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PORTRAIT. Bernard Pagès, artiste discret en sa maison à Contes

Mis à jour le 05/12/2020 à 19:58 Publié le 06/12/2020 à 10:30
Bernard Pagès chez lui, à Contes.

Bernard Pagès chez lui, à Contes. Photo Franz Chavaroche.

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PORTRAIT. Bernard Pagès, artiste discret en sa maison à Contes

Le sculpteur, sur lequel un imposant beau livre vient de sortir, retraçant plus de cinquante ans d'expositions à travers le monde et de réalisations pour des collections publiques ou privées, vit et travaille à La Pointe de Contes. Dans sa maison, où ses oeuvres font désormais partie du paysage.

"Ca fait cinquante ans que je suis là. Ma fille allait à l’école à Contes et, en passant, je regardais ce que je pourrais trouver dans le coin. J’avais besoin d’espace. Parce que la sculpture, c’est pas évident, faut de la place. Peut-être que le fait de travailler en extérieur a fait que les choses se sont amplifiées, petit à petit?"

Doux euphémisme.

Entre ses deux hangars et son jardin, chez lui à La Pointe de Contes à quelques kilomètres de Nice, où il s’est installé en 1971 après avoir quitté le Lot puis la capitale, Bernard Pagès donne corps à ses sculptures immenses. Des tonnes d’acier, de bois, de béton, que ce grand nom de l’art contemporain modèle inlassablement.

Il y a là des centaines de pièces emmaillotées qui reviennent d’une exposition. Démontées, entières. D’autres qui attendent qu’on vienne les chercher ou qu’on y apporte une retouche. Des matériaux bruts aussi. Un tas de briques, des rondins, des palettes, une souche. Chaînes, cuves, poutres, ferraille. Des outils aussi, des machines.

Si on ne nous avait pas dit qu’on entrait chez un artiste, on se serait cru chez un ouvrier, un paysan.
Et Pagès, dans ses habits d’homme simple qu’il n’a jamais retirés malgré le nombre toujours grandissant de villes et d’institutions lui commandant des œuvres, vient discrètement rappeler qu’on ne devrait jamais opposer l’art et le travail.

"Là, j’ai une scie à ruban pour la découpe du bois. Là, une forge pour former le métal. Un petit marteau-pilon, une presse que j’ai récupérée. Et des outils différents pour souder, meuler, chauffer…", liste-t-il, au hasard du gigantesque atelier.

Chauffeur de camion

On le lancerait bien sur l’inspiration de l’artiste, le pourquoi, le comment. Il enchaîne sur les qualités de la matière, l’équilibre, la dynamique.

"Parfois, je tombe sur un objet et ça me sert de démarrage. D’autres fois l’idée me vient des années après, alors je ressors ce que j’avais stocké. Ce que j’aime, c’est confronter les matières, le naturel et l’industriel, voir comment elles s’adaptent l’une à l’autre. Les matériaux sont décisifs, ils me guident. Je leur reste fidèle et je tiens à ce qu’ils soient identifiables. Ce n’est pas mystérieux, pas extraordinaire."

Ainsi naissent les pièces de Bernard Pagès : avec les moyens du bord, la nature autour et les mains dans le cambouis.

Ainsi arrivent Arrangements, Assemblages et Empreintes. Colonnes, Dévers, Pals et Echappées. Et les autres séries qu’il a réalisées depuis ses débuts dans la sculpture à la fin des années 1960.

"Une réelle incapacité à être comme il faut"

"J’ai été recalé du brevet, du bac, des Beaux-Arts, de tout ! J’avais, je crois, une réelle incapacité à être comme il faut", s’amuse celui qui s’est retrouvé aide en maroquinerie, peintre en bâtiment ou chauffeur de camion avant de vivre de son art une dizaine d’années plus tard.

"Petit, je ne faisais rien à l’école mais j’aimais peindre pendant les vacances, faire du sport et fabriquer des choses. Je bricolais des petits bateaux pour mettre sur la rivière. J’étais plus physique, c’est ça que j’ai trouvé dans la sculpture."

Mais en premier, la peinture. "Les impressionnistes me parlaient. Pourquoi ? Sans doute parce qu’ils peignaient à l’extérieur. Tiens, dans ma sculpture aussi, il y a ça… J’ai essayé plein de styles avant de revenir à des choses très humbles. Mon dernier tableau, c’est une nature morte, réalisée avec des petits pots de peinture industriels."

Chez lui, les oeuvres de Bernard Pagès font partie du paysage.
Chez lui, les oeuvres de Bernard Pagès font partie du paysage. Photo Franz Chavaroche

Deux révélations

La sculpture enfin, après deux "révélations".
Au début des années 1960, une visite de la reconstitution de l’atelier de l’artiste roumain Brancusi à Paris, avec tous ses "outils ordinaires et pas d’instruments de sculpture, me laissant penser que c’était accessible".
En 1967 ensuite, l’exposition des Nouveaux Réalistes à Nice. "Un vrai bouleversement. Un autre rapport au matériau. Dès le lendemain, j’ai abandonné la sculpture traditionnelle." Pagès travaille ensuite avec les artistes du mouvement d’avant-garde Supports/ Surfaces, s’en éloigne. Il n’aime pas trop les théories. S’en rapproche à nouveau.
Puis se fait un nom en solitaire, vendant des pièces aux quatre coins du monde. Pour orner des écoles d’art ou des ronds-points, des bibliothèques ouvertes à tous ou des parcs privés.

