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Quand Gauguin sème la zizanie dans l'affaire Van Gogh

Un collectionneur érige l'appendice nasal comme preuve que les 65 dessins découverts par le président de l'hôtel des ventes de Monaco seraient l'œuvre d'un faussaire. Pas aussi simple…

Thomas MICHEL Publié le 23/02/2017 à 23:15, mis à jour le 23/02/2017 à 23:15
Franck Baille, spécialiste des XIXe et XXe siècles et président de l'Hôtel des ventes de Monte-Carlo. Photo Patrice Lapoirie

Débutée en novembre lors d'une conférence de presse rocambolesque à Paris, la polémique autour du Brouillard d'Arles vivote. Alors que le fac-similé de 65 dessins inédits attribués à Van Gogh par le président de l'hôtel des ventes de Monte-Carlo, Franck Baille, reste boudé du musée Van Gogh d'Amsterdam, ce dernier vient même de saluer, par la voix du chercheur Teio Meedendorp, la théorie d'un spécialiste de Gauguin exilé au Mexique. Après l'oreille coupée, le nez - mal - dévié…

Depuis la publication du Brouillard d'Arles et la sortie au vitriol de la fondation Van Gogh, force est de reconnaître que la critique publique s'était tarie.

L'institution néerlandaise refusant tout débat public, au grand dam de l'auteur du livre (Bogomila Welsh-Ovcharov) et de son éditeur, Bernard Comment (le Seuil). Les acteurs du marché de l'art se gardant bien de livrer leur intime conviction - sans doute refroidis par quelques antécédents.

Mais il y a quelques jours, à l'appui de photos d'époque et autoportraits connus de Gauguin fournis par Fabrice Fourmanoir, historien de l'art revendiqué, La Tribune de l'art offrait à ses lecteurs un pamphlet sur le Brouillard d'Arles.

 

>>REVOIR. VIDEO. Polémique Van Gogh: l'auteur de la découverte présente les dessins

Une histoire de godille

Exit l'histoire bien ficelée et cautionnée par l'expert reconnu de Van Gogh, Ronald Pickvance. Aux oubliettes le faisceau d'indices concordants réunis en près de dix ans d'enquête par Franck Baille et une armée de documentalistes. L'auteur du papier, Didier Rykner, taillait en pièce toute authenticité du carnet de dessins sur la base d'une erreur jugée grossière : la forme du nez de Gauguin.

Contacté, Fabrice Fourmanoir abonde même sa théorie de "l'escroquerie" par d'autres exemples.

S'il concède avoir attendu avec impatience l'ouvrage pour y découvrir l'unique portrait référencé de Gauguin par Van Gogh, il ne se remet pas de sa déception. Selon lui, la cloison nasale de Gauguin, son « nez inca », a toujours dévié vers la gauche. Ou la droite sur les autoportraits, à cause de l'effet miroir. Ce dessin ne serait donc que l'œuvre d'un faussaire inspiré du fameux autoportrait au Christ jaune.

>> RELIRE. 65 inédits de Van Gogh dévoilés sur fond de polémique

Il ajoute que Gauguin arborait "une raie à gauche dans les cheveux, comme de coutume chez les hommes à l'époque". Et pour clore sa saillie: "On dirait un paysan analphabète, un hébété alors, qu'à raison, il avait une grande idée de sa personne et de son art."

 

La plaidoirie du passionné est étayée de commentaires sur un autre dessin. Les bateaux aux Saintes-Maries-de-la-Mer et la "houle de face incohérente" avec les voiles, ou ses marins mal positionnés par rapport à la godille pour manœuvrer.

La science à la rescousse ?

Des critiques blessantes pour Bogomila Welsh qui maintient "son" interprétation et réclame des passionnés un débat serein et le respect de la liberté d'expression: "Je pense qu'il s'agit du portrait de Gauguin. C'est une discussion que j'ai eue avec Ronald Pickvance et d'autres historiens. S'il s'avérait que l'identité n'est pas celle de Gauguin, ça n'enlève rien au fait qu'il s'agit bien d'un carnet de dessins de Van Gogh!"

Droite dans ses bottes, l'experte plaide la "licence artistique", "l'interprétation" de l'artiste. Bref, des libertés "telles que dans beaucoup de ses œuvres, y compris celles exposées au musée Van Gogh."

Quant à Franck Baille, il fustige "une nouvelle entreprise de destruction" et interroge sur ce "faussaire de génie" invoqué par ces opposants et qui aurait traversé les décennies sans la moindre reconnaissance ou appât du gain… Crédible.

Contactée en tant que spécialiste de l'école de Pont-Aven et de Gauguin, Caroline Boyle-Turner n'avait pas encore vu ce dessin controversé.

"Après étude des photos connues de Gauguin et des autoportraits peints, je ne vois pas assez de ressemblances avec Gauguin pour avoir un avis définitif sur la question de l'authenticité."

 

Mais de préciser: "Le nez est la seule chose qui ressemble à celui de Gauguin mais les oreilles sont trop dégagées de cheveux. (...) La difficulté est que ce portrait est de face et pas de profil, comme toutes les images connues de Gauguin. Quant à la raie, ce n'est pas visible, dans les autoportraits on ne voit pas une raie mais deux et les cheveux au milieu sont plus courts et presque verticaux."

Reste qu'au XXIe siècle, la science a souvent le dernier mot et Franck Baille entend bien la faire parler. De nouveaux éléments sont promis pour l'aube du printemps. Des analyses d'encre, entre autres…

Offre numérique MM+

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