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Grand optimiste, amoureux de la Côte d'Azur, bâtisseur d'éphémère... Qui était Christo?

Mis à jour le 01/06/2020 à 12:58 Publié le 01/06/2020 à 12:57
En 2016, Christo érigeait son Mastaba d’un millier de barils de pétrole à la Fondation Maeght.

En 2016, Christo érigeait son Mastaba d’un millier de barils de pétrole à la Fondation Maeght. Photo Sébastien Botella

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Grand optimiste, amoureux de la Côte d'Azur, bâtisseur d'éphémère... Qui était Christo?

Christo, 84 ans, s’est éteint dimanche à New York. Amoureux de la Côte depuis sa lune de miel avec Jeanne-Claude en 1962, il avait exposé souvent à la Fondation Maeght et chez Guy Pieters.

Christo s’est donc éteint sans avoir eu le temps de lui-même "empaqueter" l’Arc de Triomphe à Paris.

Son nouveau grand projet devait s’exposer du 6 au 18 avril 2020. Trente-cinq ans après le Pont Neuf, un quart de siècle après le Reischtag, à Berlin.

>> RELIRE. Il avait "emballé" le Pont-Neuf et le Reichstag, l'artiste Christo est mort

La nidification d’un oiseau protégé en avait décidé autrement, reportant cette réalisation au mois de septembre.

C’était sans compter avec la pandémie Covid-19 : il faudra finalement patienter jusqu’à l’automne 2021, mais cette performance posthume devrait attirer des millions de visiteurs.

Les embûches ? Une constante dans le parcours de Christo et Jeanne-Claude. Lui à la conception, elle à la logistique, le duo a toujours affronté des aléas proportionnels à l’ambition des projets.

Produisant des pièces préparatoires hautement désirables - les grands dessins originaux s’échangent contre des centaines de milliers d’euros - pour financer, sans aucune subvention, des œuvres éphémères, généralement adulées mais souvent… refusées.

C’est le cas du Mastaba d’Abu Dhabi, colossale structure de 410.000 barils de pétrole conçue en 1977 et qui n’a toujours pas vu le jour.

Christo en avait montré une préfiguration en 2016, sous la forme d’une pyramide d’un millier de barils colorés dans la cour de la Fondation Maeght, à Saint-Paul. Où, dès 1967, il avait prévu d’empaqueter les grands arbres !

Grand optimiste

Ce grand optimiste ne se laissait jamais décourager par l’échec. "J’adore ce que je fais, j’adore la vie que j’ai", nous confiait-il en juin 2016. "En cinquante ans, Jeanne-Claude et moi-même n’avons jamais cessé de travailler. 22 de nos projets ont abouti, 37 ont été rejetés. Mais d’une certaine façon, nos opposants participent à leur existence en les rendant plus grands qu’ils ne le sont au départ."

C’est le cas de Over the River, consistant à draper une partie de la rivière Arkansas, dans le Colorado.

Déchaînement des passions, vingt ans de lutte acharnée, 14 millions de dollars consignés : Christo se disait prêt à croiser le fer devant la Cour suprême des États-Unis.

Il avait fini par jeter l’éponge en 2017, souhaitant voir ses idées se concrétiser de son vivant. "Des milliers de gens pensent que ce sera beau, des milliers d’autres jugent que ce sera affreux. Quel peintre ou quel sculpteur peut se targuer de voir tant de personnes développer un avis sur une œuvre qui n’existe pas encore ? Chaque projet développe sa propre identité et sa propre relation avec le public, à travers des dimensions auxquelles nous n’avions pas pensé et qui, pourtant, sont une part de la réalité."

"Montrer la beauté"

Le lac d’Iseo, en Italie, métamorphosé durant seize jours par Christo.

Plus de vingt réalisations se sont donc succédé. En nous révélant le monde tel qu’il est, mais en nous le faisant voir autrement, Christo a fait rêver la planète. "Nos œuvres n’ont ni message ni fonction. Elles n’ont aucun autre but que de montrer la beauté", insistait l’artiste en rappelant aussi ce principe, à ses yeux essentiel : "Nos œuvres sont plus grandes que notre imagination. Par conséquent, toutes les interprétations sont légitimes."

En 2016, Christo avait vu avec jubilation la naissance de ses Floating piers (quais flottants) sur le lac d’Iseo, en Italie.

Trois kilomètres de toile orange tendue sur une structure technologiquement très complexe, pour faire d’un îlot une presqu’île et inviter la foule à marcher sur les eaux.

En seize jours, 1,3 million de visiteurs s’y étaient précipités. À quatre heures de route de Nice, un spectacle magique et gratuit.

Et le bonheur, pour l’artiste, de voir des familles entières fouler son œuvre, le plus souvent pieds nus, pour éprouver de nouvelles sensations et découvrir Iseo sous un jour nouveau. "Je pensais que la plupart des gens parcourraient quelques mètres et feraient demi-tour. Pas du tout. Tous ont traversé le lac alors qu’il ne s’agissait pas de faire du shopping, d’aller voir des amis ou d’attraper un avion. Juste le plaisir d’engager ses sens et de sentir cette différence."

Bâtisseur d’éphémère

Ainsi vivait Christo. Bâtisseur de cathédrales soufflées par le vent et la pluie, tout entier absorbé par son art, plus grand que sa vie.

Tous les Nouveaux Réalistes ont travaillé autour des objets. Arman les accumulait ou les tranchait, César les compressait, Raysse et Spoerri les ont assemblés ou collés. Christo, lui, les cachait.

Pour souligner leur présence. Mais chez lui, cet ascète s’en passait : "Dans mon atelier de New York, je n’ai même pas de chaise. Je travaille debout, quinze heures par jour, sans aucun assistant. Je ne sais pas utiliser un ordinateur, je ne comprends rien au virtuel, je ne prends pas l’ascenseur, je n’aime pas le téléphone, je ne sais pas conduire. Ce que j’aime, c’est le réel, la physicalité de l’espace, l’architecture, la planification urbaine. Et notre grande satisfaction, avec Jeanne-Claude, aura été de voir se concrétiser presque la moitié de nos projets."


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