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Il y a 100 ans, Auguste Renoir mourrait à Cagnes-sur-Mer

Mis à jour le 08/12/2019 à 15:54 Publié le 08/12/2019 à 16:30
Le peintre à Cagnes-sur-Mer.

Le peintre à Cagnes-sur-Mer. Photo DR

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Il y a 100 ans, Auguste Renoir mourrait à Cagnes-sur-Mer

Décédé à Cagnes à 78 ans, enterré à Nice, ce grand peintre français avait passé sur la Côte d’Azur les 19 dernières années de sa vie.

Ce fut une triste journée pour le monde de la peinture. Le samedi 6 décembre 1919 – il y a cent ans – on enterrait Auguste Renoir. L’inhumation eut lieu au cimetière du Château à Nice.

Le peintre était mort trois jours plus tôt, le 3 décembre, à l’âge de 78 ans, dans sa maison des Collettes à Cagnes-sur-Mer. À vrai dire, la période n’était ni au recueillement ni à la célébration de l’art puisqu’on était en pleine semaine d’élections municipales, à la veille du second tour.

C’était les premières élections depuis des années, le calendrier électoral ayant été interrompu pendant la guerre. Et l’art, dans notre région pas plus qu’ailleurs, avait peu à voir avec les campagnes électorales – si ce n’est, peut-être, dans le village varois de Solliès-Ville où un poète, membre de l’Académie française, Jean Aicard, allait être élu, tranchant par ses manières et son vocabulaire sur le personnel politique en général*.

En ce pâle jour d’automne 1919, donc, à l’écart des slogans électoraux, au pied de cette colline du Château de Nice dont il a peint à plusieurs reprises le paysage, on a dit adieu au peintre de l’exubérance, du bonheur de vivre, de la jeunesse, de la volupté, des femmes opulentes, des fruits charnus, des fleurs épanouies.

Les fleurs, ici, comme les hommes, étaient en deuil, accrochées aux gerbes porteuses de regrets éternels. Les funérailles, voulues sobres par la famille, se déroulèrent en présence des fils de Renoir, Pierre, Jean et Claude, du maire de Cagnes Charles Blacas, du peintre niçois Jules Chéret. Il n’y eut aucun discours. Une délégation d’élèves de l’École des arts décoratifs de Nice était là également.

Auprès d’Aline

Le matin, en l’église de Cagnes, le curé Baumes avait célébré une cérémonie. "Dans une remarquable allocution, le curé montra le mysticisme religieux qui émanait de l’art de ce panthéiste que fut Renoir", rapporta L’Éclaireur de Nice dans son édition du 7 décembre.

Auguste Renoir fut inhumé dans le caveau de la famille Roumieux, propriétaire de l’appartement que le peintre louait à Nice, au numéro 1 de l’actuelle rue Alfred-Mortier et où, tout en ayant sa résidence principale à Cagnes, il se rendait tous les hivers à partir de 1911 pour se faire soigner, vendre ses toiles aux riches hivernants ou amener son fils au tout proche lycée Masséna. Il y avait aussi, dans ce logement niçois, un atelier dans lequel il peignit le paysage florentin couronné de cyprès qu’il voyait par sa fenêtre sur la colline du château.

La maison des Collettes, à Cagnes, peinte par Renoir.
La maison des Collettes, à Cagnes, peinte par Renoir. Photo DR

Dans le caveau des Roumieux, se trouvait déjà l’épouse de Renoir, Aline, décédée quatre ans plus tôt.

Ce caveau ne sera pas la dernière sépulture du peintre. Car, deux ans et demi après, le 7 juin 1922, ses restes et ceux de sa femme seront transférés au cimetière d’Essoyes dans l’Aube, village natal de sa femme, où reposent aussi ses fils.

Perclus de polyarthrite

Quelles furent les dernières années de la vie de Renoir à Cagnes? Ceux d’un homme perclus de polyarthrite, dont les mains étaient déformées et les doigts repliés sur les paumes. Ses mains étaient entourées de bandages auxquels ses pinceaux étaient fixés. C’est ainsi qu’il peignait. Son vieux regard n’en demeurait pas moins vivace. De ses yeux de septuagénaire, il buvait la douce lumière du domaine des Collettes. Il entretenait des relations amicales avec les oliviers qui l’entouraient et dont les troncs noueux ressemblaient à ses pauvres mains. Il observait le reflet du soleil sur leur feuillage vernissé.

Avec l’âge, il avait acquis la sagesse: "Ce dessin, disait-il, j’ai mis cinq minutes à le faire mais 60 ans pour y arriver." Quant à l’impressionnisme auquel les théoriciens de l’art l’attachaient, il l’expliquait ainsi: "Un jour, l’un de nous manquant de couleur noire utilisa du bleu: l’impressionnisme était né!"

