Rubriques




Se connecter à

"Un animal, ce n’est pas un iPhone!" La proposition de loi sur la cause animale vue par la princesse Stéphanie

Toujours prompte à débattre quand il s’agit de la cause animale, la princesse Stéphanie a lu la proposition de loi que nos députés voteront le 15 novembre. Et répond avec sa liberté de ton.

Franck Leclerc Publié le 07/11/2021 à 10:40, mis à jour le 07/11/2021 à 10:42
"J’ai une vie normale, qui n’est pas faite de paillettes." (Photo Cyril Dodergny)

Cosignée par le député des Alpes-Maritimes Loïc Dombreval, la proposition de loi sur la cause animale voit large. Adoption, abandon, importation, reproduction, sévices et sanctions. Le texte contient des avancées dont la princesse Stéphanie se réjouit. Elle est beaucoup plus critique sur d’autres sujets, dont l’interdiction des fauves dans les cirques itinérants et l’avenir des cétacés de Marineland.

Plus aucun chien ni chat en vitrine. Un progrès?

Les uns sur les autres, dans des petites boîtes en vitrine, ces animaux ont des conditions de vie difficiles. Un chiot, ça fait pipi et caca, il faut nettoyer, s’en occuper. On laisse ces petits souvent seuls, jamais dehors, on ne sait pas toujours d’où ils viennent, certains meurent d’une maladie, oui, cela m’a toujours dérangée. De même que, si des éleveurs font bien leur travail, d’autres multiplient les portées. Tout ceci doit être contrôlé.

 

Un certificat contre l’achat d’impulsion? L’interdiction de l’envoi postal et des promotions?

Ce certificat de connaissance est absolument nécessaire. Je sais que des éleveurs et des refuges refusent de céder un chien s’ils n’ont pas la certitude qu’on s’en occupera comme il faut. Un animal, c’est comme un enfant, on doit lui donner une éducation. Et le considérer comme un être vivant, pas comme un objet. Sans quoi, en cas d’accident, ce n’est pas lui qu’il faut punir, mais le maître. Quant à l’envoi, j’ai sept chiens, je ne me vois pas en faire partir un par colis. Un animal, ce n’est pas un iPhone!

L’urne de son animal de compagnie dans le caveau?

J’ai fait un cimetière pour mes chiens. Ils ont leur petite place et leur stèle à Fontbonne (près de Peille, Ndlr). Là où, tous les jours, je m’occupe de Baby, une éléphante sauvée de l’euthanasie. Qui a 3.500m2 pour elle toute seule, ce qui est plus grand que certains parcs pour sept ou huit éléphants. Je dis ça, je ne dis rien. En tout cas, avoir dans son caveau les cendres des animaux dont on était proche, cela ne me choque pas du tout. Ce sont des membres de la famille, ils nous donnent tellement, c’est une manière de continuer le chemin avec eux.

La névrectomie des équidés sera mentionnée dans leur carnet. Autrement dit, l’ablation d’un nerf pour éviter la douleur. Le saviez-vous?

Plein de choses me choquent. Ces chevaux qui ne sortent pas de leur box et ne vont jamais au pré. Ou les pratiques dans le milieu des champs de courses, dont cette intervention qui relève de la maltraitance animale. Je n’étais pas au courant, mais c’est horrible. Barbare. Comme les injections de cortisone à forte dose. L’euthanasie après une blessure. Ou l’abattoir en fin de carrière. PMU ou pas, si l’on veut respecter le bien-être des chevaux, il faut aller jusqu’au bout. Les animalistes reprochent au cirque une exploitation des bêtes. Dans ce cas, faut-il attaquer aussi les vétérinaires qui gagnent leur vie avec les animaux?

 

Ces dérives existent-elles dans des cirques?

