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Si vous n'avez rien suivi à l'affaire "mains propres" autour de la luxueuse tour Odéon de Monaco

Mis à jour le 25/01/2017 à 10:50 Publié le 26/01/2017 à 16:00
La tour Odéon à Moanco.

La tour Odéon à Moanco. Photo J.F. Ottonello

Si vous n'avez rien suivi à l'affaire "mains propres" autour de la luxueuse tour Odéon de Monaco

Le tribunal correctionnel de Marseille rendait ce mercredi matin son délibéré dans le vaste procès de corruption baptisé "mains propres". Retour sur la genèse de l'une des plus retentissantes affaires politico-judiciaire de la Côte d'Azur.

Le procès aura duré deux semaines. Le temps nécessaire pour permettre aux onze prévenus de s'expliquer sur les faits de «corruption», de «blanchiment» ou encore de «fraude fiscale» qui leur sont reprochés.

Parmi eux figurent les promoteurs monégasques de la plus haute tour de la principauté, Claudio et Paolo Marzocco, le maire de Beausoleil, Gérard Spinelli, l'épouse et l'une des filles de feu le sénateur-maire de Saint-Jean-Cap-Ferrat, René Vestri, ainsi que des entrepreneurs azuréens ayant pignon sur rue, tel que Ange-Roméo Alberti. Cet Italo-Monégasque, surnommé «Lino», est au cœur de ce vaste dossier qui comporte plusieurs chapitres.

Le tribunal correctionnel de Marseille vient de rendre son délibéré ce mercredi. La relaxe générale a été prononcée dans le volet de la tour Odéon sur lequel pesaient des présomptions de corruption en bande organisée.

Le tribunal a été moins clément dans le volet de blanchiment de fraude fiscale et d'abus de biens sociaux concernant la famille de feu le sénateur maire de Saint-Jean-Cap-Ferrat, René Vestri, en prononçant des peines de prison avec sursis.

>> LIRE AUSSI. Procès de la Tour Odéon: relaxe pour les promoteurs monégasques et le maire de Beausoleil

Deux volets judiciaires

Le premier volet s'intéressait à la construction de la tour Odéon, le plus haut building de la Principauté avec ses 49 étages et ses 170 mètres de haut. De quoi faire de l'ombre à Beausoleil, la petite commune voisine de ce programme immobilier 100 % monégasque.

Son maire était soupçonné d'avoir touché des pots-de-vin pour ne pas entraver le chantier, qui s'est finalement achevé en avril 2015. C'était en tout cas la thèse de l'accusation qui n'avait d'ailleurs pas hésité, en dépit de ses fonctions électives, à le placer en détention provisoire durant quatre mois.

Pour autant, l'élu de Beausoleil a toujours nié toute corruption.

Les juges se sont également penchés sur l'autre gros volet de ce dossier. Le second chapitre de l'affaire «mains propres» avait pour toile de fond la presqu'île des milliardaires, à Saint-Jean-Cap-Ferrat. 

A l'origine: une simple "demande de vérifications"

Tout commence par une simple «demande de vérifications». Le 17 juillet 2007, Santo A., officier de liaison italien basé à Nanterre, adresse à la brigade française de répression du banditisme une fiche de renseignements sur «des sujets d’origine napolitaine qui opèrent à San Remo et dans les zones limitrophes… En particulier, un personnage bien connu des services de police».

La note du «ministero dell’ Interno» italien vise nommément Giovanni Tagliamento, un Napolitain établi à Menton.

L’homme a déjà défrayé la chronique dans les années quatre-vingt-dix lors de la tentative de prise de contrôle du casino de la cité du citron. Tagliamento, alias «la petite araignée», avait alors été présenté comme l’ambassadeur de la Camorra sur la Côte d’Azur.

Cet Italien de 60 ans s’en est toujours défendu. Souvent avec succès dans les prétoires. Ses mauvaises fréquentations ne sauraient, en effet, constituer un délit pénal.

Après neuf longues années d’enquête, Giovanni Tagliamento a d’ailleurs été mis hors de cause. Il ne fait pas partie des onze prévenus qui ont comparu devant le tribunal correctionnel de Marseille.

La «petite araignée» n’en demeure pas moins à l’origine de la plus grosse opération anticorruption de ces dernières décennies.

Drôles de pirates

Car la note de l’officier de liaison italien n’est pas restée lettre morte. À la fin de l’été 2007, une enquête préliminaire est ouverte. Et les premières investigations se concentrent logiquement sur Giovanni Tagliamento. Des mois durant, les enquêteurs vont filer la «petite araignée» et établir une impressionnante galerie de portraits.

