Le procès de la Tour Odéon est rejugé en appel à Aix-en-Provence. Photo Franz Chavaroche

Procès en appel de l'affaire de la Tour Odéon : "la Justice ne s'est pas bien comportée", selon Eric Dupond-Moretti

L'affaire de la Tour Odéon à Monaco est rejugée en appel depuis ce lundi matin à Aix-en-Provence. Le premier procès en correctionnelle, il y a un an, avait abouti à la relaxe de la plupart des prévenus. Le parquet avait fait appel.

Le procès en appel de l’affaire «mains propres» s’est ouvert ce lundi matin à Aix-en-Provence. Ce tentaculaire dossier financier où se mêlent les comptes offshore de la famille de feu le sénateur-maire de Saint-Jean-Cap-Ferrat et un présumé pacte de corruption autour de l’édification, à Monaco, de la tour Odéon avait été initié à l’été 2007.

C'est une note de renseignements transmise par les services antimafia italiens sur les agissements sur la Côte d’Azur d’un de leurs ressortissants, Gianni Tagliamento, dont les avoirs venaient d’être saisis de l’autre côté de la frontière, qui avait été à l'origine de l'enquête.

La piste du grand banditisme avait conduit les enquêteurs de la police judiciaire et du Groupe d'intervention régional (GIR) à s’intéresser à d'autres protagonistes. Elus de la République et entrepreneurs ayant pignon sur rue s’étaient ainsi retrouvés dans les mailles du filet d’une vaste opération anti-corruption lancée le 24 novembre 2009.

La plupart des prévenus relaxés en première instance

Sept ans plus tard, l’affaire a finalement donné lieu à un premier jugement, prononcé le 25 janvier 2017 par le tribunal correctionnel de Marseille, qui avait relaxé la plupart des prévenus. Notamment le maire de Beausoleil, Gérard Spinelli, et les frères Marzocco, promoteurs monégasques de la tour Odéon, prétendument liés par un pacte de corruption.

La retentissante affaire «mains propres» avait ainsi accouché d’une souris. Mais c’était sans compter sur la ténacité du parquet qui avait finalement fait appel de ce premier jugement. «Le dernier jour à la dernière heure», a déploré ce lundi matin Me Eric Dupond-Moretti lors de ce nouveau procès.

Des nullités de procédure soulevées

L’audience devant la Cour d’appel a débuté par la même entrée en matière que celle qui avait eu lieu, il y a un an, devant le tribunal correctionnel. Les avocats des principaux prévenus ont souligné la confusion de l’ordonnance de renvoi rédigée par le magistrat-instructeur et plaidé l’incompétence de la cour. «Je ne sais même pas ce que l’on me reproche», a assuré Me Marie-Alix Canu-Bernard qui intervient aux intérêts du maire de Beausoleil. Quant à Me Dupond-Moretti, l’un des avocats des frères Claudio et Paolo Marzocco, il estime que «la justice ne s’est pas bien comportée envers eux» et rappelle qu’ils n’ont même jamais été entendu en tant que mis en examen.

Du côté de l’accusation, l’avocat Pierre-Jean Gaury rappelle que ces exceptions de nullité ont déjà été rejetées dans le premier jugement. Sans surprise, le président Vincent Turbeaux joint l’incident au fond. L’affaire «mains propres» va donc une nouvelle fois être examinée par la justice.

Les débats vont débuter par les montage offshore de Silvio Perlino, un conseiller financier monégasque spécialisé dans l’ouverture de comptes en Suisse et de sociétés écrans aux Iles Vierges Britanniques. Celles notamment qui ont permis aux filles de feu le sénateur Vestri de dissimuler des centaines de milliers d’euros au fisc. Ce qui leur a valu d’ailleurs d’être condamnées pour fraude fiscale. Et donc à Silvio Perlino d’être poursuivi aujourd’hui pour blanchiment. Si ce n’est que pour son avocate, Me Valérie Serra, un tel délit n’existe même pas à Monaco où l’intermédiaire exerçait son activité. Pour elle aussi, la Cour d’appel d’Aix ne pourrait donc le juger pour un délit qui n’a pas été commis en France.