Ce domaine viticole varois organisait les plus belles soirées de la F1 dans les années 80

Durant les années 1980, le château Vannières, niché à La Cadière-d’Azur, accueillait le gratin de la Formule 1. Rencontre avec le maître des lieux, Eric Boisseaux, qui ressort la boîte à souvenirs.

Fabrice Michelier Publié le 21/07/2022 à 16:00, mis à jour le 21/07/2022 à 15:58

Au milieu des vignes, au pied de La Cadière-d’Azur, se dresse le château Vannières. Le chant des cigales, nichées dans les pinèdes environnantes, trouble à peine la quiétude ambiante. C’est dans ce cadre idyllique qu’Eric Boisseaux a connu l’âge d’or de la Formule 1 sur le circuit Paul-Ricard, au cœur des années 1980. Derrière ses lunettes au cadre bleu, les yeux de ce passionné pétillent lorsqu’il évoque cette période dorée. "Un autre temps, une autre époque, sourit-il. On s’est beaucoup amusé. Pour un passionné comme moi, c’était extraordinaire. J’ai pu avoir accès à ce milieu grâce au circuit."

Une autre époque...

Originaire de Bourgogne, Eric Boisseaux se passionne très vite pour le sport automobile. Il noue alors des amitiés avec des pilotes et trouve sa place dans cet univers. Jusqu’à son arrivée dans le Var. Sa famille possède le domaine Vannières depuis 1956. S’il effectuait des allers-retours réguliers entre la Bourgogne et le Var, le viticulteur s’installe définitivement à La Cadière dans les années 1970. Le hasard faisant bien les choses, c’est aussi à cette époque que Paul Ricard concrétise son idée folle de créer un circuit sur le plateau du Castellet. "Dès le début, c’était quelque chose d’extraordinaire", se remémore Eric Boisseaux.

Proche de Jean-Pierre Beltoise (ancien pilote), il intègre très vite le microcosme du circuit. "Tout était plus facile d’accès, on rentrait beaucoup plus facilement", se souvient le sexagénaire.

Avant de livrer une première anecdote: "À l’époque, j’avais un camion, j’allais livrer du vin dans les stands. J’avais un laissez-passer, je mettais des copains à l’arrière du J7 et je déchargeais tout le monde. Si l’un de nous se faisait piquer, il sortait d’un côté et finissait toujours par revenir. Autrement, on avait un passe puis on en faisait quinze autres à la photocopieuse, je me demande encore comment on pouvait passer!"

Un temps où les normes de sécurité n’étaient pas les mêmes. "Je me souviens aussi d’une personne qui avait loué un camion et faisait le tour du circuit par les voies de secours et servait l’apéro à l’arrière. Une année, les cigarettes Camel ont installé un espace VIP avec une piscine gonflable et distribuaient des maillots. On allait se baigner pour regarder le Grand Prix."

 

Quand Marlboro décalait sa propre soirée

Dans les années 1980, les pilotes repartaient du château Vannières avec leur poids en vin. Un vrai cérémonial qui a fait des émules au fil des années.

Parfaitement intégré à cet univers, Eric a une idée. "Quand il y avait des courses importantes, j’ai eu la volonté de réunir les pilotes au domaine et de leur offrir leur poids en vin. C’était marrant!" Très vite, le rendez-vous est institutionnalisé.

À la fin des années 1980, sous l’impulsion de Gérard Larousse (voir ci-contre), qui avait lancé sa propre écurie, le château Vannières devient l’hôte de soirées Grand Prix de France. "On recevait 300 personnes, servies à l’assiette dans la cour", se remémore le maître des lieux. S’ensuivait une remise des prix aux pilotes. "C’était une soirée très courue. À tel point, que Marlboro, qui faisait une soirée le samedi soir pour le Grand Prix de France à Bandol, avec tous les patrons de la F1, a fini par m’appeler vers la fin pour me demander si je faisais toujours ma soirée le samedi soir et auquel cas, eux décaleraient la leur au vendredi! Là, je me suis dit que si Marlboro me demandait ça... c’est que c’était réussi!"

Le Collaro show à domicile

Des soirées "bon enfant", où il n’était pas rare de croiser des célébrités bien au-delà de la Formule 1. "J’étais très copain avec Stéphane Collaro, qui était une star de la télévision à l’époque. Avec toute son équipe, ils arrivaient à dix! Ils logeaient partout ici, au bord de la piscine, c’était un peu camping. Ils venaient pendant les quatre jours et c’était un peu la fête! On faisait de très belles soirées". Ainsi, au détour de la piscine du château, on pouvait aussi croiser des politiques comme Jean Glavany, chef de cabinet de François Mitterrand. "Il y avait des tas de gens que je ne connaissais pas personnellement qui venaient. C’était sympathique."

Les pilotes, eux, même s’ils étaient "beaucoup plus décontractés qu’aujourd’hui, ne buvaient pas. Ils ne s’attardaient pas. 21h30-22 heures, ils allaient se coucher, nous, on prolongeait!"

En revanche, il n’était pas rare de croiser les as du volant dans la journée. "En descendant du circuit, vers 16-17 heures, les pilotes venaient se baigner à la maison."

 

Des stars comme Patrick Tambay, Jacques Laffite, René Arnoux, Jean-Pierre Jarier, Yannick Dalmas sont ainsi passés par le domaine.

Rendez-vous des pilotes

Au-delà de la Formule 1, le château Vannières devient une vraie institution lors de chaque événement au circuit. "Les pilotes allaient à l’hôtel-restaurant chez Bérard à La Cadière, puis ils passaient me voir. Aux alentours de chaque circuit, il y a des habitudes. Le bouche-à-oreille a ainsi fonctionné." Hors saison, il n’était pas rare non plus de croiser quelques habitués des circuits sur les marches du château Vannières. Guy Ligier venait y dormir entre deux sessions d’essais en hiver. Une autre époque.

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