Illustration tribunal de Monaco. Photo Cyril Dodergny

Une récidiviste dépressive arrêtée avec 1,44 g d'alcool dans le sang

Un conte de Noël au tribunal correctionnel, peaufiné dans le secret des délibérations: c’est rarissime! Mais c’est une chance exceptionnelle qui a profité à une jolie Monégasque, minée par une tristesse accompagnée de l’épanchement de larmes impossibles à retenir.

Mercredi dernier, elle a bu! Beaucoup bu d’alcool dans la nuit pour oublier! Effacer de sa mémoire, l’instant de la griserie, un divorce tumultueux aux conséquences délétères qui s’éternisent.

Puis cette jeune femme d’une trentaine d’années a pris sa voiture pour simuler, stimuler l’évasion. Mais l’imagination n’est qu’artifice…

Vers 4 heures, les policiers interpellent une Mercedes qui roule à vive allure. Elle effectue un dépassement par la droite, puis franchit le feu rouge au croisement du boulevard d’Italie et de l’avenue de Saint-Roman. La gérante de société est au volant. Elle présente tous les signes de l’ivresse.

Au point de ne pas pouvoir souffler dans l’éthylotest! Alors, les agents la conduisent au CHPG où une prise de sang révélera un taux de 1,44 g d’alcool par litre de sang.

Même si la Justice prend des vacances pour les fêtes de fin d’année, elle ne ferme pas son prétoire. C’est donc la comparution assurée à l’audience des flagrants délits, menottée.

La présidente Magali Ghenassia, avec sa voix très douce, s’inquiète d’un tel comportement. "Vous vous trouvez en état de récidive légale avec une condamnation pour une infraction identique en 2014. C’est une circonstance aggravante. Elle permet de prononcer une peine plus lourde! Jusqu’au double! N’avez-vous pas réfléchi aux conséquences au moment de prendre votre véhicule? Vous saviez que vous aviez bu beaucoup trop…" 

La magie de Noël

La prévenue, entre pleurs, soupires et silences pour taire sa douleur, admet son instant d’insouciance. "Je vis une période très difficile… J’ai du mal à m’en sortir… Je regrette d’avoir cédé à la boisson… Pour briser ce cercle infernal, j’ai entrepris de lancer ma société…"

Cependant, pour le procureur général adjoint Hervé Poinot, "l’alcool n’est jamais un bon moyen pour réduire les problèmes personnels. Madame a commis des infractions dangereuses, confirmées par les enregistrements vidéo. Pour sa précédente comparution devant ce tribunal, son alcoolémie était moins élevée. Appliquez la loi dans toute sa rigueur, avec une peine de quatre mois ferme et une contravention à 45 euros."

La défense a conscience que cette femme ne passera pas les fêtes en famille. Néanmoins, Me Clyde Billaud réclame "la révision du quantum de la sanction. Faite preuve de clémence! Optez pour des mesures de soins! Ma cliente est tourmentée et elle ne sait plus trop vers qui se tourner. Préférez une peine avec fractionnement afin qu’elle puisse avoir une vie sociale…" Voilà la magie de Noël.

Le tribunal condamnera la prévenue à une peine de six mois, avec liberté d’épreuve pendant trois ans. Les juges ont fait une application plutôt souple de la loi, car cette particularité ouvre la possibilité de bénéficier d’un ultime sursis pour la fautive à la place de l’incarcération.