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Mr OneTeas, un "artodidacte" remonté contre le miroir déformant des réseaux sociaux

Mis à jour le 04/02/2019 à 15:59 Publié le 04/02/2019 à 18:57
Anthony Alberti, alias Mr OneTeas

Anthony Alberti, alias Mr OneTeas Photo JFO

Mr OneTeas, un "artodidacte" remonté contre le miroir déformant des réseaux sociaux

Rien ne le prédestinait à devenir artiste. Ni même à se dresser contre les phénomènes de surconsommation, la malbouffe ou le miroir déformant "offert" par les réseaux sociaux. Sur tous les supports, par tous les moyens, dans tous les recoins du globe, Anthony Alberti propage son message.

"La première fois, j’ai fait un truc innommable. Une signature coulante, horrible."

Voilà le souvenir qu’Anthony Alberti garde de ce soir, il y a près de quinze ans, où son pote Krash 2 l’a embarqué pour graffer.

"C’était tellement déplaisant que j’ai mis énormément d’énergie pour arriver à peindre comme je l’imaginais dans ma tête. Quand je ne sais pas faire, j’apprends, jusqu’à y arriver. J’ai toujours été tenace", pose-t-il.

Le frisson qui lui a parcouru l’échine et le parfum de l’interdit l’ont marqué, pour toujours. Peu à peu, le geste s’est fait plus précis. Plus tard, le propos s’est construit. La peinture a coulé, encore et encore.

Entre-temps, Anthony s’est trouvé un blaze : Mr OneTeas. "To tease", en anglais, ça signifie "taquiner", ou bien "provoquer".

CLOWNS TRISTES

Pas vraiment le chemin que semblait prendre notre homme. Ado, il bossait l’été sur la plage du Belles-Rives, à Juan-les-Pins.

Son BTS hôtellerie l’avait ensuite conduit au Café de Paris, puis à La Vigie, à Monaco. "J’étais attaché de direction. J’aimais beaucoup ce métier, il y avait un vrai contact humain. Ensuite, j’ai fait de l’immobilier à Beaulieu-sur-Mer. Ça allait encore."

Il poursuit dans ce secteur en Principauté. "Là, le lien n’existait presque plus. On était dans le virtuel, comme à la bourse. Ça ne correspondait plus du tout à mes attentes", glisse Anthony.

Ni les salaires rondelets, ni l’assurance d’exercer une profession "respectable" n’ont suffi à tempérer ses ardeurs.

Graffer, peindre, sculpter, photographier. Mr OneTeas cannibalise Anthony. Rattrape le gosse qui dessinait des clowns tristes, aussi.

"Ma tante a gardé tous mes dessins, j’avais oublié ça. C’est marrant, parce que par la suite, j’ai fait le Wack Donald’s Project."

Wack Donald’s ? Une charge à l’encontre de McDo et de son iconique Ronald, transformé en meurtrier de masse. Au gré de ses voyages à travers le monde, Anthony colle des stickers "Manger tue" ou "Meals kill", en détournant le M jaune du plus célèbre des fast-foods.

VALORISATION DES DÉCHETS

La malbouffe lui flanque la nausée. Tout comme l’obsolescence programmée. Pour donner forme à l ’exposition Recycl’Art, il sort du rebut de vieilles disquettes, des téléphones filaires, des caisses de vin.

Ou encore des boites d’antidépresseurs et des étiquettes de Jack Daniel’s, recréant le visage d’Amy Winehouse. Le ver était dans le fruit.

"C’était comme une réaction à un trop-plein. J’aime m’installer dans un pays trois mois avant une expo. Avec ce que je trouve dans les poubelles des gens, je peux monter une installation qui les concerne. Je cherche à véhiculer un message en réinterprétant des objets qui n’existent plus aujourd’hui, figés à un moment où ils étaient encore en circulation", appuie Mr OneTeas.

La place excessive des multinationales dans notre société, les ravages de l’industrialisation de masse, la nourriture-poison : certains n’hésitent pas à considérer que le street-artiste recycle aussi des révoltes convenues.

"Je mets des images sur des maux. Je dresse un constat. Parfois, on me dit que je pointe du doigt des réalités qu’on connait tous. Mais ce n’est pas parce que tu le sais que tu fais en sorte que ça change. Je suis là pour en remettre une couche", martèle-t-il en agitant ses mains dans l’air.

Photo JFO

On lui demande si certains sujets le touchent particulièrement en ce moment. Question saugrenue, sans doute.

"Ce qui me parle, c’est la condition humaine. Je suis concerné par ce qui se passe avec les migrants. J’ai fait une oeuvre qui s’appelle Welcome abroad. Soit “Bienvenue à l’étranger “, plutôt que “Welcome aboard”, “Bienvenue à bord”. Quand ils arrivent, on ne leur donne pas la main. On leur dit : “Bienvenue à l’étranger”, en jetant une bouée. Enfin, quand on leur envoie la bouée..."