"Comme une pousse, une plante"

"Mon chemin s’est fait de rencontres avec des artistes, des peintres plus que des sculpteurs d’ailleurs, des galeristes. Je ne renie jamais un travail, je suis toujours enthousiaste, fidèle à ce que j’ai fait même si mon travail évolue. Au début, j’exposais souvent avec des peintres alors je faisais des choses au ras du sol pour ne pas les gêner… Depuis que j’expose seul, j’ai laissé mon travail s’élever !"
Flagrant, dans son jardin contois ou les villes qui l’accueillent, où ses œuvres monumentales font désormais partie du paysage. Des tonnes de métal, de roches et de bois paraissant souples et légères. Certaines émergeant d’une masse "comme une pousse, une plante", d’autres évoquant "un vieux mur, un pilier ancien", toutes jouant avec la gravité, comme un ballon qui flotte ou la colonne de cubes d’un gamin qui s’amuse. Ou d’un monsieur de 80 ans qui travaille sur son art.

Bernard Pagès.
Bernard Pagès. Photo Franz Chavaroche

repères

  • 21 septembre 1940, naissance à Cahors, dans le Lot, d’un père inspecteur d’assurances et d’une mère au foyer.
  • 1965, quitte Paris où il était installé pour l’arrière-pays niçois et le village de Coaraze. Alors qu’il avait commencé par la peinture, la découverte du travail du sculpteur roumain Brancusi lui fait abandonner ses pinceaux.
  • 1967, découvre les Nouveaux Réalistes et change sa façon de travailler. Expose avec ceux qui deviendront le collectif d’avant-garde Supports/ Surfaces, dont Claude Viallat.
  • 1971-1974, travaille en solitaire après des désaccords avec le collectif avant d’y revenir.
  • 1975, première exposition personnelle à Paris.
  • Dans les années 1980, les expositions se multiplient, en Europe, États-Unis, Inde… En France, le Centre Pompidou, à Paris, le met à l’honneur.
  • 1996, installation de son Dévers à la torsade, colonne oblique, sur le parvis de l’université d’Aix-en-Provence.
  • 2001, réalise La Passerelle du Millénaire à Contes, pont métallique enjambant le Paillon, avec l’architecte Marc Barani.
  • 2004, réalise Sol de la bibliothèque de l’Alcazar, un chemin d’acier au sol de la bibliothèque municipale à vocation régionale de Marseille.
  • 2007, installe son Vent debout, poutrelles aux extrémités jaunes, sur le rond-point des Baraques, route 6202, à Nice.
  • 2018, sa Colonne à la mer, faite de blocs de pierres de Vence, acquise en 1989 par la ville de Paris et exposée puis mise en réserve, est récupérée et installée sur les remparts d’Antibes, au pied du musée Picasso.
Des tonnes d'acier semblant souples et légères.
Des tonnes d'acier semblant souples et légères. Photo Franz Chavaroche

412 pages pour Pagès

"Ils disent parfois des choses auxquelles je n’ai pas pensé moi-même, c’est intéressant", s’amuse Bernard Pagès quand on lui demande ce qu’il pense de la littérature qui l’entoure. Et des publications sur lui, il y a en a déjà eu un paquet.
Mais pour qui aime son travail, ou qui souhaite le découvrir, Le Chant des possibles, véritable somme dirigée par Colin Lemoine, historien de l’art et écrivain, vaut le détour.
"Il part de mes réalisations actuelles pour remonter en sens inverse, il y a des connexions inattendues, c’est très bien fait", juge l’artiste.

Quatre cent douze pages, des photos d’œuvres grand format et en situation essentiellement, de 2020 à 1966. Une bibliographie, la liste des œuvres et leur lieu d’exposition, des copies de correspondances entre Pagès et des artistes comme Ben, Dezeuze ou Viallat. Des textes aussi, signés Colin Lemoine, Maryline Desbiolles (écrivaine et épouse de l’artiste) ou Brigitte Leal (directrice adjointe au Centre Pompidou), entre autres.
C’est à la fois intime et instructif, très vivant.
On y comprend le cheminement, le concret.
"Cet ouvrage aurait pu être une simple anthologie, un beau livre un peu morne, déjà joué, destiné aux étages supérieurs des bibliothèques ou aux tables basses des salons. C’eut été impardonnable", glisse Colin Lemoine en préambule. On sourit et on apprécie sa lucidité. A trop écrire sur les artistes, peut-être en oublie-t-on de les regarder? Là, on voit.

Rencontre dédicace avec Bernard Pagès prévue mardi 15 décembre à 19 h, à la librairie Masséna à Nice. Dans le respect des gestes barrières. Rens. 04.93.80.90.16.

Bernard Pagès. Le Chant des possibles. Sous la direction de Colin Lemoine. Modernes/ Ceysson Editions d’art. 412 pages. 30 x 27 x 3 cm. 120€.

"Bernard Pagès. Le Chant des possibles."
"Bernard Pagès. Le Chant des possibles." DR

Offre numérique MM+

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