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Francis Bacon, l'icône de l'été monégasque

Majid Boustany, créateur d'une fondation dédiée au travail de l'artiste, évoque les préparatifs de l'exposition de grande ampleur consacrée au peintre, dès le 2 juillet au Grimaldi Forum

PROPOS RECUEILLIS PAR CEDRIC VERANY Publié le 10/05/2016 à 05:04, mis à jour le 10/05/2016 à 05:04
Parmi les œuvres présentées, cette « Étude d'un taureau », dernière toile inachevée de Francis Bacon, retrouvée très récemment, sera l'un des temps forts de l'exposition à partir du 2 juillet au Grimaldi Forum. The Estate of Francis Bacon/DACS 2016

Le 2 juillet ouvrira l'exposition « Francis Bacon, Monaco et la culture française ». Le temps fort artistique de l'été au Grimaldi Forum se plongera dans l'univers et le travail de Francis Bacon. Un rendez-vous qui tient à cœur à Majid Boustany. Le créateur de la Francis Bacon MB Art Foundation en Principauté collabore depuis plusieurs mois à la conception de cette exposition événement. Qui devrait mettre en avant les différentes facettes du peintre, considéré comme l'un des génies artistiques du XXe siècle.

Une toile de Francis Bacon inédite a récemment été découverte à Londres. Quelle est son histoire?
«Étude d’un taureau» a été réalisée en 1991, quelques mois avant la mort de Francis Bacon qui était d’ailleurs très malade à cette époque. Cette toile se trouvait depuis plus de vingt ans dans une collection privée à Londres et n’a jamais été exposée jusqu’alors. Elle sera finalement présentée pour la première fois au public cet été. Ce tableau représente un taureau noir et blanc, effacé tel un fantôme, avec à ses pieds un nuage de poussière, provenant très certainement de son atelier. Selon Martin Harrison, auteur du catalogue raisonné de Francis Bacon: «Il était prêt à raccrocher le pinceau. Il savait très bien ce qu’il faisait dans cette toile. Mais est-ce que le taureau marque ici une renaissance où le départ pour un autre monde?» Il éprouvait d’ailleurs une fascination pour la corrida, qu’il associait à la mort, mais à une mort en plein jour.

Reste-t-il, selon vous, beaucoup à découvrir sur l’œuvre de Francis Bacon?
Vingt-quatre ans après sa mort, ses toiles suscitent encore les passions les plus diverses. Des expositions sur Bacon sont régulièrement organisées dans le monde entier et rencontrent systématiquement un grand succès. Et même si le catalogue raisonné de l’artiste sera disponible au début de l’été 2016, il n’est pas impossible que l’on découvre dans les prochaines années encore quelques œuvres de Bacon.

 

Comment s’est organisé le travail préparatoire de l’exposition au Grimaldi Forum, annoncée comme l’une des plus ambitieuses depuis longtemps consacrée au travail de Bacon?
Cette exposition majeure dédiée à Bacon sur le territoire monégasque est pour moi un rêve qui devient réalité. Depuis la genèse du projet il y a environ deux ans, notre fondation a participé à toutes les étapes préparatoires. L’exposition rassemblera plus de 60 œuvres de Bacon et nous invitera à découvrir l’influence directe ou indirecte de Monaco et de la culture française sur son travail. Cet événement proposera également un regard croisé entre les œuvres de l’artiste britannique et celles d’artistes français l’ayant inspiré. Notre fondation prêtera, à cette occasion, un certain nombre de tableaux de Bacon, un fonds d’archives photographiques, ainsi que des documents officiels et des correspondances retrouvés dans ses divers ateliers.

La culture française a-t-elle joué un rôle dans le travail de Francis Bacon?
Francophone et ardent francophile, Bacon a entretenu tout au long de sa vie des liens très étroits avec la France. Il se passionnait autant pour la culture française en général que pour le rayonnement artistique de Paris. Il percevait d’ailleurs les Français comme les juges ultimes dans quasiment tous les domaines qui l’intéressaient. Il déclara un jour à l’écrivain Andrew Sinclair: «Si les Français apprécient mon travail, alors j’aurai le sentiment d’avoir, d’une certaine façon, réussi.» À partir des années 1970, les œuvres d’Ingres, Poussin, Degas, Léger, Rodin ou encore Monet faisaient partie des références artistiques de Bacon et auront une forte influence sur sa pratique picturale. Et il se passionnait également pour la littérature et la poésie française.

Quelles toiles importantes le public pourra-t-il découvrir cet été en Principauté?
Le public verra notamment la toute première œuvre référencée de Bacon, «Aquarelle» (1929) qui fait partie de notre collection. Des grands triptyques de l’artiste, des portraits et autoportraits ainsi que des tableaux rarement exposés feront partie de l’accrochage de cette exposition. Parmi les toiles exposées, on retrouvera une série de papes, thématique majeure dans l’iconographie de Bacon, initiée à l’Hôtel Ré à Monaco en 1946. On y verra aussi le troublant et imposant «Portrait d’Henrietta Moraes» de 1963. Ainsi que l’envoûtant «Portrait de Michel Leiris», peint en 1976.

Une partie de cette exposition sera présentée au Guggenheim Museum de Bilbao après Monaco. La fondation prendra-t-elle part à cette itinérance?
La fondation prêtera une œuvre inhabituelle dans le répertoire de l’artiste, intitulée «Maison à La Barbade» (1952). Peter Lacy, que Bacon décrivait comme le grand amour de sa vie, demanda à Bacon de réaliser un tableau de sa maison à La Barbade à partir d’une photographie, requête acceptée par l’artiste, contrairement à ses habitudes. Ce tableau a probablement aussi été inspiré d’une page retrouvée dans les documents de travail de Bacon représentant le tableau de Velázquez «Vue du jardin de la Villa Médicis à Rome» (1650).

 

Depuis l’ouverture de la fondation en octobre 2014, votre collection s’est-elle enrichie de nouvelles pièces?
Ma collection compte à ce jour plus de 2500 pièces. Je me suis donné pour mission de l’étoffer afin d’offrir aux chercheurs et aux historiens de l’art un outil de travail essentiel. Au cours des derniers mois, j’ai enrichi notre fonds d’archives d’une série unique de photos provenant de l’atelier mythique de l’artiste situé au 7 Reece Mews à Londres et d’un certain nombre de photos des années 1960 de Bacon et George Dyer, son compagnon et sa muse, provenant d’une collection privée. J’ai également reçu des donations de la part d’artistes, d’historiens de l’art et d’amis proches du peintre.

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