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"C’est un rêve de gosse", le pilote grassois de F2 Théo Pourchaire entre en piste à Monaco

À 17 ans, Théo Pourchaire, le benjamin azuréen de l’antichambre de la Formule 1, va pour la première fois tutoyer la limite sur le mythique toboggan monégasque qui a bercé son enfance.

Gil Léon Publié le 19/05/2021 à 07:40, mis à jour le 19/05/2021 à 07:31
Théo Pourchaire va découvrir la piste monégasque avec 620 chevaux dans le dos. Photo Formula Motorsport Limited

Évidemment, cette échéance, la deuxième des huit jalonnant le calendrier 2021 du championnat FIA Formule 2, était doublement soulignée sur sa feuille de route. "Quand j’entrerai en piste à Monaco, ce sera un grand moment", nous avait d’ailleurs glissé Théo Pourchaire il y a deux mois alors qu’il s’apprêtait à enclencher la première dans le désert de Bahreïn. Après une étape d’ouverture moyen-orientale qui a failli le voir escalader le podium d’entrée, l’heure H sonne enfin pour le rookie grassois, plus jeune pensionnaire de l’antichambre de la F1 à 17 ans. Ce jeudi matin, il commencera à cravacher les 620 chevaux de sa monoplace sur le tourniquet de la Principauté. Son jardin d’enfant. Là où l’étincelle s’est produite lorsque, minot émerveillé dans les pas de son papa, il venait admirer les as du volant bataillant entre les rails. Retour vers le futur: attention, ça tourne!

Théo, d’abord, comment vous sentez-vous? Comme à l’approche de n’importe quelle course?

Non, ce n’est pas pareil que d’habitude. Là, il s’agit du Grand Prix de Monaco. Un circuit que je découvre. Un tracé en ville. Une course mythique. Avouons-le, j’aborde cette deuxième étape de la saison avec une certaine appréhension. Parce que le challenge s’annonce ardu. Complexe. Avec de l’excitation, aussi. Car rouler ici, c’est un rêve de gosse. Je suis très heureux de pouvoir le réaliser cette semaine.

 

Vous êtes Grassois, pas Monégasque. Mais peut-on tout de même parler d’un week-end à domicile?

Oui! D’abord, la Formule 2 ne roule pas au Castellet cette saison. Si je me sens Français avant tout, Monaco est le circuit le plus proche de la maison. J’y suis déjà venu une dizaine de fois en spectateur. J’ai vu des séances d’essais et des courses. F1 et épreuves de support... Au virage de Sainte-Dévote, aux esses de la Piscine et ailleurs. Que des bons souvenirs! À Bahreïn, seule Pauline (sa sœur aînée, ndlr) avait fait le déplacement avec moi. Cette fois, mon père et ma mère m’accompagneront également. Je serai comme à la maison!

Le Grand Prix de Monaco, il est entré dans votre vie à quel âge?

En 2006. L’époque du duel Schumacher-Alonso. Ferrari contre Renault. Moi j’étais tout de rouge vêtu. Quand je regarde les photos de famille prise à cette occasion, ça me fait drôle. Je n’avais que trois ans. Je me rappelle surtout du rugissement assourdissant des moteurs V8. Quel bruit!

 

C’est donc en Principauté que vous avez eu envie de devenir pilote?

Évidemment. Quand un enfant de trois ans voit des F1 en action sur cette piste, dans un tel décor, il espère imiter ses héros un jour. Moi, à cet âge, j’avais déjà pris en main un baby-kart à La Sarrée (le seul circuit de karting des Alpes-Maritimes, près de Grasse). Mon père est un vrai passionné de sports mécaniques. Il m’a vite transmis la flamme.

Pour aborder ce tracé atypique, avez-vous modifié votre préparation?

Pas vraiment. J’ai juste mis le paquet sur l’entraînement physique. À Monaco, pour négocier les virages serrés, il faut changer une pièce sur la direction des F2. Le volant est plus dur à manier. Il réclame de gros efforts. Donc on doit être affûté pour tenir le choc et la distance.

Comment s’est passée l’exploration du circuit au simulateur?

