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En 1929, le premier Grand Prix était gagné à… 80 km/heure

Créée il y a 93 ans, la course mythique a été remportée, pour sa première édition, par l’outsider anglais Williams-Grover. Il s’était inscrit en cachette comme un célèbre baron.

André Peyregne Publié le 27/05/2022 à 14:21, mis à jour le 27/05/2022 à 14:23
Les concurrents avaient à parcourir 100 tours de 3,18 kilomètres. Photos DR

Le temps était radieux en ce 14 avril 1929. L’événement qui se préparait était considérable. Selon le Journal de Monaco, la Principauté n’avait jamais accueilli une foule aussi importante. Cent mille personnes (sic) s’étaient agglutinées le long de rues, dans les tribunes du quai Albert-1er ou du Casino, et sur les balcons des immeubles.
Le premier Grand prix automobile allait se dérouler, organisé par l’Automobile Club de Monaco que présidait Anthony Noghès.

Le prince Louis II dans la tribune d’honneur

Le grand moment est arrivé. Plusieurs années de travail ont été nécessaires. Le circuit a été dessiné par le pilote monégasque Louis Chiron. Il a fallu vaincre pas mal de difficultés : la présence de pavés et de rails de tramway, la différence de niveau entre l’actuel quai des Etats-Unis et le quai Albert-1er. On a créé des passerelles, démoli des escaliers, construit des plans inclinés.

Dans la tribune d’honneur, au milieu du quai Albert-1er, ont pris place le prince Louis II, la princesse héréditaire Charlotte et son époux le prince Pierre. Dans leurs voitures en forme de baquet, les pilotes bouillent d’impatience, coiffés de casquettes, portant d’épaisses lunettes.

Un tirage au sort a décidé de leur position sur les six lignes de départ. En pole position, le français Philippe Etancelin sur Bugatti. À ses côtés, Dauvergne et Lehoux également sur Bugatti.

 

En deuxième ligne se trouve un certain Williams, lui aussi sur Bugatti. Il n’est arrivé que la veille et n’a pas participé aux essais. Il s’appelle en fait William-Grover et a pris un pseudonyme pour cacher à sa mère sa participation à la course.

À ses côtés on trouve un mystérieux Philippe. Ce pilote amateur glissé au milieu des professionnels n’est autre que… le baron Philippe de Rothschild. Le tirage au sort a placé le favori de la course, l’allemand Rudolf Caracciola sur Mercedes, en cinquième ligne. Il a du souci à se faire!

Les concurrents auront à parcourir cent tours sur un circuit qui fait 3,18 kilomètres.

Williams s’échappe

13 heures 30. Le directeur de la course Charles Faroux baisse son drapeau. C’est parti! Dans un bruit d’enfer, Lehoux s’élance en tête. Etancelin bondit dans sa roue. Dès le départ, Williams a réussi à se glisser en troisième position. Les voitures se présentent en paquet au virage de Sainte-Dévote. Tout le monde ralentit, des accrochages sont possibles.
Mais dès la montée vers le Casino, la voiture verte de Williams s’échappe en tête. Elle atteint la vitesse ahurissante de 80 kilomètres à l’heure!

Derrière lui, on s’active. Le redoutable Caracciola fait le forcing. Ignorant le danger, il dépasse un, deux, trois concurrents. En un tour, il en a doublé dix. Ça y est, il est derrière Williams!

 

À la sortie du tunnel, il manque d’emboutir la Bugatti de Lehoux. Celui-ci a envoyé sa voiture dans les sacs de sable. Trois roues cassées ! On le voit courir sur le circuit pour aller chercher des roues de secours. Pendant onze tours, les concurrents dépasseront sa voiture endommagée, avant qu’il ne répare et reparte… pour abandonner peu après.

Caracciola et Williams luttent en tête de la course. C’est le combat de la petite Bugatti contre la grosse Mercedes. David et Goliath ! Et voilà qu’au treizième tour, Goliath-Caracciola rate son épingle à cheveux au niveau de la gare. Il fait un tête-à-queue, repart aussitôt.

Au dix-huitième tour, c’est l’Alfa Romeo de Perrot qui craque. On la voit rebondir sur la route, poursuivre sa course en sursautant: elle a perdu une roue. Peu à peu, les voitures abandonnent les unes après les autres. Il n’en restera plus que neuf.

Caracciola en tête

Au trentième tour se produit ce à quoi on s’attendait : Caracciola dépasse Williams. C’était joué d’avance, il est le plus fort, il va gagner! Pourtant, on le sait, une course n’est jamais gagnée avant la fin. Et voilà qu’au cinquantième tour, l’inattendu se produit. Caracciola dérape. Il doit changer ses pneus. Au stand, le sort va s’acharner sur lui : le cric cède, un tourne-écrou casse. Quatre minutes de perdues!

Pendant ce temps Williams, qui a fait un plein d’essence, se retrouve en tête. Derrière lui s’est glissé le Roumain Bourianou sur Bugatti. Caracciola est humilié. Il repart la rage au cœur, le pied au plancher. Williams accélère. Il arrivera à battre le record du tour : 84 kilomètres à l’heure, on n’a jamais vu cela!

Sûr de sa victoire

Quatre-vingtième tour. Au sortir de la chicane, la Delage de Rovin part dans les décors. Le pilote est indemne. Williams est toujours en tête. La course arrive à sa fin. Plus que deux tours. Cette fois-ci l’Anglais est sûr de sa victoire. Bourianou est à une minute derrière, Caracciola à deux.

 

Plus qu’un tour. Plus qu’une centaine de mètres. Au milieu du quai Albert-1er, Williams aperçoit Charles Faroux qui s’apprête à baisser son drapeau. Il tient sa victoire ! Il franchit la ligne. Le drapeau est baissé, il a gagné!

Une ovation monte de la foule. Le premier Grand Prix de Monaco est terminé. C’est un succès. Tout le monde est content. On envisage d’organiser un autre Grand Prix l’année suivante…

Résultats

- 1er: Williams sur Bugatti en 3 heures 56 minutes 11 secondes, vitesse moyenne de 80 kilomètres à l'heure. Prix : 100.000 francs.
- 2e: Georges Bourianou sur Bugatti, à 1 minute 17. Prix: 30.000 francs
- 3e: Rudolf Caracciola sur Mercedès, à 2 minutes 22. Prix: 20.000 francs.
- 4e: Georges Philippe sur Bugatti, à 1 tour. Prix: 15.000 francs
- 5e: René Dreyfus, sur Bugatti, à 3 tours. Prix: 10.000 francs.
- 6e: Philippe Etancelin sur Bugatti, à 4 tours
- 7e: Marco Lepori sur Bugatti, à 6 tours
- 8e: Michel Doré sur Corre, à 11 tours
- 9e: Louis Rigal, sur Alfa Romeo à 13 tours.

Abandons :
- Raoul de Rovin sur Delage (accident)
- Goffredo Zehender sur Alfa Roméo (avarie mécanique)
- Christian Dauvergne sur Bugatti (avarie mécanique)
- Guglielmo Sandri sur Maserati (avarie mécanique)
- Albert Perrot sur Alfa Romeo (perte d’une roue)
- Diego de Sterlich sur Maserati (avarie mécanique)
- Marcel Lehoux sur Bugatti (avarie mécanique)

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