Tagliamento rencontre régulièrement des repris de justice italiens, et même un ancien de la loge maçonnique affairiste italienne P2. Ses relations s’avèrent en fait plus cosmopolites qu’il n’y parait. C’est ainsi que les policiers vont finalement assister – de loin – à une drôle de soirée «pirate».

Pour l’occasion, Chantal Grundig (1), la riche héritière de Max Grundig, le fondateur de la marque d’électroménager allemande, a ouvert grand les portes de sa villa à Roquebrune-Cap-Martin. Le mécène de cette fiesta n’est autre que son compagnon Lino Alberti, un homme d’affaires italo-monégasque.

Il s’agit de rendre hommage à «Robert le Pirate», un restaurateur de la Côte qui a décidé de se retirer des fourneaux. Au cours de sa carrière, le «Pirate» a vu défiler Frank Sinatra, Brigitte Bardot, Alain Delon, Burt Lancaster… Et ce soir-là, dans l’établissement roquebrunois où se poursuit la soirée, il y a encore du beau monde.

Les enquêteurs en planque voient débouler plusieurs élus de l’Est du département. Mais aussi d’autres «figures» locales. C’est ainsi que, dans leur jargon, ils appellent ceux qu’ils suspectent d’appartenir au Milieu.

L’ombre de la tour Odéon

Lino Alberti, qui a déboursé la bagatelle de 12.000 € pour organiser cette soirée «pirate», est entré dans les radars de la PJ. Il ne va plus en sortir. Son téléphone est placé sur écoute. Et ses conversations s’avèrent forts instructives.

Cet Italo-Monégasque est notamment en contact avec les frères Marzocco, dont le groupe familial s’apprête à construire la plus haute tour d’Europe. La tour Odéon est une opération 100% monégasque, mais l’ombre de ses 49 étages ne s’arrêtera pas à la frontière de la Principauté, et elle rafraîchit déjà l’humeur des habitants de la commune voisine de Beausoleil.

Qu’à cela ne tienne, Lino Alberti se vante au téléphone de pouvoir tout arranger avec «l’ami de Beausoleil».

Les enquêteurs acquièrent la conviction que cet «ami», c’est Gérard Spinelli, le maire. Les deux hommes se connaissent depuis près de 20 ans. Et lorsque Lino appelle sa compagne, Chantal Grundig, pour lui demander de préparer une enveloppe de billets au nom de «Gérard», les policiers croient détenir la preuve que l’élu azuréen s’est laissé corrompre. Ils passent à l’action.

Dans le dressing de Madame

Le 24 novembre 2009 Gianni Tagliamento, Lino Alberti, Gérard Spinelli et plusieurs autres suspects sont interpellés. Les enquêteurs perquisitionnent l’immense villa de Chantal Grundig à Roquebrune.

La fameuse enveloppe de billets est découverte, au fond du dressing de Madame, dans un coffre qui contient aussi un document dactylographié de deux pages sur lequel est ajouté à la main «tour Odéon».

Sur le premier feuillet sont inscrites des dates, en face desquelles correspondent des sommes pour un montant global de 2 millions d’euros. Sur la page suivante figurent les dix points précis qui justifieraient le paiement d’une aussi coquette somme.

Lors de ses premières auditions, Lino Alberti a tout simplement avoué qu’il s’agissait là du pacte de corruption qui le liait aux frères Marzocco. Les promoteurs de la tour Odéon l’auraient payé pour qu’il intervienne auprès de son «ami» de Beausoleil.

«En clair, il me fallait un peu d’argent en espèce pour inciter Spinelli à ne pas nuire», a d’abord déclaré Alberti, qui s’est depuis rétracté.

Kidnappé par la mafia

Les frères Marzocco, Claudio et Paolo, ont quant à eux toujours refusé d’endosser le rôle des corrupteurs. Ils n’auraient jamais formulé une proposition aussi indécente.

Le fait que leur nom puisse être mêlé à des voyous dans le cadre d’une telle procédure judiciaire ne leur inspirerait que «honte», compte tenu de l’histoire personnelle de cette famille de bâtisseurs italo-monégasques.

Si le père a dû s’exiler, il y a des années, en Principauté, c’est précisément parce qu’il avait refusé de payer un pot-de-vin au maire de San Remo. En représailles, l’aîné des Marzocco aurait même été kidnappé par la ’Ndrangheta, la mafia calabraise!