Beaucoup pensent que les animaux sauvages ont été prélevés dans la nature. Pas du tout, c’est interdit depuis 1950. Ils sont nés dans les cirques, ont été élevés au biberon, sont aimés, choyés. Certes, des gens ne devraient pas en détenir parce qu’ils n’ont ni la structure, ni le personnel, ni la qualification, et je le dis alors que je défends le cirque. Mais pourquoi punir ceux qui font bien leur métier et ne savent faire que cela? Doivent-ils aller à Pôle Emploi? Ils ne prennent pas de vacances, ne sont pas aux 35 heures, leur vie entière est vouée aux bêtes. Les leur arracher, c’est cruel. Pour les remettre dans des cages, mais ailleurs? Ou pour les euthanasier? Des animalistes disent que ces fauves seraient mieux, morts. C’est extrême. Aujourd’hui, il y a même des mairies qui interdisent les numéros de chiens. Mais ils sont sûrement plus heureux que ceux qu’on attache à une chaîne ou que l’on enferme dans un appartement, toute la journée. Pendant le confinement, des gens achetaient un chien, juste pour pouvoir se promener deux heures par jour!

Ce cirque qui promenait un hippopotame a fait du tort…

Entièrement d’accord. Mais plus d’animaux du tout? Le cirque traditionnel, qui a commencé avec des chevaux, fait partie de notre culture. Il permet à des enfants, dans des coins reculés de France, de découvrir des animaux qu’ils ne verraient jamais autrement. Et puis, un fauve qui n’a connu que le contact humain, est-ce correct de le laisser mourir tout seul, de chagrin? J’essaie de faire en sorte qu’il existe, au niveau européen, une réglementation sur la taille des cages ou sur les conditions de transport. Et sur le logement des travailleurs.

Sur les delphinariums, quel avenir pour les dauphins et les orques?

C’est la même question. Dans un sanctuaire aussi, ces dauphins seront enfermés. Et relâcher une orque dans la nature, c’est la certitude qu’elle se fera zigouiller. Préfère-t-on remettre des cétacés en pleine mer pour qu’ils meurent en avalant du plastique? Ou en se prenant dans des filets dérivants? Ce n’est pas réfléchi.

Le texte est plus discret sur la chasse. Qu’en dites-vous?

 

Je pense qu’il faudrait limiter la chasse à la régulation. Mais on n’y touche pas car les fédérations sont très influentes. Dans le cirque, on donne du bonheur aux gens, on ne fait de mal à personne, mais on s’acharne sur nous. Alors que la chasse à courre, par exemple, est cruelle pour les cerfs, pour les chevaux et pour les chiens. On les laisse au chenil six ou sept mois de l’année pour les lâcher, d’un coup, en leur demandant de courir 40km dans la journée. C’est un peu comme si l’on enfermait des athlètes olympiques pendant des mois, avant de leur faire courir un 100m.

Avec les végans, le malentendu est levé?

Les végans veulent planter du soja qui, à haute dose, est mauvais pour la santé. En plus, il faut abattre des forêts entières pour le faire pousser. Quand on aura du soja mais plus d’oxygène, on fera quoi? Chacun est libre de mettre ce qu’il veut dans son assiette. Si j’ai envie de manger un steak, je le fais. Pourquoi certains devraient décider comment, moi, je dois vivre? On est en démocratie. Je n’aime pas tellement l’opéra. Pour autant, je ne vais pas manifester devant les salles.

Pas de foie gras à Noël?

Je n’aime pas le foie gras. Mais là où je rejoins les végétariens ou les végans, c’est sur le fait que l’on surproduit et surconsomme à tout-va. Quand on voit les étalages dans les supermarchés, c’est indécent. S’il n’y en a plus, on prend autre chose et c’est tout. Cette société de gaspillage, alors que des gens crèvent de faim, me gêne. Qu’un supermarché mette de la javel dans le conteneur pour qu’on ne puisse pas récupérer ce qui est jeté, c’est scandaleux.

N’avez-vous pas une vie protégée?

Je réalise la chance que j’ai. Mais ce décalage me dérange, alors que nous pourrions faire des efforts tous ensemble. Chaque année, quand la Banque alimentaire fait une collecte dans les supermarchés, je remplis un chariot. Parce que je peux me le permettre et parce que je trouve ça normal, quand on a ce privilège. Que ce soit avec mon association Fight Aids, parce que le VIH est toujours là, ou avec d’autres engagements, je me sers de ma notoriété pour attirer l’attention sur des causes. Celle de la défense du cirque traditionnel m’a été donnée par mon père et je me dois de poursuivre. Mais je fais mes courses, j’ai élevé mes enfants seule, sans avoir cinquante nannies auprès de moi, j’ai donc une vie normale, qui n’est pas faite de paillettes.

Offre numérique MM+

...

commentaires

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.