Plus sa souffrance physique augmentait, plus il peignait. Son infirmière préparait sa palette, ordonnait ses couleurs et lui fixait une sorte d’orthèse. Courbé devant son chevalet, il compensait par des mouvements de son corps la raideur des mains et du poignet.

Son fils, Jean, racontait: "Il piquait du nez sur la toile verticale, le pinceau en avant, par petits coups rapides… Je le vois encore appliquant un petit point de blanc gros comme la tête d'une épingle pour marquer le reflet dans l'œil d'un modèle. Sans hésitation, le pinceau partait comme une balle et faisait mouche."

Gabrielle, sa muse

Ses dernières années furent douloureuses. C’était les années de guerre. Les privations, les difficultés à se nourrir tant à Cagnes qu’à Nice. Les souffrances de savoir un monde qui s’entre-tuait autour de lui. Il n’hésita pas à héberger des soldats dans son domaine. Les drames personnels s’étaient aussi accumulés. D’abord, il y eut le départ de Gabrielle.

Gabrielle était depuis dix ans la bonne de la famille et la nourrice de son fils Jean. Elle était devenue sa muse et son modèle une fois que Renoir lui eut fait accepter de se dénuder.

Elle apparut dans quelque 200 tableaux, dont le célèbre Femme nue couchée (1906, musée de l’Orangerie à Paris). Il y eut aussi Gabrielle s’essuyant, Gabrielle en blouse ouverte, Gabrielle à la rose, Gabrielle au jardin, Gabrielle au chapeau – Gabrielle sous toutes les coutures dans le décor des Collettes. Un jour, Aline, la femme d’Auguste Renoir, décide de la congédier. Renoir en souffrit.

Aline, la femme de Renoir, peinte par lui.
Aline, la femme de Renoir, peinte par lui. Photo DR

Autre drame : le départ à la guerre de Pierre et Jean qui, tous deux, furent blessés. Il y avait un bureau de recrutement, à Nice, à deux pas de logement du peintre, dans l’actuelle rue Alfred-Mortier.

C’est là que le poète Apollinaire, résident niçois lui aussi, s’engagea et partit au combat en décembre 1914 ("que la guerre est jolie", déclara-t-il, dans un célèbre poème !).

Pierre Renoir, futur comédien, atteint par un coup de feu, perdit à la guerre l’usage de l’avant-bras droit. Jean Renoir, le cinéaste, eut le col du fémur broyé par une balle. Cela le fera boiter toute sa vie. Troisième drame pour Auguste Renoir: la mort de sa femme Aline, le 27 juin 1917, à Nice.

Il l’avait épousée en 1885, elle était couturière. Ils étaient venus sur la Côte d’Azur en 1900, avaient logé à Magagnosc et à Menton avant de s’installer à Cagnes avec leurs trois fils, habitant d’abord dans un logement dans le bâtiment de La Poste puis s’installant au domaine des Collettes que Renoir avait acquis afin de soustraire les oliviers au projet de destruction d’un acheteur. Aline y fit construire leur maison à côté de la ferme qui s’y trouvait déjà.

La muse devenue l’épouse de son fils

En cette période de fin de vie où tout bascule autour d’Auguste Renoir, une compensation vint avec l’arrivée en 1916 d’un nouveau modèle, Andrée Heuschling. Elle était rousse, avait 16 ans. Réfugiée à Nice au début de la guerre, venue de la région parisienne, elle avait été envoyée par Henri Matisse qui trouvait "qu'elle ressemblait à un Renoir". Elle avait, dit-on, une "beauté incomparable".

"Qu’elle est belle, confessait Auguste Renoir à son propos! J’ai usé mes vieux yeux sur sa jeune peau et j’ai vu que je n’étais pas un maître mais un enfant!"

Quant au fils du peintre, Jean, il disait d’elle: "Sa peau repoussait encore moins la lumière que celle de tous les modèles que Renoir avait eus dans sa vie. Elle chantait d'une voix un peu fausse des refrains à la mode. Elle était gaie et dispensait à mon père les effluves vivifiants de sa jeunesse épanouie. Andrée est l'un des éléments vivants qui aidèrent Renoir à fixer sur la toile le prodigieux cri d'amour de la fin de sa vie."

On devine de l’amour dans les propos de Jean. On ne se trompe pas. Ils devinrent amants et se marièrent en 1920. Jean Renoir fera tourner Andrée dans Catherine aux studios de la Victorine à Nice sous le pseudonyme de Catherine Hessling.

