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Michel Eisenlohr, le messager de l’invisible

Mis à jour le 25/10/2019 à 10:01 Publié le 28/10/2019 à 18:00
« La lumière sculpte et module l’élément photographié », confieMichel Eisenlohr, ici aux Issambresà Roquebrune-sur-Argens, lorsde l’accrochage de l’exposition de ses photos prises en 2002 en Syrie.

« La lumière sculpte et module l’élément photographié », confieMichel Eisenlohr, ici aux Issambresà Roquebrune-sur-Argens, lorsde l’accrochage de l’exposition de ses photos prises en 2002 en Syrie. Photo Franz Chavaroche

Michel Eisenlohr, le messager de l’invisible

Avec son regard poétique, cet auteur-photographe indépendant sublime ses sujets. Sur la Côte d’Azur, ou à l’étranger, les reportages de ce Raphaëlois d’adoption captivent le public. Lumineux.

"Ça ne vous dérange pas si Ulysse vient nous rejoindre?", demande-t-il avec attention dans la cuisine de son appartement de Saint-Raphaël.

Calme et bienveillant, l’auteur-photographe indépendant Michel Eisenlohr prévient: "C’est un jeune braque-labrador plein d’énergie. Ah! Au fait, j’ai oublié de parler de ma passion pour la Grèce..."

Rien d’étonnant, si l’on se fie à ses nombreux voyages et à son goût pour la littérature. Son parcours est assurément atypique. Ce Varois d’adoption, natif de La Ciotat, a grandi à Marseille,sa ville de cœur. Aujourd’hui, l’homme de 45 ans, admiratif de Raymond Depardon et Bernard Plossu, doit son penchant pour l’aventure et son amour pour la photo à son père. Deux dénominateurs communs de prime abord assez loin de ses années d’études passées sur les bancs de la faculté d’Aix-en-Provence.

un guide iranien, un père aventurier

Détenteur d’une maîtrise en lettres modernes sur le soufisme – "il s’agit de la branche mystique de l’islam, le côté spiritualité m’intéressait" –, Michel Eisenlohr garde toujours le contact avec son professeur Parviz Abolgassemi, devenu ami.

"C’est un poète iranien connu dans son pays. Il m’a initié à la littérature ancienne, comme la légende arthurienne. À chaque question posée, je ne comprenais absolument pas ses réponses. Mais il y avait un cheminement qui me poussait à développer une réflexion personnelle.En quelque sorte, il aiguillait ma curiosité", se souvient-il.

Un premier jalon marquant révélant une envie sous-jacente de regarder le monde de manière différente. Grâce à lui, il comprend que les études de lettres ne lui correspondent pas.Une pierre importante dans la construction de son futur métier qu’il exerce déjà en tant qu’amateur.

"Je n’envisageais pas de vivre de la photo. Mon père m’a entraîné là-dedans et j’adorais ça. Je passais mes nuits dans mon labo à Marseille au lieu de sortir avec les copains. L’apparition de l’image dans les bains révélateurs a forgé mes premières émotions."

Des souvenirs poignants liés à l’argentique encore utilisée au début des années 2000. De la prise de vue à la relation charnelle avec le tirage photo. "Je trouvais ça dingue de pouvoir interpréter une image à partir d’un négatif!", confie-t-il avec excitation.

Malgré ses connaissances, il ne vit pas de cette passion dévorante. Ses premiers voyages auBurkina Faso, au Mali, en Mauritanie... l’incitent pourtant à se confronter à l’œil du public. Ses parents le soutiennent dans cette démarche.

Notamment son compagnon de route attitré en Afrique de l’Ouest ou en Syrie – aventure partagée en voiture ! – et non moins papa, Bernard Eisenlohr, géologue à Fréjus: "Il perçoit, au travers de paysages ou de gens, des choses que les autres, même présents à côté de lui, ne voient pas. Courageux et endurant, Michel a su déterminer et tracer son chemin dans un domaine difficile."

une lente création de réseaux

Une réussite méritée grâce à son talent et ses rencontres.Si son agenda 2020 déborde de rendez-vous et de projets, il a dû auparavant présenter son travail avec audace.

