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Il y a 50 ans, Jean-Pierre Beltoise gagnait son premier et dernier Grand Prix à Monaco sous un déluge dantesque

Son premier jour de gloire en Formule 1 fut aussi son dernier. Le 14 mai 1972, sous un déluge dantesque, Jean-Pierre Beltoise avait bravé les éléments déchaînés et largué la concurrence pour s’offrir une victoire d’anthologie au volant d’une BRM. Flash-back.

Gil Léon Publié le 29/05/2022 à 13:00, mis à jour le 29/05/2022 à 14:34
Après 80 tours de magie sous le déluge, Jean-Pierre Beltoise avait fini par transformer l’eau en champagne au côté du couple princier, Rainier et Grace de Monaco. Photo AFP

C’était quatre mois après le lancement de la Renault 5. Et cinq mois avant la présentation de la Peugeot 104 au salon de l’automobile de Paris. C’était aussi l’année du vol inaugural du tout premier Airbus, l’A300. L’année où Claude François chantait "Le lundi au soleil", sautillant et moulinant avec les avant-bras en cadence devant les Clodettes.

C’était le 14 mai 1972. Il y a un demi-siècle. Cinquante ans déjà. Un dimanche de Grand Prix sous le déluge exactement, à Monaco. Le jour d’une course légendaire, à nulle autre pareille. Un instant d’éternité. Pas moins de 80 tours de force, de folie, de magie, bouclés à 102,754 km/h de moyenne. En 2h26’54’’754 très précisément. Une chevauchée aussi fantastique qu’unique signée Jean-Pierre Beltoise!

Symbole du renouveau français

Depuis la naissance de sa majesté Formule 1, en 1950, seul Maurice "Pétoulet" Trintignant avait fait retentir la Marseillaise au pied du Rocher. Plutôt deux fois qu’une, sur Ferrari (1955) et Cooper-Climax (1958).

Après 80 tours de magie sous le déluge, Jean-Pierre Beltoise avait fini par transformer l’eau en champagne au côté du couple princier, Rainier et Grace de Monaco. Photo AFP.

Voilà donc plus d’une décennie que l’on attendait le successeur. "Bébel"? Symbole du renouveau français des années 60 et 70, le natif de Boulogne-Billancourt s’était invité au palmarès du Grand Prix de Monaco F3 (1966), certes. Mais à l’étage supérieur, ses quatre premières participations dans l’habit de lumière Matra avaient tourné court : quatre abandons enchaînés de 68 à 71.

 

La série noire n’ira pas au-delà. En 72, à 35 ans, le pionnier de la génération dorée portée au sommet par Matra coupe le cordon ombilical. Il quitte les troupes de Jean-Luc Lagardère pour tenter l’aventure dans les rangs d’une écurie BRM marquée par les accidents mortels de Pedro Rodriguez et Jo Siffert survenus la saison précédente.

Le team dirigé par Louis Stanley engage alors pas moins de cinq P 160 sur la piste aux étoiles. Celle du "Frenchie" de la bande enchaîne d’entrée deux pépins mécaniques éliminatoires : moteur V12 en rade à Kyalami (GP d’Afrique du Sud), commande de boîte de vitesses hors service à Jarama (GP d’Espagne).

Quand sonne l’heure de mettre le cap sur la Principauté, les projecteurs sont braqués vers le champion en titre et tenant du trophée monégasque, Jackie Stewart (Tyrrell), ainsi que vers ses principaux contradicteurs du moment, Emerson Fittipaldi (Lotus), Denis Hulme (McLaren) et Jacky Ickx (Ferrari).

En négociant bien le virage des qualifications (4e derrière Fittipaldi, Ickx et la seconde Ferrari confiée à Clay Regazzoni), Beltoise provoque le destin. Le lendemain, le ciel chagrin ouvre ses vannes en grand avant la mise à feu.

"Depuis son accident (lors des 12 Heures de Reims 1964, ndlr), Jean-Pierre pilotait avec un bras et demi", raconte le journaliste toulonnais, Johnny Rives, plume de référence dans les colonnes de L’équipe durant une trentaine d’années. "Passé tout près de l’amputation, il avait fait bloquer son coude gauche dans une position favorable pour le pilotage. Bien sûr, ce handicap lui compliquait pas mal la tâche. Pour lui, très sensible à la dureté de la direction, la pluie constituait une alliée précieuse. Sur chaussée humide, le volant pèse moins lourd. Son pilotage fin s’exprimait à merveille. Mais ce jour-là, le grand favori s’appelait tout de même Jacky Ickx".

