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"Je suis amoureux de Charles Leclerc", clame Jean Alesi

S’il est un homme qui a sans doute le sang un peu plus rouge que les autres, c’est bien lui. Aujourd’hui consultant pour Canal Plus, l’ex pilote aux 79 grands prix courus pour la Scuderia Ferrari (une victoire en 1995, au Canada) reste un observateur privilégié de la F1. Mais surtout un passionné de la firme au cheval cabré. Et un ardent défenseur de Charles Leclerc. « Je suis amoureux de Charles », sourit l’Avignonnais avant de nous parler des chances du Monégasque dans la lutte pour le titre.

Laurent Seguin Publié le 23/07/2022 à 08:30, mis à jour le 23/07/2022 à 11:23
Jean Alesi. Archives Jean-François Ottonello

Charles Leclerc vient enfin de renouer avec la victoire. Quelles sont ses chances dans la course pour le titre?

Elles sont plus fortes qu’au début du championnat quand personne ne connaissait le niveau des forces en présence. Je m’explique. Aujourd’hui, les performances des autos, on les connaît, et quand on pose la Ferrari sur la piste, elle est, sur tous les circuits, entre la première et la quatrième position. Tout le temps. Donc Charles a une super voiture. Et comme en plus il l’a conduit très bien, ça fait quelque chose d’imbattable. Car honnêtement, il m’impressionne. Vraiment. Je suis amoureux de Charles! Parfois, il me fait penser à Senna. Ce qu’il a fait à Silverstone (quatrième place) avec une voiture dont l’aileron avant était endommagé est exceptionnel. Après, il y a le facteur fiabilité. Mais il est plus facile de travailler sur la fiabilité que sur la performance. Et le championnat est encore long. Ce qui casse aujourd’hui d’un côté (Leclerc a dû changer une pièce sur son moteur avant le GP du Canada et a été pénalisé de dix places sur la grille de départ), finira par casser de l’autre (chez Red Bull). Sans leur porter malheur, ça finira par leur arriver.

Vous parlez de malheur, mais pendant trois mois entre l’Australie et l’Autriche, Leclerc a souffert d’une sacrée déveine...

 

J’en parle souvent à Giuliano (son fils qui court en Super Formula au Japon), et je lui dis qu’avec le recul, quand j’analyse toutes les causes de mes différents abandons en F1, il y a toujours quelque chose de rationnel derrière. Un manque de préparation, une erreur de pilotage. La chance, ou la malchance, je n’y crois pas.

De l’extérieur, Ferrari donne parfois l’impression d’être une écurie un peu à l’ancienne. Manquant parfois d’un peu de sérieux, de professionnalisme...

Je vous arrête tout de suite. Avant le Grand Prix d’Imola, je suis allé visiter la ‘‘Gestione sportiva’’ (à Fiorano) que je connaissais très bien du temps où j’étais chez Ferrari, et je peux vous dire qu’aujourd’hui c’est la NASA. C’est impressionnant! La qualité des outils, des lieux de travail, c’est exceptionnel. Ils ont vraiment les outils. Et je ne vous parle même pas du simulateur qui est fou. Les bancs moteurs de la soufflerie.

Les erreurs de stratégie de l’écurie Ferrari n’ont en effet rien à voir avec la malchance. Mais sans parler d’amateurisme, on les sent moins chirurgicaux que Red Bull. Et parfois désorganisés...

L’explication est très simple. C’est une équipe qui a une pression extérieure énorme. Depuis toujours. Depuis que Ferrari existe. Et surtout, ça fait très longtemps qu’ils ne gagnent pas. Je me souviens que lorsque Schumacher a pris ma place chez Ferrari, il n’a été champion du monde qu’au bout de cinq ans. Alors qu’il arrivait avec tout son staff technique et avec des moyens illimités (recruté en 1996 par la Scuderia Ferrari, l’Allemand sacré champion du monde en 1994 et 1995 avec une Benetton Renault, a dû attendre la saison 2000 pour empocher son troisième titre mondial). Aujourd’hui, Ferrari renoue avec la victoire, ils ont fait une voiture qui gagne, mais ils sont obligés de mettre les choses au point pour que cette voiture soit pleinement exploitée. Il leur manque des petites choses. En stratégie, ils n’ont pas été suffisamment tranchants. Dans la communication avec le pilote aussi. Quand on voit que Sainz refuse de rentrer au stand à Monaco avant de se raviser dix tours plus tard...