Pas besoin d’interroger celui qui possède la nationalité italienne sur la politique de « son » ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini.

LE GOÛT DES AUTRES

Du pays natal de son père (Lino, puissant entrepreneur dans le bâtiment), il apprécie en revanche le côté ouvert, partageur.

"Je ne suis pas un Italien typique, selon les clichés. Je n’aime pas le foot, je ne crois pas en Dieu, je ne suis pas macho et je peux me passer de pâtes pendant une semaine, s’amuse Anthony. Mais ce que j’apprécie dans ce pays, c’est que tu peux te balader dans un petit village, discuter avec des gens et te retrouver invité à leur table cinq minutes après !"

Il y a bientôt trois ans, OneTeas a eu l’occasion d’affirmer son sens du collectif avec l’Inside Out Project. Une initiative de la pointure du street-art JR qu’il a importée en Principauté, juste avant le célèbre tunnel emprunté à tombeau ouvert par les Formule 1.

Pas moins de trente-trois assurances avaient refusé de le couvrir. Pas grave, une trente-quatrième a dit oui. Obstiné, le bonhomme.

"En peu de temps, j’ai réalisé 689 portraits. Je voulais montrer le vrai visage des gens de Monaco. On est toujours en train de tirer des cailloux sur Monaco. C’est facile. Mais il y a plein de gens qui viennent d’ailleurs, qui sont là pour faire vivre leur famille. Je trouve ça respectable. De l’éboueur au prince, chaque personne est indispensable. J’avais installé les personnages en quinconce, comme des briques. Si tu en enlevais une, tu fragilisais l’ensemble."

Anthony Alberti est pudique, mais il sait comment ont été construite ses propres fondations.

Balloté entre la banlieue parisienne, chez maman, et la French Riviera, chez papa, il avait trouvé refuge chez son oncle et sa tante d’Antibes, à l’adolescence.

"Je ne serais pas le même sans eux. Ils ont éveillé ma curiosité, ma sensibilité sur plein de choses qui auraient pu m’échapper. Mon oncle jouait du piano, ma tante lisait beaucoup. Je n’ai jamais vu une bibliothèque aussi grande que la leur."

À coups d’aérosol et de messages, une autre relation a fini par s’instaurer avec le paternel. "Aujourd’hui, on se regarde d’homme à homme. Il ne me le dit pas directement, mais je pense qu’il est content de voir que je me réalise dans mon domaine." La transgression a parfois du bon. 

Photo JFO

Une grande expo à l'Espace Lympia

Pour la première fois, les oeuvres de Mr OneTeas sont rassemblées dans le cadre d’une rétrospective, baptisée Reality Show 2.0.

À l’espace Lympia, l’ancien bagne située sur le port de Nice, près de la zone de départ des ferries, le tout est dispersé sur trois niveaux.

On y trouve des pièces du Wack Donald’s Project, des tableaux sur du carton issus de l’expo Recycl’Art. Ou encore ceux de son aventure All The Same, But Differents.

À l’étage, l’espace est occupé par les dernières installations d’Anthony Alberti, rassemblées sous l’étiquette Social Attack. Toujours en se servant d’objets obsolètes (des Minitel, une cabine téléphonique, d’antiques raquettes en bois), il mord aux mollets Facebook, Twitter, Instagram, Snapchat ou Tinder.

"Sans vouloir jouer les donneurs de leçons ou au berger qui voudrait ramener les moutons sur le droit chemin", promet-il.

"Comme tout le monde, j’utilise les réseaux sociaux. Mais uniquement pour partager mon travail et mes idées. Pas pour dire avec qui je mange, où je pars en vacances ou dans quelle voiture je roule."

Pointant du doigt la propension des uns et des autres à se damner pour un peu de notoriété et d’auto-satisfaction, il a réalisé Super Ego, une pompe à likes à laquelle nous viendrions tous nous ravitailler.

"Mon problème avec ces réseaux, c’est la surenchère. On est dans l’ère du “Je poste, donc je suis”. Le matin, on met tous nos œillères et on avance. Le temps de l’expo, j’aimerais aider les visiteurs à les enlever."

Tout au long du parcours, les visiteurs sont justement invités à se projeter dans les œuvres, à faire partie de l’expérience. En y regardant de plus près, il y verront parfois un miroir.

Espace Lympia. 22, boulevard Stalingrad. Nice. Entrée libre, prolongation jusqu’au
24 mars. Visite commentée par l’artiste (sur rendez-vous). Différents ateliers gratuits pour les 6- 12 ans, sur réservation. Rens. 04.89.04.53.10. galerielympia.departement06. fr

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