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Décryptage d'un Saint Thomas "caravagesque" mis en vente à Monaco

Une toile oubliée de José de Ribera, disciple du Caravage, sera mise en vente ce dimanche 8 mai à l’Hôtel des ventes de Monte-Carlo. Ainsi que des objets d’art autrefois abrités à la Villa Paloma.

Thomas Michel Publié le 07/05/2022 à 10:30, mis à jour le 06/05/2022 à 20:40
Visuel HVMC

La découverte

Tout débute par une banale prise de contact. Le directeur de l’Hôtel des ventes de Monte-Carlo, Franck Baille, est sollicité pour faire un inventaire dans la région parisienne par des propriétaires qui souhaitent rester anonymes.

Dans une pièce "aveugle", il tombe sur une toile aussi sombre que lumineuse "dont la valeur et l’intérêt sont complètement ignorés des propriétaires".

Présentée au cabinet Turquin, référence en la matière, l’œuvre est authentifiée et attribuée à José de Ribera, après validation par l’historien et fin connaisseur de l’artiste, Nicola Spinosa.

La genèse

Pour authentifier et surtout raconter l’œuvre, les équipes de Franck Baille et Chantal Beauvois ont fait appel à Eric Turquin, expert en tableaux anciens.

"Ce tableau a été peint avant la période napolitaine de Ribera, à Rome, dans cette ambiance caravagesque. Cela lui donne sa valeur, son intérêt et sa rareté, assure l’expert. On ne connaît qu’une dizaine de tableaux de cette époque."

 

Toile de 102 par 76,5cm, ce Saint Thomas pourrait être le fruit d’une commande d’une congrégation religieuse. "Elle fait certainement partie d’un apostolado. Une série de 12 apôtres probablement destinée à une sacristie. Les figures des apôtres sortent de l’ombre et on se concentre sur l’originalité humaine de chacune de ses figures."

Son estimation, jugée "raisonnable" par HVMC, a été fixée à 300.000-400.000 euros. Une occasion de réhabiliter un artiste injustement en retrait selon Eric Turquin.

"C’est le premier artiste qui a vraiment compris Caravage et transmis sa mission. Un artiste qui, pour moi, n’est pas à sa place. Ribera c’est le grand caravagesque, bien plus qu’un artiste comme Valentin, dont on oublie qu’il n’a commencé à peindre qu’après 1620. Alors que Ribera a connu Le Caravage, qui est mort en 1610."

L’esthétique du Caravage

"Il n’y a aucune recherche de beauté dans le modèle. Il est très ridé. Il a pris quelqu’un de la rue, qui existe, pour nous montrer que Saint Thomas est un homme comme nous, qui s’est élevé grâce au Christ, à l’Evangile et à la fonction qu’on lui a donnée."

Un tableau à l’éclairage "presque cinématographique", selon Eric Turquin, qui insiste sur la technique de Ribera. "Il peint avec ses mains. Il y a un côté très pâteux dans ses peintures avec des détails savoureux, comme par exemple ces deux petits éclats blancs peints d’un seul coup de pinceau très rapide, à la caravage, qui donne le blanc de le chemise de l’apôtre."

 

Les éléments physiques les plus forts émotionnellement faisant l’objet d’un éclairage "divin". "C’est la leçon du Caravage dont Ribera est le plus grand, le meilleur et le plus distingué des élèves!"

Saint patron des architectes

"Saint Thomas est un des apôtres parti évangéliser l’Inde, d’où ce voile que porte le personnage. Là-bas, il a été un grand bâtisseur, d’où l’équerre dans sa main aussi."

De belles envoyées attendues ce dimanche

35 œuvres de maîtres passeront sous le marteau de l’Hôtel des ventes de Monte-Carlo à partir de 14h30, ce dimanche 8 mai.

Suivra, vers 15h30, la dispersion de la collection Hudson (abritée à la Villa Paloma à partir de 1925), avec notamment une paire de bahuts-dessertes réalisés par l’ébéniste de la reine Marie-Antoinette, Jean-Henri Riesener, et perdus de vue depuis 80 ans.

L’attention sera aussi portée sur un tableau de Thomas Gainsborough Paysage avec paysan, laitière et vaches devant une maison de campagne estimé 150.000-200.000 euros.

Offre numérique MM+

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