Les Baigneuses, d’après le modèle de Catherine Hessling
Les Baigneuses, d’après le modèle de Catherine Hessling Photo DR

En 1916, Renoir lui fit cueillir une rose au jardin des Collettes et lui demanda de la piquer dans ses cheveux. Cela donna Andrée à la rose, le tableau conservé au musée de l’Orangerie à Paris. Les spécialistes y voient une dilution des formes qui caractérise la dernière manière de Renoir. Les couleurs rouges dominent. Le visage est empreint de douceur. Il n’y a pas à dire, les pinceaux de Renoir sont amoureux.

En 1918 – un an avant la mort du peintre –, Andrée sera le modèle unique des deux Baigneuses – ce chef-d’œuvre qui se trouve au musée d’Orsay. On sent une communion avec la nature qui l’entoure aux Collettes. Au milieu des oliviers, la couleur de la chair a une douceur ouatée.

La Vénus victorieuse

Les dernières années de Renoir furent aussi celles où son marchand d’art, Ambroise Vollard, se mit en tête de lui « trouver des mains » pour remplacer les siennes qui, de plus en plus, défaillaient. Il lui chercha un assistant et songea d’abord à Maillol. Mais c’est un des élèves de ce dernier qui vint, le Catalan Richard Guino, âgé d’une trentaine d’années – regard taciturne, portant moustache et nœud papillon.

Une communion artistique naquit entre les deux hommes, qui aboutit non à la peinture mais – chose inattendue et peu connue – à la réalisation de sculptures : la Vénus à la pomme, la Vénus Victrix (Vénus victorieuse) du musée d’Orsay, la Grande Laveuse naquirent de leur collaboration.

Renoir est de plus en plus maigre. Son visage disparaît derrière sa barbe, sous sa casquette de marin ou son chapeau de paille. Son corps ressemble à un squelette. Mais sa passion de peindre est intacte.

Le Bal du moulin de la Galette.
Le Bal du moulin de la Galette. Photo DR

À la mi-novembre, Auguste Renoir est atteint d’une pneumonie. Il reste au lit. Il n’en sortira plus. Le mardi 2 décembre, il demande à Nénette, sa servante, d’aller lui cueillir des fleurs.

Il a un vase face à lui. Il se laisse absorber une dernière fois par le spectacle des fleurs. Il entre en communion avec elles. Il les peint sur la toile en même temps que dans son cœur. Du dehors, pénètre cette douce lumière qui éclaire notre région à la fin de l’automne.

À un moment, il fait signe qu’on lui enlève les pinceaux qui étaient accrochés à ses bandages. Il dit alors: "Je crois que je commence à comprendre."

Un silence se fit. Il mourut dans la nuit…

*Nous consacrerons prochainement un récit à l’élection de Jean Aicard à la mairie de Solliès-Ville en 1919.

repères

Renoir au chapeau, dans la propriété des Collettes à Cagnes-sur-Mer.
Renoir au chapeau, dans la propriété des Collettes à Cagnes-sur-Mer. Photo DR

25 février 1841. Naissance à Limoges.
1854. Devient apprenti dans un atelier de porcelaine à Paris.
1862. Entre à l’École des arts décoratifs où il rencontre Monet.
1876. Premier chef-d’œuvre: Bal au moulin de la galette.
1881. Déjeuner des canotiers.
1887. Les Grandes Baigneuses.
1890. Mariage avec Aline.
1897. Chute à vélo à Essoyes, dans l’Aube, qui aura des conséquences sur sa santé jusqu’à la fin de sa vie.
1898. Découverte de Cagnes.
1899. Renoir et sa famille arrivent à Grasse.
1904. Rétrospective au Salon d’Automne à Paris.
1910. Installation à Cagnes.
1918-1919. Les Baigneuses.
1919. Reçoit, à Nice, les insignes de commandeur de la Légion d’honneur.
1919. Mort à Cagnes.

Le musée Renoir à Cagnes

Photo DR

Le musée Renoir est installé dans la maison des Collettes où résida le peintre.Celle-ci a été acquise par la Ville de Cagnes en 1960.

Une partie de la maison a conservé son mobilier d’origine tandis que les autres pièces sont consacrées à la présentation de la collection: une trentaine de tableaux dont 14 de Renoir lui-même, mais aussi une trentaine de sculptures et une quinzaine de céramiques.

Après une rénovation complète en 2013, le musée Renoir propose aux visiteurs de retrouver le site tel que l'a connu le peintre.

Horaires: de juin à septembre, de 10h à 13h et de 14h à 18h; d'octobre à mars, de 10h à 12h et de 14h à 17h ; d'avril à mai, de 10h à 12h et de 14h à 18h. Fermé le mardi et les 25 décembre, 1er janvier et 1er mai.

Tarif: 6€, gratuit pour les Cagnois et les moins de 26 ans.
Rens. cagnes-sur-mer.fr, renoir@cagnes.fr, 04.93.20.61.07.


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