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Neuf photos pour découvrir l'exposition "The Reality Show" d'Anthony Alberti à Roquebrune-Cap-Martin

Taquin, caustique et efficace, l'artiste humaniste invite à l'introspection avec l'expo The Reality Show, à Roquebrune. Des réseaux sociaux à la crise des migrants, SOS d'un monde à la dérive

La rédaction Publié le 20/09/2017 à 05:30, mis à jour le 20/09/2017 à 11:07
Perché sur l’un des caddies formant un cimetière du consumérisme à l’entrée de l’exposition, Anthony Alberti guette une trace humaine. Photo JFO

Des caddies décharnés, comme échoués sur un îlot de terre verdoyant, et autant de ferraille indigeste pour une Dame Nature muée en cimetière du consumérisme moderne.

Une descente de garage ornée d'un tapis rouge mais barrée d'une bouée de sauvetage floquée d'un "Welcome abroad" ("Bienvenue à l'étranger"), plutôt que "aboard" ("à bord").

Jeu de mots cruel - parce que réaliste - renvoyant à la condition des migrants du XXIe siècle, pour qui la Méditerranée n'a rien de la croisière s'amuse mais tout d'un charnier.

 

Un parcours d'exposition entamé par un "selfish store" ("magasin de l'égoïsme", voir ci-dessous), où deux empreintes de pied blanches clouent le spectateur face à des iPhone géants dont l'écran s'ouvre sur des miroirs.

Un palais des glaces comme l'allégorie d'une société de l'image. Du paraître, du futile, du renfermement et, au final, de l'ego. Ce fameux "selfish" rouge et planté sur fond noir, non sans rappeler les 7 péchés capitaux façon David Fincher dans Seven.

De paresse spirituelle, il est justement question au fil des tableaux d'Anthony Alberti et sa nouvelle exposition : The Reality Show.

 

Avec The Reality Show, Anthony Alberti fait tomber les masques de ceux qui gouvernent les consciences et incitent à franchir les barbelés. Photo JFO.

Diktat des réseaux sociaux, instrumentalisation des religions, rejet de la condition humaine, mépris de l'environnement, malbouffe… Les enjeux, défis et objets du XXIe siècle se succèdent chacun dans la confrontation avec leur parallèle du passé.

Une scénographie léchée et sans équivoques, peu importe les générations. "J'ai voulu porter un message d'alerte. Dire que la réalité est peut-être mieux que tous ces univers virtuels", plaide l'artiste.

 

En trame de fond, quelques questions existentielles. Comment devient-on esclave des réseaux sociaux au point de se couper de la réalité ? Peut-on s'en extirper ? Doit-on se plier à l'effet de masse ? Comment les grandes compagnies et lobbies nous bercent dans le déni depuis la tendre enfance ?

Des interrogations mais pas de leçons, de réponses, uniquement des faits libres d'interprétation.

"Aujourd'hui, les gens ne s'allument que pour rester sur Internet. On est tous acteurs et victimes de ça. Je dresse juste un constat. C'est comme si j'étais un huissier de la conscience, sauf que je ne suis pas venu pour saisir mais pour donner." Donner à réfléchir.

Doit-on éteindre l'hypnotique petite lucarne ou l'omniprésente fenêtre Windows/Apple pour renouer avec le réel ? Se confronter au monde pour échapper aux geôles de Big Brother ou au chaos extralucide de Barjavel dans La Nuit des Temps ?

 

Une ombre hitchcockienne et sceptique veille sur cette chambre d’enfant où les smartphones ont remplacé les jouets sur le mobile, le poste crache des débilités issues de la télé-réalité,Dieu n’est plus qu’un hashtag et un vieux Motorola a été sacrifié sur l’autel de l’obsolescence programmée. «Aujourd’hui quand un enfant pleure, quel est le réflexe des parents?Lui tendre une tablette…», déplore OneTeas. Photo JFO.

"Je pense que j'ai un problème avec la société avec laquelle j'évolue", concède volontiers Anthony Alberti, évoquant son "horreur du formatage".

"C'est comme la philosophie au lycée. On te demande de réfléchir à la manière d'autres personnes qui sont mortes il y a des siècles. On ne te laisse pas la parole, exprimer ton ressenti…"

 

Celle d'un autodidacte de l'art porté par un message simple depuis ses débuts - et présent dans l'exposition : "Dare to be you" ("Osez être vous").

Graffeur du collectif Los Gringos, street-artist sous le sobriquet de Mr OneTeas, photographe du InsideOut Project Monaco… "Le taquin" déroule cette fois un travail pluriforme et fruit d'un quinquennat de notes, esquisses et réflexions.

"Je n'ai pas envie qu'on me colle d'étiquettes, de hashtags. Avant, parce que je peignais avec des bombes, j'étais un taggeur. Ensuite, il y a eu le InsideOut et j'étais un photographe. Je suis un artiste humaniste. J'aime défendre les causes des humains, leur rendre hommage. La clé de voûte de mon travail, c'est l'homme. Et l'objet, pour véhiculer le message et que l'homme le comprenne mieux."

Ces raquettes en bois des années 80 ont abandonné leur cordage pour un miroir teinté du logo d’un réseau social. Une installation qui témoigne aussi du souci du détail de l’artiste. Le grip, contemporain et de la marque Wilson… Wilson, l’ami imaginaire de Tom Hanks dans le film Seul au monde. Photo JFO.

