L'acteur d'"Esprit Criminels" sera bientôt à l'affiche d'une nouvelle série sur TF1: "S.W.A.T". Photo Jean-François Ottonello

INTERVIEW. Les confidences de Shemar Moore, le héros d'Esprits Criminels bientôt de retour avec une nouvelle série policière

La série "Esprits Criminels" en a fait non seulement un acteur populaire, mais aussi une icône pour ces dames. Désormais au générique de "S.W.A.T.", le beau métis aux lointaines origines françaises avait fait le show au Festival de télévision de Monte-Carlo. Il a joué le jeu de l'interview en toute simplicité dans notre dernier magazine Week-End.

Après douze ans de bons et loyaux services, l'agent spécial Derek Morgan a rendu son tablier.
Mais pas les armes. Désormais au générique de S.W.A.T., à voir prochainement en prime time sur TF1, Shemar Moore fait toujours dans le policier déterminé.
Côté vie privé, ce beau gosse athlétique aime, dans l'ordre: s'amuser, embrasser ses fans et conduire de grosses voitures. Ferrari, coupé Mercedes, Ford Bronco 1957.
"Un grand enfant", résume Shemar dont la "cool attitude" a charmé le public du Festival de télévision de Monte-Carlo, en juin dernier.

On dit que vous parlez un peu Français?
Un petit peu.
Ma grand-mère est originaire du Canada, du côté de Montréal. Moi, je suis né à Oakland, en Californie, où j'ai étudié le français à l'âge de quatorze ans.
À l'école, tout le monde m'appelait Serge.
Je sais, ce n'est pas un prénom formidable. Mais il m'en fallait un à consonance française et sur la liste, il en restait un seul commençant par un "s".
J’ai dit : "Va pour celui-là"

Vous pratiquez toujours?
Quand je suis à Paris ou à Monte-Carlo, je suis capable de dire: "Bonjour, je m'appelle Shemar", ou "ça va?" ou encore des basiques comme "Je vais à la plage" ou "Je suis à la maison".
Rien d'extraordinaire.
Mais j'ai téléchargé des cours de français et d'espagnol sur mon ordinateur, il faut que je m'y remette.

"Ne cherche pas à te comporter comme un Blanc ou comme un Noir, efforce-toi juste de comprendre ta double culture et de la respecter"

Mère blanche, père noir. Comment avez-vous vécu la mixité?
Quand j'étais petit, j'ai connu des moments difficiles.
Pas avec mes parents, évidemment.
Ma mère m'a toujours donné tellement d'amour…
Elle me disait souvent: "Aux États-Unis on te considérera toujours comme un Noir.
Même si tu es métissé, ta peau est foncée.
Alors ne te préoccupe pas de savoir de quel côté tu te trouves.
Ne cherche pas à te comporter comme un Blanc ou comme un Noir, efforce-toi juste de comprendre ta double culture et de la respecter.
Sois toi-même. Sois Shemar.”

Aujourd’hui, je vais partout, je fréquente toutes les communautés, je comprends le slang [l'argot, ndlr] et quand je parle avec mes potes, je dis des tas de gros mots.

Ce n'est donc plus une question?
Aujourd'hui, je suis très à l'aise avec ces deux volets de mon identité.
Mais il m'a fallu du temps.
J'ai passé les six premières années de ma vie à l'étranger.
De six mois à trois ans, j'étais au Danemark.
Le danois a donc été ma première langue, même si je ne le parle pas du tout, contrairement à ma mère.
Le seul mot que je connaisse, c’est "flytter". Ca veut dire "bouge".
Elle me le disait sans arrêt: "Shemar, flytter! Shemar, flytter!"

Shemar Moore à Monaco en juin dernier, lors du festival télé de Monte-Carlo. Photo Jean-François Ottonello

Le Danemark, et ensuite?
De trois à six ans, j'ai grandi à Bahreïn.
Ma mère m'y a inscrit dans une école privée anglaise où j'apprenais les bonnes manières, "tea time" et tout le reste.
Ensuite, nous sommes partis pour les États-Unis.
C'est là que les choses se sont un peu compliquées.
Du style: tu es Noir, tu dois être cool, tu ne peux pas trop faire le Blanc, etc.
J'ai pris confiance en mûrissant.
Grâce à l'école, grâce au sport, ça s'est fait tout seul.
J'aime ma mère, mon père est un sacré p… de barjo mais il reste mon père, et de tout ça, j'ai fini par prendre mon parti.
Aujourd'hui, je suis juste un comédien qui raconte des histoires aux gens.
Pas les histoires d'un Noir ou les histoires d'un Blanc.
Non, des histoires qui parlent à tout le monde.

