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"Crois-tu en Allah/Dieu/Yahvé?": un questionnaire destiné aux élèves fait polémique en Corse

Mis à jour le 20/03/2017 à 06:30 Publié le 20/03/2017 à 06:30
Image d'illustration

Image d'illustration Photo Sébastien Botella

"Crois-tu en Allah/Dieu/Yahvé?": un questionnaire destiné aux élèves fait polémique en Corse

Un questionnaire, élaboré dans le cadre d'une étude sur la diversité commandé par l'Assemblée de Corse dirigée par les nationalistes, destiné aux élèves du primaire et secondaire en Corse et contenant notamment des questions sur l'appartenance religieuse, fait polémique sur l'île.

Interrogé par l'AFP, le recteur de l'académie de Corse Philippe Lacombe a indiqué que le questionnaire ne serait pas diffusé dans les établissements corses qui dépendent de l'Education nationale.

Ce formulaire d'enquête, "élaboré par les enseignants-chercheurs" de l'Université de Corse, "fait suite à la demande émanant du Président de l'Assemblée de Corse (Jean-Guy Talamoni) concernant les questions traitées par la commission permanente chargée de travailler sur la diversité culturelle", peut-on lire en introduction du document, décliné en deux versions destinées aux élèves plus ou moins jeunes à partir de 8 ans et que l'AFP a pu consulter dimanche.

S'y trouvent de nombreuses questions, sur les langues parlées par les élèves, mais aussi dans les familles et par les parents voire dans le quartier ou les médias, sur les voyages à l'étranger ou la religion et sa pratique.

"Est-ce que tu crois en Allah/Dieu/Yahvé?", "Est-ce que ton père croit en Allah/Dieu/Yahvé?", "Est-ce que ta mère croit en Allah/Dieu/Yahvé?", peut-on ainsi lire dans le questionnaire destinée aux élèves du primaire.

D'autres questions portent sur les pratiques alimentaires et culturelles lors du vendredi Saint, du Ramadan, ou du Shabbat, sur la consommation de viande, sur le port de signes religieux distinctifs, sur le sentiment d'appartenance à la Corse, à la France ou le sentiment de sécurité et l'intégration.

"Je vais demander solennellement à la ministre de l'Éducation Nationale d'interdire la diffusion de ce questionnaire dans les écoles de la République", a indiqué dans un communiqué François Tatti, le président (DVG) de l'agglomération de Bastia et conseiller territorial.

L'élu se dit "profondément heurté par la démarche et par le contenu" du questionnaire et se dit prêt à saisir le tribunal administratif si nécessaire pour obtenir son interdiction.

"J'ai prononcé en l'état la non diffusion de ce questionnaire dans le système éducatif corse" a indiqué le recteur, qui explique avoir pris cette décision vendredi pour les établissements dont il a la charge, ce qui exclut, par exemple, les lycées agricoles (rattachés au ministère de l'Agriculture, ndlr).

Le recteur met en avant la loi informatique et libertés de 1978 "qui interdit de collecter ou de traiter des données à caractère personnel qui font apparaître directement ou indirectement, les origines raciales ou ethniques, les opinions politiques, philosophiques ou religieuses", pour justifier cette non diffusion, d'autant plus concernant des mineurs.

M. Lacombe souligne également "la grande enquête menée par l'INSEE et l'INED" sur le sujet "qui a nécessité des mois, voire des années pour élaborer un protocole".

Ce sont "des thématiques extrêmement sensibles", rappelle-t-il, expliquant qu'aucun élément ne plaidait pour la diffusion du questionnaire, encore moins en année électorale.

Dans une lettre au président de l'université dont l'AFP a obtenu une copie, le président indépendantiste de l'Assemblée de Corse Jean-Guy Talamoni justifie cette démarche par la volonté de faire "un état des lieux" pour la commission permanente sur la "diversité culturelle et sa gestion".

"La réalisation d'un état des lieux quantitatif est rendue indispensable pour évaluer l'importance de chacun des groupes culturels au sein de la population", écrit M. Talamoni.

"Cet exercice n'est pas aisé et se heurte à des obstacles d'ordre juridique. La loi proscrit toute étude statistique à caractère ethnique", constate le nationaliste. "En s'appuyant sur les données démographiques et en sollicitant la contribution d'enseignants-chercheurs qui ont travaillé sur ces questions sensibles, une approche, quoiqu'empirique, est parfaitement envisageable", estime-t-il.


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