C'était mieux avant ? « Non ! » C'était même parfois pareil au regard de l'installation "Instatrash" (voir ci-dessous), où une poubelle crache des clichés - cartes postales - du début du XXe siècle en révélant déjà un goût prononcé pour l'utilisation de filtres photos. Un siècle plus tard, les gens trichent toujours… Pourquoi ?

Bien souvent pour quelques « likes » sous leurs publications. D'où une autre installation : "La pompe à like". Une pompe à essence, customisée aux couleurs de la firme de Mark Zuckerberg, permettant de faire un plein de "like". D'égo encore.

The Reality Show se révèle être une mise à nue de l'esprit caustique d'Alberti. L'expo déboussole autant le spectateur qu'elle lui arrache le sourire. Sans jamais user des ressorts du donneur de leçons.

 

 
C’est en mêlant objets contemporains et d’époque que Mr OneTeas interpelle ses congénères.Ici, une cabine téléphonique des années 60, un prie-Dieu du début du siècle dernier et des bouquins sur la franc-maçonnerie, tous placés sous la bannière de Facebook.Ou quand le saint-patron Zuckerberg truste les confessions. Photo JFO.

"Je pense avoir pris le recul nécessaire et acquis une maturité différente. Et, dans la vie, si on ne saute pas, on ne sait jamais si on a pied (...). En tant qu'artiste, on ne fait pas les choses pour plaire aux gens mais comme on les ressent et je parle toujours avec mon cœur. Je ne pense pas être un lâche mais avoir le courage de mes convictions. Toujours avec de l'humour, des clins d'œil, des réinterprétations ou transformations d'objets du quotidien…"

Ses cibles ? Facebook, Instagram, Twitter, Tinder, Snapchat. Outils de communication devenus journaux intimes et compagnons chronophages de millions - voire milliards - d'utilisateurs asservis, dès l'acceptation des conditions d'utilisation. Pour exemple, Anthony de rappeler la signification du fameux logo "F" de Facebook. "Un homme, de profil, la tête baissée vers une main levée et renfermant un smartphone."

 

«Instatrash». Une poubelle de rue émettant un flash incessant et des clichés éphémères. Au sol, des cartes postales d’un autre temps mais déjà avec des filtres de retouche. Rien ne se crée, tout se transforme… Photo JFO.

"La création des machines a oblitéré l'humain. Avant il y avait les voyeurs, maintenant il y a les donneurs à voir. Des exhibitionnistes notoires du web prêts à publier jusqu'au premier caca de leur bébé!"

Un constat universel devenu postulat d'un triptyque "Most, Post, Lost" sur fond de sens interdits.

"Si la plupart des publications sont mauvaises, pourquoi ne pas utiliser ces mêmes armes contre ceux qui les tiennent", ironise OneTeas. Et donc détourner - et retourner - les codes couleurs, personnages ou logos de ces firmes - et leurs utilisateurs - pour passer un message de, sinon révolte, alerte.

 

Et si le Graal n’était que de l’eau potable comme dans cette inclusion?Celle qui manque cruellement dans certaines parties du monde pendant que d’autres y évacuent leurs besoins chaque jour. Photo JFO.

"Mes œuvres d'art, c'est comme un ver, un virus informatique que tu mets à la source. Je critique la plupart des choses partagées mais si les gens se mettent à partager mon message et qu'il a un sens, alors j'attaque le vaisseau mère."

 

Procédé déjà utilisé lors du Wack Donald's Project lorsque Mr OneTeas s'était emparé de l'ADN du leader du burger pour critiquer la malbouffe.

S'inscrivant alors, sans étiquette, dans le registre de la mouvance pop-art. Rien d'étonnant quand on connaît l'esprit d'ouverture, de "Factory" chère à Warhol, qui anime les ateliers d'Anthony Alberti. À ne surtout pas manquer.

Savoir+
Exposition The Reality Show, par Anthony Alberti.
Visible jusqu’au 1er octobre, sur rendez-vous, à Roquebrune. Réservations : Alberti.arts@gmail.com

«Now Here» ou «Nowhere».«Ici et maintenant» ou «Nulle part». À chacun son interprétation mais pour quel avenir?Ou quand les migrants mettent leur vie en péril pour atteindre des rivages où des barbelés les attendent. «Les mecs prennent l’autoroute à pied et, quand ils voient des gendarmes, se balancent des viaducs.» Photo JFO.
Les lobbies, tel que celui du pétrole, nous bercent – et nous endorment – depuis notre tendre enfance. Au point que nos vies dépendent de son cours.Résultat: des clous sur la selle de ce cheval ailé, comme pour rappeler que chaque blocus fait mal à toute une société.En basculant le cheval, les clous laissent apparaître le mot «Lie» («mensonge»). Photo JFO.
Elles avaient pourtant poussé comme des champignons sur les balcons et toitures pour abreuver les accrocs de la zappette.Les paraboles et leurs bouquets de chaînes sont désormais désuets. Au profit des «infos» de Snapchat, Twitter, Tinder, Facebook ou Instagram… Photo JFO.

Offre numérique MM+

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