Avant de devenir comédien, n'avez-vous pas été mannequin?
J'ai été un très mauvais mannequin.
J'avais des grosses fesses, des grosses cuisses, je ne rentrais pas dans la plupart des vêtements.
Ma carrière s'est limitée à quelques catalogues J.C. Penney ou Macy's.
On me voyait en tournant les pages des journaux, c'était un job assez idiot.
En plus, j'étais très timide.
Je le suis toujours un peu, d'ailleurs.
Les gens ont du mal à me croire parce qu'ils connaissent Shemar Moore, l'acteur.
Celui qui fait le show. "Baby girl! kiss, kiss, kiss!" et tous ces trucs-là.
Mais ce sont vraiment mes années de baseball, de football, de boxe, et de jogging qui m'ont aidé à m'ouvrir.
Et puis, j'ai quarante-huit ans, j'ai un peu d'expérience.
Je suis dans le métier depuis vingt-quatre ans, je donne des interviews, je fais le mariole.
Au fond de moi, je suis toujours assez réservé, nerveux, stressé.
C'est même la raison pour laquelle j'ai voulu faire du cinéma.
Avoir la possibilité de me glisser dans la peau d'un autre, c'est une façon de m'autoriser à faire des choses que je m'interdirais dans la vraie vie.
Je passe l'essentiel de mon temps à me cacher derrière mon personnage.
À la maison, je vous assure, pas de show!

"les gens sont étranges. Ils aiment regarder des choses très sombres, ça les aide à supporter ce qui ne va pas dans leur propre vie"

Qu'avez-vous été amené à faire de pire, en qualité d'acteur?
Si je désapprouve, je ne fais pas.
En même temps, c'est de la comédie. C'est pour de faux!
Quant à la pire chose, je me souviens d'une chose assez marrante. Dans un épisode de la série Chicago Hope, j'ai joué le rôle d'un boxeur qui se faisait atomiser dès son premier combat pro.
Après en avoir pris plein la tête, je devais me diriger vers les douches où, victime d'un malaise, je m'écroulais et je mourais.
Mark Harmon devait me faire du bouche-à-bouche, or le réalisateur voulait absolument que je sois nu, disant que l'on risquait de voir mon caleçon à l'image.
Le problème, c'est que les autres acteurs n'avaient pas été prévenus. Je me suis donc retrouvé sur le sol, à poil au milieu de tout le monde, avec Mark qui se penchait sur moi.
Une situation très, très embarrassante.
Vive Hollywood!

Une situation embarrassante parce que ça vous faisait… de l'effet?
Non! (rires)
Mais il aurait peut-être mieux valu.
Au moins, j'aurais été un peu plus fier de moi!

Dans Esprits criminels, vous étiez aux prises avec des affaires terribles. Torture, meurtres, enlèvements…
Auparavant, dans Les Feux de l'amour, je couchais avec la femme de mon frère, elle avait un enfant, on ne savait pas qui était le père…
Des histoires assez dingues.
Esprits criminels, c'est plus sérieux. FBI, meurtres, kidnappings. Au début, je me demandais ce qu'il pouvait bien passer par la tête des auteurs pour qu'ils aient envie de montrer tout ça.
Finalement, c'était très chouette car bien écrit, avec beaucoup de compassion, d'humanité et d'espoir.
En fait, les gens sont étranges.
Ils aiment regarder des choses très sombres, ça les aide à supporter ce qui ne va pas dans leur propre vie. Mais ils veulent aussi de la justice, de la réparation.
En tout cas, pour moi, Les Feux de l'amour, c'est mon premier degré. Esprits criminels, mon lycée. Et S.W.A.T. mon université.
La prochaine étape sera la thèse: je veux que ma carrière continue à progresser.
Étape par étape.
Je peux même vous dire que j'ai l'intention de devenir un vieil acteur.
Je veux tourner encore pendant trente ans!

"Ma condition physique ? 500 abdos par jour, 5 jours par semaine!"

Votre condition physique impressionne. Combien de pompes?
Pas des pompes, des abdos.
Cinq cents par jour, cinq jours par semaine.

Et les deux jours restants?
Je picole!

On vous a vu vous déhancher langoureusement sur Instagram…
Après deux bouteilles de vin, j'ai mis de la musique et j'ai fait l'imbécile.
Que ce soit Derek Morgan dans Esprits criminels ou Hondo dans S.W.A.T., je joue les durs. Des mecs sérieux.
C'est très bien, du point de vue du travail de comédien.
Mais moi, ce que j'aime, c'est m'amuser.
Je suis resté un grand enfant.

À force, c'est agaçant: on est jaloux. Rassurez-nous, vous avez bien quelques défauts?
J'ai des pieds affreux. Je ne sais pas faire la cuisine. Je suis incapable de chanter.
J'ai aussi un trait de caractère qui est à la fois un atout et un handicap: je suis obstiné.
Quand je veux quelque chose, je fais tout pour y arriver.
Le problème, c'est que je n'écoute pas l'avis des autres.
Du coup, mon entourage se sent exclu.
Alors oui, des défauts, j'en ai plein!