Illustration bar Photo Patrick Clementé

La cliente discute l’addition dans un bar... avant d'être violemment dégagée

Si les clients sont poussés dehors d’une manière musclée parce qu’ils trouvent l’addition trop salée, la méthode risque de conduire à une rapide baisse de la fréquentation du bar-restaurant «Le Modjo», quai Jean-Charles-Rey, à Fontvieille. Le cogérant de cet établissement a comparu devant le tribunal correctionnel de Monaco.

Il a pris la victime par un bras et il l’a violemment poussée dehors parce qu’elle trouvait la note de 50 € excessive pour un plat de pâtes et deux verres de vin. Blessée, avec une ITT de cinq jours, la personne qui réclame justice est allée raconter sa mésaventure à la Sûreté publique.

Ce 27 octobre 2016, le dîner, pris avec une dizaine de membres du club «Harley Davidson», se déroule dans une bonne ambiance. La convivialité est de mise chez ces motards. La plaignante était-elle invitée ou se serait-elle incrustée?

Peu importe. Vers minuit, quand un serveur présente la facture à la convive, surprise, elle demande un ticket détaillé et des explications sur le prix qu’elle juge exagéré. Le cogérant estime qu’elle cherche à éviter de passer à la caisse et il ne ménage pas la sortie forcée de la cliente mécontente de son établissement.

"Nous réclamons 29 431,78 €, tous préjudices confondus»

«Vous avez contesté avoir blessé cette femme, reprend le président Florestan Bellinzona, alors que les caméras constatent les faits et vous identifient!» L’auteur de l’altercation s’en défend. «La mayonnaise est montée! Je suis intervenu pour calmer les choses. Je ne voulais pas que la contestation de l’addition dégénère. Il fallait éviter le scandale…»

Le magistrat insiste sur les images de la vidéosurveillance. «Toutes démontrent une attitude violente et agressive. Les policiers vous voient! Vous jetez cette personne et vous ne l’avez pas vue tomber au sol? Ça vous arrive souvent de sortir les gens de cette manière ?»

Le coupable dément toute brutalité: «Je ne sais pas quoi dire. Cette femme s’agrippait à ma chemise et m’insultait. Je n’avais pas le choix.» Un témoin vient conforter ces allégations. Mais la partie civile note la tendance du prévenu à minimiser les faits.

«Au fur et à mesure, déclare l’avocat Thomas Brezzo, ses versions diffèrent. Il ment! Il y a la vidéo: il a éconduit ma cliente brutalement et elle s’est retrouvée sur la route où elle a été blessée. Un autre individu l’a bousculée dehors et une jeune femme russe s’est interposée. Nous réclamons 29 431,78 €, tous préjudices confondus.»

Un mois avec sursis

Le procureur Alexia Brianti a du mal à croire au témoignage apparu par magie et aux propos qui ne correspondent pas aux images. «Les faits, les certificats médicaux sont là: il faut raison garder! Sans aucune circonstance atténuante, une peine sévère de quinze jours d’emprisonnement assortie du sursis s’impose.»

La défense préférera orienter sa plaidoirie sur «une enquête totalement bâclée. On s’est limité aux établissements mitoyens de Fontvieille et à examiner la vidéo. Ce que fait l’OPJ avec les images, c’est un ressenti. On marche sur la tête ! La partie adverse réclame 30 000 € pour une entorse bénigne du rachis cervical. Pourquoi n’a-t-elle pas appelé les secours ? Je vous demande la plus grande indulgence pour ma cliente».

Les juges opteront pour une peine d’un mois avec sursis, une provision de 1 000 € et la désignation d’un expert judiciaire.