"Au départ, j’exposais souvent à Aix ou Marseille. Je démarchais des librairies, des lieux culturels au culot... Je savais ce que je voulais montrer et ça marchait", rembobine Michel Eisenlohr.

Un lent processus de création de réseaux s’engage. Et petit à petit, les commandes institutionnelles et privées tombent.

Avec Aime comme Marseille, appuyé par la Ville en 2002, il signe son premier ouvrage. L’architecture et le patrimoine deviennent également des sujets phares : EDF lui demande par exemple de mettre en lumière des monuments emblématiques de la cité Phocéenne.

Son penchant poétique, onirique, se ressent et séduit de grosses sociétés, dont Iter* à côté du centre de recherche de Cadarache. Etau-delà de ses projets, des rencontres clés lui ouvrent des portes.

Rudy Riciotti, architecte français à l’origine du Mucem à Marseille, lui a écrit un texte somptueux pour la préface de son ouvrage Palais Longchamp, monumental et secret. Ou encore Danielle Hogu, présidente et fondatrice de l’association Le Cercle des palaces retrouvés, avec qui il a travaillé pendant plus d’un an et demi pour réaliser les photos du livre Menton, une ville de Palaces – Les Palais d’hiver de l’aristocratie internationale, 1860-1914.

Sans oublier un mail fou qui l’a mené jusqu’en Asie.

"J’ai reçu une mise en concurrence entre plusieurs photographes un 31 décembre, pour photographier les principaux monuments parisiens de nuit. Cela débouchait sur une exposition appelée Paris My Dream à Hong Kong. J’ai cru à une blague."

Un message pourtant très sérieux du Centre des monuments nationaux à Paris. Il remporte l’appel, notamment grâce à son ouvrage sur le monastère de Saorge: Te lucis ante terminum – Avant que la lumière ne s’éteigne.

Lors des deux premiers mois de l’année 2015, Michel Eisenlohr sublime plusieurs édifices malgré un poignet cassé après une chute à Saint-Raphaël. « J’avais un accès privilégié en plein plan Vigipirate.

En haut des tours de Notre-Dame, je me retrouvais en tête-à-tête avec les gargouilles. On m’a aussi allumé le Stade de France pendant 15 minutes... » Des moments intimes, uniques, mêlés à une dose d’adrénaline incroyable. Après le vernissage en Asie, le Varois souhaite consacrer un reportage à Hong Kong.

la lumière et l’intemporel

Avec l’aide d’Anne Denis-Blanchardon, conseillère de coopération et d’action culturelle au consulat général de France sur place et de Karine Moge, photographe française expatriée, Michel Eisenlohr parvient à ses fins avec une nouvelle exposition intitulée Urban Enclaves Here/Not Here.

Après une collaboration d’un an avec Yan Kallen, un artiste hongkongais, leurs photos prennent place au cœur de la galerie F22 à Hong Kong. « Il façonne des images de l’espace urbain qui lui sont propres et qui, même quand elles sont vides de tout personnage, regorgent d’humanisme.

Avec son affection pour les lumières du crépuscule et de l’aurore, Michel révèle un Hong Kong plus intime et poétique, loin de l’imagerie stéréotypée », souligne Karine Moge. Des forces caractéristiques de ce conteur d’histoires instinctif sans artifice. Ce dernier apprécie d’ailleurs lorsque ses reportages flirtent avec l’intemporel et le dépassent. Comme ses photos très demandées prises en Syrie en 2002.

"Michel Eisenlohr est un grand photographe de combat. Il n’est pas de son temps. C’est un soldat de Rome perdu en Gaule à l’époque de la globalisation du marketing et de la pornographie consumériste", dépeint Rudy Riciotti. L’architecte, qualifiant l’indicible, salue le messager de l’invisible.

*Iter: littéralement "chemin" en latin, signifie International Thermonuclear Experimental Reactor. Il s’agit d’un projet de réacteur de recherche civil à fusion nucléaire basé à Cadarache.


son parcours

27 février 1974
Naissance à La Ciotat.