Les Gérard de l’affaire

Les Marzocco ne sont pas les seuls à nier en bloc. Gérard Spinelli assure que les accusations de corruption dont il fait l’objet ne tiennent pas la route. Pour la bonne et simple raison que l’élu français n’aurait eu «aucun pouvoir» sur un projet immobilier monégasque. L’enveloppe de billets au nom de «Gérard» ne pouvait donc être pour lui.

Pour le maire de Beausoleil, il y a forcément méprise. Spinelli n’est d’ailleurs pas le seul «Gérard» dont le nom apparaît dans ce dossier tentaculaire. Cela n’a évidemment pas échappé aux avocats du maire de Beausoleil.

Le chocolat était suisse

Il est vrai que Lino Alberti aurait tendance à se montrer pour le moins généreux. Au travers des différentes interceptions téléphoniques dont il a fait l’objet, il promet de distribuer ses «chocolats» à pas mal de monde.

C’est le nom de code qu’il utilise pour évoquer le cash, ces fortes sommes d’argent en liquide que l’homme d’affaires italo-monégasque, bien peu habitué à la rigueur du fisc français, manipule.

Or, c’est bien connu, le chocolat vient souvent de Suisse. C’est là que les enquêteurs vont découvrir le pot aux roses: une série de comptes offshore dont les ayants droit ne seraient autres que les membres de la famille du sénateur Vestri!

«Pas de honte» à faire du black

Les investigations sur Lino Alberti ont conduit les enquêteurs sur un autre chantier. Celui-là est bien plus modeste que la tour Odéon, même s’il est mené au cœur de la presqu’île des milliardaires.

La fille du maire de Saint-Jean-Cap-Ferrat a entrepris de rénover sa villa. Lorsque les corps de métier qui s’y attellent râlent de n’être toujours pas payés, Lino Alberti les calme… à coup de liasses de billets!

Les enquêteurs vont suivre la trace de l’argent jusqu’en Suisse où les deux filles du sénateur Vestri, son épouse et son gendre disposent de comptes crédités de plus de trois millions d’euros.

D’où vient l’argent? Un peu de la plage que la famille exploite à Passable. Un peu des «économies» de ses parents, expliquera l’une des filles Vestri avec un certain aplomb: «Ils ont eu trois entreprises…Ça génère du black, comme vous le savez. Au fil des années, mes parents ont forcément détourné de l’argent de leurs sociétés… Ce n’est pas quelque chose de honteux…C’est humain!

Appel d’offres en blanc

Le magot des Vestri est-il simplement le fruit d’une évasion fiscale? Les enquêteurs en doutent lorsqu’ils découvrent que Franck Lavagna, un des entrepreneurs qui a travaillé sur le chantier de rénovation de la villa de Marjorie Vestri, a «oublié» de se faire payer! Il aurait accepté de passer en pertes et profits certaines factures pour «être dans les petits papiers» du maire de Saint-Jean.

L’entreprise de Franck Lavagna aurait pu obtenir en échange le marché de la nouvelle mairie de la commune. Feu René Vestri a démenti de son vivant l’existence d’un tel deal, assurant qu’il n’avait même pas participé à la commission d’appel d’offres.

Les enquêteurs ont voulu s’en assurer: lors d’une perquisition ils ont retrouvé les procès-verbaux de cette instance censée contrôler les collectivités... signés en blanc!  

Sans préjuger de leur éventuelle culpabilité, il semble que les protagonistes de cette affaire partagent au moins une certaine propension à ouvrir des comptes en Suisse. Christophe Marty, un homme d’affaires niçois, en aurait huit à lui tout seul. Cette autre connaissance de Lino Alberti s’est retrouvée prise dans les mailles du filet au hasard d’une conversation téléphonique évoquant la rénovation du Grand Hôtel du cap Ferrat. Son intervention aurait permis à une filiale de Bouygues d’emporter le marché.

L’apporteur d’affaires a été rémunéré pour ses services. Jusque-là, rien d’anormal. Si ce n’est que les honoraires ont transité par une société anglaise. Pour échapper à l’impôt? «Il s’est depuis acquitté de ce qu’il devait, plaide son avocat, Me Denis del Rio, qui regrette que son client se soit ainsi «retrouvé pris dans la nasse d’un dossier qui le dépasse».

Car au-delà des libertés que les différents prévenus auraient pu prendre avec le fisc, c’est bien l’ombre de la corruption en terre azuréenne qui plane sur cette tentaculaire affaire.


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