 

J’ai empilé pas mal de kilomètres virtuels ces dernières semaines. Au siège d’ART GP, mon écurie, mais aussi en Suisse chez Sauber, en mode F1.Dans un simulateur, on peut aller chercher la limite tout de suite, sans risque. Quand j’entrerai en piste jeudi, ce sera une autre histoire. Pas le droit au moindre écart. Une erreur infime suffit. Boum dans le mur! Et vous perdez alors un précieux temps de roulage, a minima.

Et maintenant, y a-t-il un virage que vous avez particulièrement hâte de négocier en vrai?

Les deux chicanes rapides de la Piscine, je suis curieux de voir ce que ça donne, oui. Le freinage de Sainte-Dévote, où vous déboulez avec le DRS ouvert, ça doit être chaud aussi. Interdiction de bloquer la roue... De toute façon, à Monaco, chaque virage constitue un défi. C’est un circuit qui donne envie d’attaquer.

Lors de vos trois premières saisons en monoplace, vous n’avez couru qu’une fois en ville: il y a trois ans dans les rues de Pau en championnat de France F4. Un gros handicap?

Sûr que ce manque d’expérience n’aide pas. Cela dit, le Grand Prix de Monaco a été annulé en 2020. Donc les redoublants vont aussi le découvrir. Tout le monde sera sur un pied d’égalité, à quelques rares exceptions. Mon coéquipier (le Danois Christian Lundgaard), lui, a déjà posé ses roues ici en Eurocup Formule Renault 2.0.

Revenons un instant à Bahreïn. Cette défaillance du turbo qui vous prive d’un premier podium dès la course 1, vous l’avez ruminé longtemps?

 

Perdre 12 points d’entrée comme ça, c’est dommage. On le sait, ce genre de désagrément peut survenir n’importe quand en sport auto. En fait, il ne s’agit pas d’une panne. Le problème résulte d’un mauvais montage. Les mécanos ont commis une erreur. Je ne leur en veux pas. Des fautes, il m’arrive d’en faire en piste. Maintenant, on doit se serrer les coudes pour les éviter autant que possible.

Avec cinq semaines de recul, quels enseignements principaux retenez-vous de cette manche d’ouverture?

Je retiens qu’on était d’entrée dans le rythme. Attention, notre marge de progression demeure importante. Je parle de la mienne, en pilotage pur, mais aussi de celle du team en termes de stratégie. Globalement, c’était pas mal, quand même (11e du championnat pilotes avec 8 pts). Maintenant, on enchaîne deux circuits très différents, Monaco et Bakou, avant de retrouver des vrais classiques, Silverstone, Monza, Sotchi. Sans doute que la hiérarchie va évoluer.

À Monaco, la séance qualificative sera la clé de la réussite encore plus qu’ailleurs?

Oui, cette chasse au chrono pèsera lourd. Moment crucial, déterminant, même si, en vertu du nouveau format des week-ends, le poleman s’élancera le lendemain en 10e position, avec un gros risque d’accrochage au virage 1 (top 10 des qualifications inversé pour la course 1). À moi de savoir faire abstraction de cette subtilité. Quand l’heure d’y aller sonnera, on visera la pole. On ne pensera qu’à ça.

En guise de conclusion, dites-nous: pour réussir ce premier week-end à domicile, quelle cible faudrait-il atteindre?

J’aimerais bien marquer des points lors de chacune des trois courses. Ne me demandez pas combien. Des gros points, de préférence! Et pourquoi pas décrocher une coupe?

 

La dernière course de F2 en date à Monaco, le 25 mai 2019, avait vu la victoire d’un pilote français: le regretté Anthoine Hubert. Vous le connaissiez?

Un peu. On s’est croisé au Mans, dans les locaux de la FFSA Academy. Il avait fait retentir la Marseillaise et porté haut les couleurs de l’équipe de France Circuit à Monaco. Un exploit remarqué. Moi, la victoire, bien sûr que j’y pense. Mais je ne me colle pas une pression excessive. Lui succéder au palmarès ce week-end, ce serait une belle manière d’honorer sa mémoire.

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