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Avant les courses au Castellet, on a rencontré le nouveau patron niçois du championnat du monde d’endurance

Ancien directeur adjoint du Dakar et coorganisateur du Silk Way Rally, Frédéric Lequien vient de prendre les rênes des championnats d’endurance, WEC et ELMS. Rencontre au circuit Paul Ricard, théâtre ce dimanche de la manche française de l’European Le Mans Series.

Gil Léon Publié le 06/06/2021 à 09:08, mis à jour le 06/06/2021 à 09:03
Frédéric Lequien: "L’endurance porte des valeurs très importantes pour un constructeur automobile". Photo Eric Damagnez

Un Varois s’en va, un Niçois arrive. S’ils viennent de changer de patron, le championnat du monde d’endurance (WEC) et l’European Le Mans Series (ELMS), qui fait escale au Castellet ce week-end, gardent l’accent sudiste.

Nommé le 5 janvier dernier successeur de Gérard Neveu à la tête de LMEM, la structure en charge de conduire la destinée d’une discipline en plein renouveau, Frédéric Lequien a quitté les vastes étendues désertiques des rallyes-raids pour une nouvelle aventure sur des pistes moins poussiéreuses, à 48 ans.

Avant d’évoquer ce virage, dans la salle de presse surplombant la pitlane du circuit Paul Ricard, l’enfant du quartier Cimiez parle volontiers de sa ville, à laquelle il demeure "très attaché", et de l’OGC Nice, qu’il supporte "depuis toujours". Top départ!

 

Frédéric, quelle est la raison de ce changement de cap? Estimiez-vous que votre ‘‘traversée du désert’’ avait assez duré?
C’est un peu ça, oui. Pendant sept ans, de 2005 à 2011, j’ai codirigé le Dakar. Une expérience très marquante, constructive, professionnellement parlant, parce qu’il s’agissait d’une époque charnière pour cette épreuve. En 2008, l’année de l’annulation provoquée par les menaces terroristes, il a fallu réinventer le Dakar loin de son berceau africain devenu inaccessible. Finalement, nous l’avons exporté en Amérique du Sud. La Dakar, vous savez, c’est une épreuve très particulière, très dure à orchestrer, où la pression notamment liée aux questions de sécurité pèse lourd, tout le temps. Ensuite, j’ai créé ma société de marketing sportif et d’événementiel spécialisée dans le sport automobile. Le début d’une autre belle et longue aventure à la tête de la "Route de la Soie", en tant que coorganisateur. Ce Silk Way Rally, il a vu le jour en Russie et au Kazakhstan. Et puis son horizon s’est élargi en 2016, lorsque l’on ressuscite le fameux itinéraire Moscou-Pékin. Pourquoi j’ai décidé de bifurquer? Parce que l’Automobile Club de l’Ouest m’a proposé la direction générale de Le Mans Endurance Management. Prendre les commandes d’un championnat du monde, d’une discipline incontournable sur la scène internationale, en toute sincérité, c’est un challenge extraordinaire.

Quel regard portiez-vous sur l’endurance jusque-là?
Je suis un passionné de sport automobile, donc je m’y intéressais, naturellement. Je suivais surtout les 24Heures du Mans. J’aime beaucoup l’endurance, voilà. Quand l’opportunité de négocier ce virage s’est présentée, j’ai foncé. Aucune hésitation. Parfois, il faut savoir se remettre en question. Mettre ma boîte et toutes mes activités en sommeil, ce ne fut pas une décision facile. Aujourd’hui, je suis pleinement engagé sur cette nouvelle voie. J’ai tourné la page du rallye-raid.

Avez-vous l’impression d’évoluer désormais dans un autre monde?
Les process d’organisation s’avèrent assez différents, en effet. Ce n’est pas comparable, mais il y a des points communs. La notion d’endurance, d’abord. On retrouve aussi les mêmes profils de concurrents. Des pilotes professionnels représentant des constructeurs et des gentlemen drivers qui courent pour le plaisir.

Cet hiver, lors de votre prise de fonction, vous vous êtes entretenu avec votre prédécesseur?
Oui, bien sûr. On s’est appelé tout de suite, une semaine après ma nomination. Gérard (Neveu), c’est quelqu’un que je respecte énormément. Nous discutons ensemble régulièrement. J’hérite de deux championnats, WEC et ELMS, qui marchent super fort. L’endurance a aujourd’hui le vent en poupe. Le passage de témoin s’est fait de manière remarquable, grâce à Gérard que je remercie. J’ai beaucoup d’estime pour lui. Vraiment.

 

Le WEC entame en 2021un nouveau cycle qui s’annonce radieux. Toyota est là. Peugeot, Porsche, Audi et Ferrari vont arriver. Franchement, vous espérez encore séduire d’autres constructeurs?
Là, vous mettez le doigt sur un sujet un peu sensible, ou presque. (Rires) Les annonces importantes s’enchaînent. De quoi voir une superbe affiche se profiler droit devant. En 2023, donc après-demain, dans la catégorie reine, devrait abriter le plus beau plateau du championnat du monde d’endurance... et même des 24Heures du Mans. Rien que l’annonce du retour de Ferrari, ça a généré un impact incroyable. Pour répondre précisément à votre question, d’autres constructeurs vont arriver, oui. Je ne peux pas parler à leur place. Ce que je peux dire, c’est qu’il faudra être extrêmement vigilant quant à l’équilibre des performances. D’une part, cet afflux de grands noms de l’industrie automobile va créer un surcroît de pression que l’on devra assumer. Mais en même temps, il va tirer le championnat, la discipline, vers le haut. À tous les niveaux, en termes d’organisation, de médiatisation.

Un seul vainqueur, plusieurs perdants... Vous allez avoir un problème de riche, non?
(Il rit encore) Les règlements techniques sont établis pour que tout le monde se présente sur la ligne de départ avec les mêmes chances de gagner. La différence, elle se fera donc sur d’autres critères. Mais vous avez raison, la compétition s’annonce extrêmement relevée. (Sourire)

Comment expliquez-vous l’ampleur de cet engouement?
Je pense que l’endurance porte des valeurs toujours très importantes pour un constructeur automobile. Il y a entre autres cette notion de laboratoire à laquelle les uns et les autres sont très attachés. Les 24 Heures du Mans constituent une excellente plateforme pour montrer son savoir-faire. Comme le Dakar.

Ce week-end, la grille de départ des 4 Heures du Castellet accueille 42 prototypes et GT. Il y a six mois, vous envisagiez un tel score?
On ne va pas se mentir, c’était impossible à imaginer dans ce contexte qui n’offre aucune visibilité, aucune certitude. L’European Le Mans Series jouit d’une vitalité fantastique, grâce à l’action de nos équipes jeunes et dynamiques qui travaillent d’arrache pied afin de maintenir le fort lien de confiance avec les concurrents. Ce championnat tient une place très importante dans la pyramide de l’endurance. Pour les pilotes amateurs rêvant du Graal, c’est l’antichambre. Une étape indispensable avant d’accéder au WEC et aux 24 Heures du Mans.

Pour conclure, dites-nous: aujourd’hui, quelle est la priorité numéro 1 du nouveau directeur général de LMEM?
Aujourd’hui comme hier, je considère qu’il n’y a jamais rien d’acquis. Chaque constructeur, chaque participant qui vient dans nos championnats doit être super bien accueilli. Il doit devenir un membre de la grande famille de l’endurance. C’est essentiel à l’aube de ce cycle. Une période faste. La plus faste, j’espère...

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