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Ce haut-lieu culturel de la Côte d'Azur était fermé depuis plus de 30 ans: la seconde vie de la galerie Gismondi d'Antibes

Haut lieu de la vie culturelle azuréenne dans les années 1970 à 1990 sous la férule de Jean Gismondi, la galerie renaît sur les remparts sous l’impulsion de sa fille Divina et son petit-fils Marius.

M. P. Publié le 29/07/2022 à 13:25, mis à jour le 29/07/2022 à 13:00
Fermée depuis 1989, la galerie a rouvert ses portes la semaine dernière. Photos M.P.

Ah, si les murs pouvaient parler! Ceux de la galerie Darmo-Gismondi, nouvellement installée sur les remparts d’Antibes en auraient des histoires et des anecdotes à raconter.

Beaucoup plus que celles que s’empressent de venir évoquer les anciens antibois qui passent le pas de la porte, promenade Amiral-de-Grasse.

Cette adresse a été l’un des hauts lieux de la vie culturelle azuréenne dans les années 1970 à 1990 sous la férule de Jean Gismondi qui y reçut et exposa les plus grands artistes français et européens contemporains.

Braque, Miro, Giacometti et Arman

"Beaucoup de gens viennent me parler de mon grand-père, de ce qui s’est passé dans cette galerie. Ils sont heureux d’y revenir, c’est très touchant", raconte Marius Jacob Gismondi, le petit-fils de Jean Gismondi.

 

"La galerie avait été ouverte en 1966 et fermée en 1989 lorsque mon père a déménagé à la Bastide du Roy. Elle est restée fermée depuis lors à l’exception d’une exposition de deux mois en 2009. Il a fallu refaire les façades l’an dernier et j’ai senti le besoin de rénover et rouvrir la galerie. J’ai lancé l’idée à Marius qui, avec son associé, en a pris les rênes sous le nom Darmo", précise Divina Gismondi, la fille de Jean.

Divina, la fille de Jean, et Marius, petit-fils, font revivre la galerie mondialement connue.

L’arrivée de l’Intelligence Artificielle

Depuis la semaine dernière, la galerie Darmo-Gismondi a donc rouvert ses portes. "On a souhaité conserver l’esprit de mon grand-père en opérant un mariage des genres et des époques, en faisant dialoguer passé et présent, moderne et contemporain".

Ainsi, un buffet du XVIe côtoie des tableaux de Braque ou de Miro, des sculptures de Giacometti ou d’Arman ou des tableaux beaucoup plus contemporains créés avec de l’Intelligence Artificielle.

Pour cette 1re exposition, le duo a choisi de montrer les artistes dont ils s’occupent à l’année et exposent aux quatre coins de l’Europe. On croise ainsi Oussama Garti et ses célébrations de la couleur, Swann Ronné et son mélange d’éléments hétérogènes ou encore Pauline d’Andigné et ses photographies voulant plus suggérer que révéler.

 

"Nous sommes très fiers et très honorés d’avoir cette opportunité de nous installer ici, dans ce lieu chargé d’histoire. Notre objectif est d’accompagner nos artistes, de les révéler aux Azuréens, il y a de très nombreux collectionneurs dans la région. La prochaine exposition sera consacrée à une jeune photographe italienne, Vittoria Gerardi", conclut le duo. 


Exposition "A flavor of Darmo" jusqu’au 12 août puis Vittoria Girardi du 15 août au 3 septembre.

12 promenade Amiral de Grasse. Ouvert de 11h à 19h. Entrée libre.

La relève est là!

Marius Jacob Gismondi, le petit-fils de Jean et Alexis de Bernède, s’étaient révélés aux amateurs d’art azuréens l’an dernier en présentant leur première exposition itinérante "A la rencontre des modernes" à la Bastide du Roy: une présentation d’estampes et de sculptures d’artistes majeurs de la fin des XIXe et XXe (Picasso, Braque, Matisse, Chagall, Arman, César…).

Première azuréenne mais pas première initiative car le duo avait fondé leur galerie "Darmo Arts" trois ans plus tôt. À l’époque, les deux jeunes hommes poursuivaient encore leurs études, droit et histoire de l’art à l’Ecole du Louvre pour le premier, droit et commerce à l’Université d’Oxford pour le second. "Nous avons terminé chacun nos cursus respectifs et nous avons décidé de nous lancer à 100% dans le métier de collectionneurs passionnés", confient-ils en se définissant comme "galeristes mécènes".

Leur objectif est de promouvoir de jeunes pousses — souvent proches de leur génération — qui les touchent et pour lesquelles ils ont à cœur de faire émerger leur talent. Leur leitmotiv? "Conseiller et soutenir les artistes contemporains, mais aussi mettre en avant des périodes ou techniques peu connues des maîtres modernes, en offrant des expositions sur mesure dans des lieux emblématiques et souvent inattendus, tant en France qu’à l’international". On n’a pas fini d’entendre parler d’eux.

Marius Jacob Gismondi et Alexis de Bernède: profession "collectionneurs-mécènes". Photo J. P..

L'épopée de Jean Gismondi

Fils d’émigré italien, le petit Jean est confronté très tôt à la nécessité de gagner sa vie. À 10 ans, il livre de la viande aux riches résidents du Cap. À 13 ans, il commence à travailler comme manœuvre sur des chantiers ou commis dans des restaurants.

"Je rêvais d’être architecte pour construire de la beauté, tout petit, j’aimais déjà les belles choses et visitais toutes les églises pour y découvrir leurs trésors". Dessinateur d’instinct et doué d’un goût très sûr, Jean exerce le métier de représentant tout en ne cessant jamais de fouiner et de s’intéresser aux beaux objets.

Il vend des machines en faisant du porte-à-porte. Un jour, chez un client, il s’extasie devant deux cabinets de pierre du XVIIe siècle. "Le propriétaire me dit que ce n’est pas à la mode mais j’ai tout de suite compris que la beauté était là, je n’ai pas pu résister, vendu notre 4-CV pour l’acheter". C’est ainsi qu’a commencé l’aventure qui fit de Jean Gismondi, le maître incontesté du cabinet de curiosités.

En 1966, il ouvre sa galerie sur les Remparts d’Antibes et, en quelques années, il entre dans l’élite mondiale des Antiquaires. Fou d’art au sens large, il crée une collection mélangeant ancien, moderne et contemporain. En présentant lors de la Biennale des Antiquaires de Paris de 1986 une commode Louis-XIV Boulle en écaille de tortue et laiton surplombée d’une superbe compression de César: il marque l’audace, la différence et la modernité. Jean Gismondi a été également adjoint au maire délégué à la culture auprès de Jean Leonetti. Il s’éteint en 2014, à l’âge de 74 ans.

En 1989, Jean Gismondi avec César, dans la galerie, recevant le Centaure en marbre de Travertin. Photo DR.

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