Laurent Anselmi est le nouveau directeur des Service judiciaires de Monaco. Photo Jean-François Ottonello

Une décision du nouveau ministre de la Justice de Monaco suscite la colère des magistrats

Les magistrats du Palais de justice de Monaco s'inquiètent d'une mesure prise par le nouveau directeur des Services judiciaires. Laurent Anselmi ne souhaite plus renouveler les magistrats français détachés en Principauté, au terme des trois ans. Une rupture avec les habitudes où ces juges étaient généralement reconduits une fois pour trois ans.

Y a-t-il le feu au Palais de justice de Monaco? Presque cinq mois après le départ à la retraite anticipé de Philippe Narmino, l’ex-directeur des Services judiciaires de la Principauté, éclaboussé par l’affaire Rybolovlev-Bouvier, et la nomination de son successeur, Laurent Anselmi, que se passe-t-il dans les couloirs de la maison judiciaire?

Depuis quelques jours, des courriers anonymes, adressés à la rédaction de Monaco-Matin, font état d'une inquiétude certaine des magistrats. Morceaux choisis: "Deux magistrats français détachés à la cour d’appel de Monaco, réputés pour leur compétence, leur rigueur et leur indépendance, seront bientôt remerciés par le nouveau directeur des Services judiciaires, Laurent Anselmi"; "L’épuration continue, cette fois à grande échelle"; "L’objectif: remplacer ces magistrats par des juges plus dociles".

De manière plus officielle, les magistrats de la Justice de paix, du Tribunal de première instance et de la Cour d’appel, dans une motion commune, "s’inquiètent, à la suite de la décision de refus de renouvellement notifiée à deux magistrats du siège, des risques que peut faire peser sur leur indépendance une nouvelle pratique consistant à ne pas faire droit à des demandes de renouvellement fondées sur d’excellentes évaluations et des avis très favorables de leur chef de juridiction".

"Je n'aurais jamais imaginé un tel procès d'intention"

En cause, une décision de Laurent Anselmi de mettre fin au renouvellement possible de trois ans des magistrats français détachés à Monaco, dans le but, explique le patron de la justice monégasque, d’éviter toute suspicion.

"Le non-renouvellement des magistrats détachés est aujourd’hui un standard européen, tiré des principes de la Convention européenne des droits de l’Homme, rétorque le directeur des Services judiciaires, l'équivalent du ministre de la Justice en France. Je suis l’apôtre de l’Etat de droit et pour le total respect de l’indépendance des magistrats du siège. Ce n’est pas à 56 ans, en devenant directeur des Services judiciaires, que je vais commencer à faire des magouilles à la petite semaine."

Interrogé sur l'opportunité d'une telle décision dans le contexte de l'instruction de l'affaire Rybolovlev-Bouvier, Laurent Anselmi répond: "Je n’aurais jamais imaginé que l’on me fasse ce procès d’intention. J’aurais fait ça pour matraquer une personne en particulier? Soyons sérieux. N’oubliez pas que dans cette affaire, un juge d’instruction monégasque est là aussi. Il est inconcevable d’imaginer que je puisse rechercher un juge docile."


Interview complète de Laurent Anselmi à lire ce mercredi dans Monaco-Matin.