1998
Premier voyage en Afrique de l’Ouest.

2002
Premier ouvrage publié: Aime comme Marseille (éditions Images du Sud).

2002
Voyage en Syrie.

2017
Parution de Images de Syrie – Palmyre, Alep, Damas (Actes Sud).

2018
Exposition à Hong Kong : Urban Enclaves, Here/Not Here. Collaboration avec le photographe hongkongais Yan Kallen.


Une photo, une histoire

Il ne les a jamais comptées. « Je dirais une bonne dizaine de milliers de photos pour une centaine de reportages », lâche avec incertitude Michel Eisenlohr après un petit temps de réflexion. Afrique de l’Ouest, Syrie, Islande, Inde, Hong Kong, Paris, Côte d’Azur... Le photographe varois au cursus littéraire, boulimique de voyages et de rencontres, se souvient du contexte de beaucoup de ses prises de vue. Choix cornélien : une sélection de trois photographies. Entre résonance personnelle, pertinence culturelle et sens esthétique. Il nous les a contées.

2001, pays lobi, burkina faso. Nikon F100, argentique, 50 mm.

Illustration
Illustration Photo Michel Eisenlohr

"Je désirais rentrer dans une case, un habitat traditionnel lobi [ethnie africaine, ndlr]. Les maisons en banco – terre séchée – de cette tribu ont la particularité d’être toutes petites, très obscures.La seule source de lumière vient du toit que l’on peut atteindre grâce à une échelle. Celle-ci est d’ailleurs visible en arrière-plan. Une fois à l’intérieur, je suis tombé sur cette petite fille. Elle se tenait assise, presque spectatrice, nimbée de cette lueur particulière. Au premier abord, j’ai été surpris. Mais instinctivement, j’ai réussi à prendre la photo malgré l’étrange impression d’une apparition. Avec sa position pleine de sagesse et cette aura mystérieuse, on croirait un buddha. Pour mes premiers pas de photographe, cela représentait la quintessence d’une image : la dialectique entre l’ombre et la lumière."

2002, site de palmyre Vallée des tombeaux, Syrie. Nikon F100, argentique, 50 mm.

Illustration
Illustration Photo Michel Eisenlohr

"Ici, l’immensité et l’austérité du désert s’avèrent saisissantes. Au premier plan, cet enfant suggère la présence humaine et souligne la monumentalité du paysage. Il s’agit d’une photo très composée avec cette piste traversant la diagonale de l’image. Un peu comme si l’on était invité à l’emprunter. Ce qui donne un sens de lecture au spectateur."

2015, wan chai, Hong Kong. Nikon d810, sur pied, 24x70 mm.

Illustration
Illustration Photo Michel Eisenlohr

"Je réalisais un reportage sur les enclaves urbaines, c’est-à-dire le Hong Kong “préservé de l’urbanisme et du gigantisme”. Étant donné la densité des constructions, il existe un système de passerelles piétonnes dans tous les quartiers. En me posant là, le côté Gotham City très cinématographique m’intriguait. Les couleurs saturées, les idéogrammes chinois, les différentes lumières rendaient la scène démentielle. La photo a pris du temps et la personne au centre de l’image, qui apporte la trace humaine, me cherchait du regard.

Expositions et littérature

 Images de Syrie: Palmyre, Alep, Damas.
Salle de la Batterie. Roquebrune-sur-Argens (Les Issambres). Gratuit. Jusqu’au 21 novembre.

10e Vagabondages photographiques, regards patrimoniaux. Photos sur les fortifications militaires de la Roya-Bévéra.
Fort Napoléon. La Seyne-sur-Mer. Gratuit. Jusqu’au 16 novembre, puis du 14 janvier au 20 juin 2020.

Images de Syrie – Palmyre, Alep, Damas (éditions Actes sud)
Te lucis ante terminum – Avant que la lumière ne s’éteigne, monastère de Saorge ; Aime comme Marseille ; Menton, une ville de Palaces – Les Palais d’hiver de l’aristocratie internationale, 1860-1914 (éditions Honoré Clair et Le Cercle des palaces retrouvés)...

Rens. micheleisenlohr.com


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