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"On s’est fait passer pour des acheteuses", des chiots staffs sauvés d’une vente illégale

Alertés par une annonce de chiots staffs interdits à la vente sur Internet, les membres d’associations de défense des animaux ont saisi six petits, dont deux dans un état jugé critique à Mouans-Sartoux.

So. G. Publié le 20/11/2021 à 07:50, mis à jour le 20/11/2021 à 14:28
Deux chiots de la fratrie se trouvent en "état critique", selon la famille d’accueil. (DR)

Démasquée en toute illégalité. Trahie par son ignorance.

Une adolescente, dépassée par la gestation de son American staffordshire Terrier, s’affole. Comment gérer cet événement inattendu? Elle se décide à vendre les onze boules de poils sur Internet. En quelques clics, la Mouansoise de 16 ans partage une annonce. Sans que sa maman ne prenne réellement le temps de la vérifier. Cette dernière dit avoir simplement "jeté un œil".

La vente, à seulement 500 euros par animal — alors que la moyenne de prix d’acquisition est de 1.300 euros — remporte forcément un franc succès. En un éclair, près de la moitié de la fratrie trouve de nouvelles familles "sérieuses", promet la vendeuse. "J’aurais pu les donner, mais je les ai mis à ce prix pour dissuader les jeunes de les adopter et d’en faire des chiens de combat." L’intention est bonne, pense-t-elle, "persuadée" d’être dans les clous.

Jusqu’à ce qu’une défenseuse de protection animale, Kathlyn, tombe sur la publication. Le manque d’informations pourtant obligatoires à la vente d’un chien de catégorie 1 lui met la puce à l’oreille. Ni numéro d’identification ni vaccin. Cette dernière appelle une autre bénévole, puis Sonia Guignon, vice-présidente de l’association La Vie Plus Belle.

 

Demande de cession et stérilisation

Ces dernières se rendent au domicile de la vendeuse. "On s’est fait passer pour des acheteuses, raconte Sonia Guignon. Sur place, on a tout de suite compris."

La mauvaise santé des six derniers staffs à adopter, entassés dans le jardin, les alerte: cachectiques, remplis de mouches, déshydratés.

"La reproduction et la vente de chiens de catégorie 1 sont interdites. En plus, l’éleveuse n’a pas de permis pour son propre chien."

Leur sang ne fait qu’un tour. Après cette visite, pour le moins glaçante, les trois femmes se précipitent à la gendarmerie. Et retournent sur le lieu de vente, accompagnées de deux militaires. "On lui a demandé une cession immédiate des chiots, qu’elle a acceptée. Et une obligation de stérilisation et d’obtention d’un certificat de capacité sous peine d’un dépôt de plainte. On lui laisse un mois", assure Sonia Guignon.

"Une injustice"

Une menace visiblement prise au sérieux par la maman de l’éleveuse, qui souhaite l’anonymat: "On va s’en occuper." Pour autant, elle ne comprend pas cette "injustice". "On s’en est occupés comme on a pu. Ils parlent de négligence, mais on ne comprend pas pourquoi."

 

Et pour cause, la mère et la fille se seraient renseignées, il y a deux ans, auprès de la mairie. "On nous a dit qu’il n’était pas nécessaire de faire déclarer notre chien." Avec le recul, l’adolescente reconnaît tout de même "avoir commis une erreur".

Pendant ce temps, les six chiots, saisis et récupérés par les associations La Tribu du Fourmilier, Rien que pour eux et Riviera’s Pet, se rétablissent peu à peu. Ou presque. Deux d’entre eux, recueillis et soignés par Marine Longeard, constituée famille d’accueil, peinent à s’en remettre. "Ils sont vraiment dans un état critique." La jeune femme déplore "une énorme maltraitance".

Hélas, ce cas n’est pas isolé. "Des ventes illégales de staffs? Ca arrive tout le temps!" Et c’est bien tout le problème.

Ray, 4 ans, à l’adoption. (DR).

Refuge de l'Espoir: "Sur nos 12 chiens, 5 sont des staffs"

"C’est à cause de ce genre de vente illégale que le Staff est la race la plus répandue dans les chenils." Roxane Renucci, responsable du refuge de l’Espoir, à Mougins, pourrait en parler pendant des heures: ces "chiens d’anges heureux" tombent toujours entre les mains d’ignorants. "Les gens pensent faire une bonne affaire en achetant cette race sur Internet et ne se renseignent pas sur l’éducation à lui donner." Vient ensuite la désillusion, puis l’abandon: "Ils s’aperçoivent qu’ils n’arrivent pas à maîtriser ce chien, très actif, et finissent par l’abandonner."

Trop d’abandons, peu d’adoptions

Résultat? Les toutous peuplent les refuges, et peinent à en sortir. "Sur les douze chiens que nous avons actuellement, cinq d’entre eux sont des American staffordshire Terrier. L’un d’eux attend son adoption depuis trois ans."

Pourquoi ne trouvent-ils pas de nouvelles familles? Leur " mauvaise réputation de chien dangereux" les trahit. Bien que ce soient "des chiens adorables qui s’entendent très bien avec les enfants".

Rares sont ceux qui se donnent la peine de les sortir de leurs cages. "On demande à l’acquéreur de prendre une assurance, d’obtenir un certificat de capacité, un extrait de casier judiciaire et deux justificatifs de domicile. a peut être contraignant."

Pour adopter un chien au Refuge de l’Espoir renseignements au 04.93.65.44.11.

Que dit la loi?

Selon l’article L. 215-2 du code rural, le fait d’acquérir, de céder (tant à titre gratuit qu’onéreux), d’importer sur le territoire de la République un chien de 1re catégorie ou de détenir un chien de 1re catégorie sans avoir fait procéder à sa stérilisation est puni de six mois d’emprisonnement et de 15.000 euros d’amende.

Les personnes physiques concernées encourent également les peines complémentaires suivantes:

- la confiscation du ou des chiens concernés;

- l’interdiction, pour une durée de 5 ans au plus, d’exercer une activité professionnelle ou sociale dès lors que les facilités que procure cette activité ont été sciemment utilisées pour préparer ou commettre l’infraction;

- l’interdiction, pour une durée de 5 ans au plus, de détenir un chien catégorisé.

Offre numérique MM+

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