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"La mort de l'élevage en plein-air", cette éleveuse de la Côte d'Azur s'inquiète des mesures face à la grippe aviaire

Les confinements de volailles perdurent en France pour contenir la grippe aviaire. Ces mesures à répétition inquiètent les petits éleveurs, comme Lucie Cateland, installée à Tourrette-Levens.

Antoine Louchez Publié le 18/01/2022 à 07:15, mis à jour le 18/01/2022 à 14:38
Lucie Cateland a le sentiment que le confinement des volailles "est en train de devenir la norme". (Photo A. L.)

Le saviez-vous? Les poules font face, elles aussi, à des épidémies et des confinements successifs. Et cela a un impact sur votre assiette. Cet hiver encore, pour limiter la propagation de la grippe aviaire et la contamination des élevages par les oiseaux sauvages, le ministère de l’Agriculture a décidé, depuis le 4 novembre, de faire enfermer toutes les volailles de France. Cela jusqu’à nouvel ordre. L’an dernier, ça s’est terminé en mars.

Des mesures d’urgences qui se répètent sur de longues périodes et qui ont poussé, en fin d’année, des syndicats et associations paysans à tirer la sonnette d’alarme pour défendre l’élevage en plein air.

"C’est ce qui fait peur, résume Lucie Cateland, 35 ans, éleveuse à Tourrette-Levens et représentante de la Confédération paysanne dans les Alpes-Maritimes. Confiner toutes les volailles, on a l’impression que c’est en train de devenir la norme. C’est la mort annoncée de l’élevage en plein air."

"On voulait une pratique respectueuse"

Ses bêtes peuvent sortir, mais dans un espace beaucoup plus restreint et couvert de filets. (Photo A. L.)

Avec son compagnon, elle s’est lancée dans l’élevage de volaille en 2016. Aujourd’hui, elle en a un millier: des volailles de chair et des poules pondeuses. Dès le début, elle a fait le choix du bio, du plein air. Une philosophie. "C’était la condition depuis le départ. On voulait une pratique respectueuse de l’environnement et du bien-être animal."

C’est peu dire si elle prend mal ces décisions qui paraissent lointaines. Elle a déjà connu trois épisodes de grippe aviaire, avec ses bêtes cloîtrées la moitié de l’année, sans qu’il n’y ait de cas dans les Alpes-Maritimes.

 

Avec les nouvelles normes, elle doit garder ses poules enfermées jusqu’à l’âge de 10 semaines (d’habitude, elle les laisse sortir au bout de 5 à 6 semaines). Soit quinze jours avant d’être abattues. Et encore, sur un espace extrêmement restreint, à la sortie du poulailler: 0,5m² par poule, contre 4 en temps normal. Le tout, dans des filets que les éleveurs doivent acheter à leurs frais, pour éviter qu’un oiseau sauvage ne s’incruste.

Et cette situation d’urgence, ne fait que perdurer… Lucie et ses confrères en sont convaincus: tout cela a un impact sur la santé de leurs bêtes, avec des signes annonciateurs: "La crête n’est pas rouge vif, les coquilles d’œufs sont moins solides".

Rongés par ces entorses à leurs principes, ces éleveurs le sont aussi vis-à-vis de leurs clients. Vous le saviez, vous, que les œufs "plein air" que vous achetez ne le sont pas vraiment? "Les consommateurs s’attendent à un certain produit et au final, ce n’est pas la réalité", alerte Lucie Cateland.

Normes et coûts supplémentaires

En plus du matériel qui se compte en milliers d’euros, ils sont censés mettre des sas de sécurité à chaque bâtiment, où ils doivent se changer en entrant. En bref: des normes et des frais supplémentaires pour une profession déjà en difficulté. "Ceux qui n’ont pas les moyens de mettre les filets gardent les volailles à l’intérieur tout le temps. D’autres n’ont pas la place pour les garder à l’intérieur, défend Lucie Cateland. Certains font le choix de ne rien appliquer. Mais c’est quand même contrôlé".

Un recours déposé, puis rejeté

Le 5 novembre, le ministère de l’Agriculture a fixé à "élevé" le risque de grippe aviaire, ordonnant ainsi à tous les éleveurs de France de confiner leurs bêtes. L’an dernier, 3,5 millions de bêtes, principalement des canards, avaient dû être abattues.

Deux syndicats agricoles (la Confédération paysanne et le Mouvement de défense des exploitants familiaux) et six associations ont déposé un recours devant le Conseil d’État, arguant d’une mise en péril de l’élevage en plein air en France. Un recours rejeté le 24 décembre par la plus haute juridiction administrative: "Malgré la gravité des atteintes invoquées par les requérants (...), il résulte de l’instruction que les mesures contestées ont été décidées pour faire face à un risque sanitaire particulièrement grave et urgent", avait jugé le Conseil d’État. Au 13 janvier, 150 élevages en France sont touchés par l’épidémie.

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