 

"Vif comme l’éclair, il a bondi magnifiquement"

Lorsque la piste se déguisait en piscine, le ténor belge tutoyait l’excellence. Installé en première ligne, à côté du poleman brésilien, il semblait tenir la corde, en effet. Sauf que dans ses rétros, la BRM jaillit plus vite lorsque le drapeau de Louis Chiron lâche la meute détrempée.

Photo DR.

Témoin privilégié de ce moment décisif, François Mazet s’en souvient comme si c’était hier: "En décollant, nombreux sont ceux qui ont patiné", confie le pilote mentonnais qui officiait au sein du comité d’organisation.

"Ceux placés côté droit disposaient d’une adhérence légèrement supérieure. Jean-Pierre, vif comme l’éclair, en a profité. Il a bondi magnifiquement, s’est infiltré dans un trou de souris pour dépasser Jacky (Ickx) et virer en tête à Sainte-Dévote. Il s’agissait de la dernière course disputée sur le tracé original de 1929 (3,145 km). Je l’ai suivi à l’intérieur de l’épingle du Gazomètre, sous la flotte d’un bout à l’autre. Jacky est longtemps resté dans le sillage de Jean-Pierre. Mais pour lui, les gerbes d’eau projetées par le leader et l’étroitesse de la piste formaient un obstacle insurmontable. Jean-Pierre a contrôlé la situation Maîtrise phénoménale!"

Dans le livre Beltoise, comme un frère écrit juste après la disparition du héros, en 2015, Johnny Rives détaille avec une précision d’orfèvre ce numéro de funambule au fil du chapitre 8 intitulé "Son chef-d’œuvre".

"À chaque virage, il aurait pu perdre l’équilibre"

"Le voir braver les éléments, enquiller les tours en tête, dans ces conditions dantesques, c’était juste hallucinant", poursuit notre estimé confrère varois. "Je n’en croyais pas mes yeux. Comme Ickx, il avait des pneus Firestone, plus performants que les Goodyear de Stewart sur piste mouillée. Mais son bloc V12 manquait cruellement de progressivité. Tellement brutal ! À chaque virage, et lors de chacun des innombrables dépassements de retardataires, Jean-Pierre aurait pu perdre l’équilibre. Il est resté devant, 80 tours durant. Un exploit formidable."

Un jour de gloire sans lendemain durant lequel la BRM n°17 avait roulé sur une autre planète, reléguant la Ferrari de Monsieur Ickx à plus d’une demi-minute... et les autres monoplaces rescapées à des années-lumière.

 

Cinquante ans après, il reste cette empreinte indélébile apposée sur les tablettes monégasques. La griffe d’un as du volant nommé Beltoise. L’homme qui savait transformer l’eau en champagne.

Trajectoire

Jean-Pierre Beltoise
Né le 26 avril 1937 à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine)
Décédé le 5 janvier 2015 à Dakar (Sénégal)

1958 : débute en sports mécaniques par la moto au guidon d’une Jonghi 125 cm3. 11 titres de champions de France décrochés entre 1961 et 1964.
1963 : dispute ses premières courses en sport automobile sur René Bonnet (11e des 24Heures du Mans, vainqueur à l’indice énergétique)
1965 : champion de France F3 sur Matra
1966 : vainqueur du Grand Prix de Monaco F3 sur Matra
1967 : débuts en F1 avec Matra (2GP).
1968 : F1 avec Matra (12 GP, 2e aux Pays-Bas). Champion d’Europe de F2 avec Matra (3 victoires)
1969 : 5e du championnat du monde de F1 avec Matra (3 podiums)
1970 : 2 podiums en F1 (Matra), vainqueur du Tour de France automobile avec Patrick Depailler et Jean Todt (Matra)
1972 : vainqueur du Grand Prix de Monaco F1 (BRM)
1974 : 1 podium en F1 (BRM). Victoire aux 1000Km du Nürburgring, aux 1000 Km du Castellet, aux 1000 Km de Brands Hatch et aux 6 Heures du Watkins Glen avec Jean-Pierre Jarier sur Matra
1979 : champion de France de rallycross sur Alpine. Vainqueur des 24Heures du Paul Ricard avec Henri Pescarolo sur BMW
1986 : vice-champion de France Production sur Peugeot
1990 : dernière victoire nationale à Croix-en-Ternois (Coupe Peugeot 309)
1993 : dernière saison de compétition (Porsche Carrera Cup)

FORMULE 1 :
85 GP disputés, 1victoire,8 podiums, 4 meilleurs tours, 77 points marqués

24 HEURES DU MANS :
14 départs, 8 abandons
Meilleur résultat : 4e en 1969 avec Piers Courage (Matra)

Offre numérique MM+

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