choisi Venturi?
Parmi toutes les offres reçues, celle de Venturi m’a paru la plus intéressante. Vous êtes au courant du lien étroit noué avec Mercedes. L’équipe a aussi recruté d’excellents ingénieurs. Susie Wolff vient de prendre les manettes, en tant que
team principal. Ils me voulaient absolument. Bref, il s’agit d’un projet ambitieux. En plus, je vis à Monaco, donc nous sommes voisins. (Il sourit) Après Claire Williams en F1, vous allez travailler ici sous les ordres de Susie Wolff et Delphine Biscaye (team-manager).

Vous aimez être dirigé par des femmes, non?
Honnêtement, ce n’est pas ce critère qui a déterminé ma décision. Certes, je connaissais Susie, sa personnalité, ses qualités, puisqu’elle était aussi chez Williams. Delphine, en revanche, je l’ai rencontrée ici. Chez Venturi, ce sont les
perspectives de développement qui me séduisent. Mais si on peut réussir avec des femmes, tant mieux. Le sport auto n’est pas une affaire d’hommes. Tout le monde peut s’y épanouir.

Certains pilotes de F1 ont vertement critiqué la Formule E au début. Leurs paroles vous ont choqué?
Pas vraiment, non. Moi-même, au moment de la saison 1, j’étais sceptique. Mais quand on voit ce championnat grandir de la sorte, tous les pays qui l’accueillent, les constructeurs qui s’impliquent, la nouvelle monoplace « Gen 2 », l’évidence saute aux yeux. La Formule E, c’est une autre philosophie. Aujourd’hui, les mentalités évoluent, les idées changent. Petit à petit, les récalcitrants de la première heure, pilotes et fans, comprennent. Et ceux qui résistent encore comprendront
bientôt!

Quel est le principal sujet d’étonnement lors du tout premier roulage?
Croyez-moi, en venant de la F1, on se rend compte illico que tout est différent : pas de changement de vitesses, peu d’appui aéro, adhérence réduite, moteur 100 % électrique... Il y a donc beaucoup de nouveaux paramètres à gérer. Et deux difficultés que je place côte à côte en première ligne. D’abord, en rythme course, enchaîner les tours réguliers en préservant l’énergie autant que possible. Ensuite, le grand écart entre le pilotage en mode qualif’, où vous disposez de 250 kW, et la course, où la puissance est limitée à 200 kW. Pas facile!

Etes-vous satisfaits des tests accomplis à Valencia et ailleurs ?
Oui. Nous avons pas mal progressé en l’espace de quelques mois. À Valencia, même si le tracé n’a rien à voir avec ceux des ePrix, nous avons roulé sur le sec puis sur le mouillé. De quoi engranger de précieuses infos. Et pour moi, apprendre
vite les diverses procédures.

En Espagne, vous signez le 8e temps et votre coéquipier Edoardo Mortara finit 9e. Un classement significatif?
Je ne sais pas. Difficile de mesurer le potentiel des uns et des autres sur une telle piste. J’espère que l’on sera encore plus compétitif dans les rues.

Vous vous estimez prêt?
Oui, je le suis. C’est un nouveau défi. Pour la première fois de ma carrière, je vais découvrir tous les tracés. Quelque part, à 37 ans, je me sens un peu dans la peau d’un débutant.A moi de savoir progresser rapidement.

Réussir chez Venturi, là où Jacques Villeneuve a échoué, c’est une source de motivation spéciale?
Pour moi, Jacques ne constitue pas tout à fait le meilleur exemple, hein! Bon, je l’aime, c’est un ami. Mais après la F1, on peut dire qu’il s’est planté partout. Alors, si je signe les mêmes résultats que lui, l’expérience s’arrêtera vite. Ma carrière aussi. Franchement, je préférerais imiter Vergne, Buemi ou Di Grassi.

Déjà quatre saisons au compteur et le tableau de chasse de Venturi reste bloqué à zéro victoire. Ça vous surprend?
Un peu, quand même. L’équipe est déjà passée tout près à plusieurs reprises. Maintenant, elle est mieux structurée, mieux préparée. J’espère lui offrir ce bonheur très vite.

Le championnat ne fait pas escale au Brésil. Comment est-ce possible?
Tel est le cas en 2019-2020, hélas. Ensuite, on verra.Mon pays vient de négocier un virage important. Je crois en lui, je crois en notre nouveau président (Jair Bolsonaro). Il peut construire un avenir meilleur. En attendant, ma course à domicile, ce sera l’ePrix de Monaco. Où je compte bien retrouver le chemin du podium.


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