 

La communication vous semble-t-elle plus fluide, plus limpide, chez Red Bull?

Vous savez, il ne faut pas oublier que chez Red Bull, ils n’ont qu’un pilote (Max Verstappen). Que le deuxième (Sergio Pérez), c’est un cobaye. Chez Ferrari, quand Michael Schumacher a été champion du monde, c’était tout pour Michael et rien pour l’autre (de 1997 à 2006 ses coéquipiers ont été Eddie Irvine, puis Rubens Barrichello et Felipe Massa). Aujourd’hui, c’est plutôt 50-50 (avec Carlos Sainz). Est-ce que là aussi, l’expérience ne va pas finir par déboucher sur un choix...

Celui de mettre Sainz au service de Leclerc?

Peut-être pas, non. Mais il y a un état de fait, c’est qu’aujourd’hui Charles est plus fort que Carlos. La hiérarchie se fait naturellement. Sur la piste. Et Carlos est intelligent. Il a le sens collectif. Il sait, on sait, que Charles est plus fort. Et Ferrari en est parfaitement conscient aussi.

La prise de conscience n’a-t-elle pas été un peu tardive? La relation entre le responsable de la gestion sportive, Mattia Binotto, et Charles Leclerc semblait très tendue à Silverstone lorsque Sainz s’est imposé...

C’est normal que ce soit tendu. Mais je ne pense pas qu’il y ait eu de mise au point (Binotto a semblé remettre Leclerc en place au cours d’une brève discussion captée par les caméras de Canal Plus). Je pense que c’était juste une discussion pour lui dire que rien n’était contre lui.

Et non pour lui dire de contenir ses réactions? Comme l’a suggéré l’ancien pilote Williams et Toyota, Ralf Schumacher, qui a pointé du doigt l’attitude de Charles après le fiasco de Monaco, en affirmant qu’il avait sa part de responsabilité dans les contre-performances. Sous entendant aussi que le linge sale devait plutôt se laver en famille...

 

Non, Ralf franchement...(il soupire). Allez, je vais être gentil avec lui et je vais juste dire une chose: quand on est jaloux d’un frère comme Michael, on peut comprendre la façon de parler de Ralf. C’est un idiot. Charles a eu la réaction d’un sportif. De quelqu’un qui vit la chose intensément. Quand tu sors de la voiture… Il faut cette spontanéité. Déjà que tout est cadré.

Le public en a-t-il besoin?

Le linge sale se lave en famille, mais la spontanéité d’une grande déception, tu peux la partager avec les passionnés, avec ceux qui te regardent.

Et ils sont de plus en plus nombreux. Que pensez-vous de cet engouement?

Vous savez, j’ai tout vécu. Les Grands Prix où l’on pouvait à peine rentrer, où il fallait s’organiser pour arriver jusqu’au circuit. Avec des scooters. Je pense à des endroits comme Suzuka, Silverstone, ou Magny-Cours. Il y avait vraiment de la folie. Et puis il y a eu un énorme creux avec la mort de Senna et la suprématie de quelques écuries qui a fait qu’il n’y avait plus de suspense. Mais aujourd’hui, on est sur une autre dynamique. Les jeunes s’intéressent à nouveau au sport automobile, les gamins aiment les voitures, l’amour revient. Quand on fait un Grand Prix aujourd’hui, le problème n’est pas de savoir combien on met de tribunes, mais comment on va gérer le trafic. Parce que c’est plein. Et c’est fantastique, c’est une fête.

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