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De jeunes hippocampes relâchés en mer pour repeupler les eaux monégasques

Ce mercredi, l’Institut océanographique et la Fondation Prince Albert II ont rendu les premières conclusions d’une étude inédite menée sur les hippocampes dans les eaux monégasques. Sept juvéniles élevés en captivité ont été relâchés.

Thibaut Parat Publié le 18/06/2021 à 14:40, mis à jour le 18/06/2021 à 13:41
Photo P. Pacorel/Institut océanographique

Sa morphologie très caractéristique lui vaut le surnom de "cheval de mer". Animal à la réputation mystérieuse, l’hippocampe peuple les eaux territoriales monégasques.

Mais dans quelles proportions?

En Principauté, une étude inédite, menée par l’Institut océanographique et la Fondation Prince Albert II, a justement permis de dresser un état des lieux de la population locale d’hippocampes.

Au terme de 160 heures de plongée, cumulées entre juin et septembre 2020, trois hippocampes dits "mouchetés" ont été découverts par les yeux aiguisés des bénévoles du centre d’exploration sous-marine de Monaco.

 

"Cela peut paraître peu, certes, mais sur quelques kilomètres carrés ça ne l’est pas. Leur moyen de défense, c’est d’être cryptiques, c’est-à-dire qu’ils se camouflent. De fait, ils sont visuellement très difficiles à observer", justifie Thomas Menut, directeur d’études chez Biotope.

Au-delà du statut bien mérité de rois du camouflage, les hippocampes en Méditerranée sont surtout considérés comme une espèce "quasi menacée". A cause - et cela n’est plus une surprise - des activités et nuisances générées par la main humaine.

trois sites identifiés

"L’exploration de la quasi-totalité du littoral monégasque a, aussi, permis d’identifier les sites présentant les meilleures caractéristiques pour leur développement. Les habitats présentent une grande diversité: il y a de la roche ou du coralligène avec des algues, des bordures de fond de gravier, la présence de chaînes, cordes et débris. Et, plus remarquable, des herbiers de Posidonie", fait savoir Olivier Brunel, chef du service aquarium du Musée océanographique.

 

Trois sites font ainsi office de petit paradis pour l’hippocampus guttulatus (son nom latin) : le tombant des Spélugues; au pied du Musée océanographique; et, enfin, le site des roches Saint-Nicolas, jouxtant le port de Fontvieille.

C’est au niveau de ces deux derniers sites que sept juvéniles - nés en captivité d’un mâle gravide prélevé lors des plongées de l’été dernier - ont été relâchés hier.

Quatre mâles d’un côté, trois femelles de l’autre. Et ce, pour éviter une reproduction entre eux et des risques de consanguinité.

C’est le prince Albert II qui a remis les bocaux en verre, où les hippocampes avaient été soigneusement placés, aux plongeurs.

Puis, ceux-ci ont disparu de la surface pour les lâcher à vingt mètres de profondeur avec une toute une batterie d’appareils. Avant ce grand bain dans le milieu naturel, les sept jeunes hippocampes avaient été largement étudiés au cœur du Centre monégasque de soins des espèces marines.

 

"Un certain nombre de procédures ont dû être testées dans l’hypothèse où l’état de santé des populations d’hippocampes venait à se dégrader dans le futur. Les données et connaissances acquises tout au long du projet nous amènent à privilégier des actions sur la qualité de l’habitat", poursuit Olivier Brunel.

L’action de repeuplement, elle, a été écartée. "Pour justifier une telle action au titre des standards internationaux, il faut prouver la raréfaction des populations, montrer qu’on a analysé les causes, que les dégradations d’habitat ou la surpêche ont été réglées. Ces critères-là ne sont pas remplis", confirme Patrick Louisy, responsable scientifique de l’association Peau-Bleue et spécialiste des hippocampes.

Des investigations scientifiques plus poussées vont être engagées visant, à terme, à proposer des actions de conservation. Les sept hippocampes réintroduits et la population déjà en place seront suivis pendant 5 ans, notamment grâce à l’application d’un protocole de photo identification.

 

Dans les aquariums du Centre monégasque de soins des espèces marines, le son des hippocampes a été longuement enregistré. Photo F. Pacorel - Institut océanographique.

User de la technologie pour mieux détecter ces as du camouflage

On l’a dit, les hippocampes usent de subterfuges ingénieux pour se cacher de leurs prédateurs. Difficile, donc, d’établir un inventaire précis des populations avec la seule bonne volonté de plongeurs sous-marins.

"Parmi les prochaines étapes, il y a le développement d’outils innovants pour améliorer la collecte d’informations sur ces animaux discrets", explique Olivier Brunel, chef du service aquarium du Musée océanographique.

À savoir, l’acoustique passive et l’ADN environnemental. "Avec ces deux techniques, on laisse des instruments assez longtemps sous l’eau pour avoir des détections d’une présence d’hippocampes, sans avoir besoin d’une présence humaine", introduit Thomas Menut, directeur d’études chez Biotope.

Concrètement, comment cela marche? On vous explique.

L’acoustique passive

Ce procédé sonore permet de suivre la fréquentation d’un site par l’espèce étudiée. "Au centre de soins, on a réalisé des écoutes d’hippocampes dans les aquariums pour être capable de caractériser leur son. Pour cela, on a arrêté les pompes, les ventilations. En mer, on va mettre des micros dans l’eau et cela permettra, au milieu du brouhaha général, d’extraire le son des hippocampes", détaille Olivier Brunel.

L’ADN environnemental

En se déplaçant en mer, les animaux marins laissent dans leur sillage des traces d’ADN.

"En récoltant de grosses quantités d’eau, que l’on filtrera, on va récupérer l’ADN des hippocampes. On est ainsi capable de les identifier parmi d’autres espèces. Tout cela nous permettra de pister les traces d’hippocampes pour mieux identifier les zones d’habitats, les saisonnalités de présence, les déplacements. On pourra, à terme, proposer des aménagements ou des mesures de protection spécifiques sur ces sites", conclut-il.

Les hippocampes relâchés dans les eaux monégasques mesurent entre 8 et 10 cm. Photo F. Pacorel - Institut océanographique.

Six choses à savoir sur l’hippocampe "moucheté"

Morphologie: sa tête fait un angle à 90° avec le corps. Sous sa peau, il affiche des plaques osseuses en lieu et place des écailles traditionnelles des poissons. Celles-ci forment une véritable armure aux carènes anguleuses.

C’est un caméléon: il se fond facilement dans le décor, sa teinte empruntant la couleur de la végétation qui l’entoure. C’est d’ailleurs cela qui rend difficile un inventaire exhaustif de l’espèce, à Monaco comme ailleurs.

Vue d’aigle: il repère ses proies grâce à ses yeux extrêmement développés. Ceux-ci sont mobiles, indépendamment l’un de l’autre.

Une espèce protégée: ces hippocampes sont protégés par la Convention de Washington CITES, celles de Barcelone, Berne et OSPAR.

Le mâle pondeur: c’est le mâle qui incube les œufs, dans une poche, pendant une période de trois à quatre semaines. Les nouveau-nés mesurent environ 12 mm. Le taux de survie dans la nature est d’un pour 1.000. Les juvéniles relâchés, ce mercredi dans les eaux territoriales monégasques, mesurent entre 8 et 10 centimètres.

Un animal fidèle: ils sont fidèles et vivent en couple toute leur vie.

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