Français, suisses ou britanniques, ces consommateurs et « seconds couteaux » seront-ils considérés comme les maillons essentiels d'un trafic ? illustration Nice-Matin

Onze traders-sniffeurs sous le nez de la justice

En 2016, un réseau de trafiquants qui avaient arrosé la place financière monégasque en cocaïne entre 2011 et 2015 était tombé. Au tour des consommateurs ou transporteurs d'être jugés.

Stupéfiants, argent, luxe et volupté! Entre 2011 et 2015, la place financière monégasque était devenue un vaste huis clos où l'odeur du fric puait surtout la cocaïne au sein d'une bande de «traders-sniffeurs». À l'époque, toute une organisation se mettait en place pour goûter aux paradis de Baudelaire. Mais à partir d'une dénonciation anonyme, en avril 2014, dealers, brokers et autres boursiers n'ont plus la cote…

Après la condamnation des principaux coupables à de lourdes amendes ou de la prison ferme, d'autres noms sont apparus au cours de la vaste enquête menée par les inspecteurs de la Sûreté publique. Plus particulièrement en fouinant dans les répertoires des téléphones portables des fournisseurs ou de ceux qui «partageaient» la schnouff…

Ce sont ces «seconds couteaux» du milieu bancaire et du courtage qui comparaissaient à l'audience. Soit onze ressortissants français, suisses et britanniques, principalement des consommateurs, que le parquet avait décidé de poursuivre devant le tribunal correctionnel pour détention, cession, offre, usages, transports… de stupéfiants. Avec des achats reconnus de 70 g à 300 g de coke sur dix-huit mois.

"C'était la queue de la comète drogue"

«C'est la queue de la comète drogue passée sur la Principauté entre 2011 et 2015 », rappelait le président Jérôme Fougeras-Lavergnolle, avant d'effectuer une sorte de tour de table afin d'interroger les prévenus.

Tous, d'ailleurs, racontent à quelques détails près une étonnante confession. Ils ont le même besoin de priser de l'alcaloïde afin de décupler leurs facultés psychologiques. Il était primordial de conserver et développer le rythme professionnel pour faire flamber les marchés financiers et gagner beaucoup de fric.Car il faut casquer pour s'éclater au cours des bamboulas: c'est le phénomène des «afters» en comité choisi! Un esprit festif justement disséqué par le premier substitut Olivier Zamphiroff, avant de requérir des peines d'amendes progressives pour les prévenus présents à l'audience. Ou bien de la prison avec sursis pour les trois absents à la barre.

«Autant de moments nocturnes où l'on a besoin de coke comme d'un instrument de cohésion du groupe. Il faut sortir avec elle sinon la soirée est foutue.» L'illustration de cette image fausse et mensongère d'une drogue associée à la fête, conduit le magistrat à poursuivre par une anamorphose.

«Ces personnes jouent avec des fortunes et doivent gérer leur stress, leur pression… Or, derrière il y a les produits interdits, des trafiquants qui en retirent de substantiels bénéfices et les consommateurs ! Ces derniers doivent être rattachés au trafic.»

"On veut réduire l'iceberg à un glaçon"

Et de conclure: «Qu'importe la divergence sémantique avec le rôle de partage. En fait, l'élément intentionnel est caractérisé ! Sans cette contribution à l'achat, il n'y a pas de trafic. On veut réduire l'iceberg, à un glaçon…»

La défense va solliciter la clémence et tenter d'annihiler les responsabilités dans cette affaire complexe. Plusieurs déclarations ou formules percutantes des avocats essaient de faire sensation pour leurs clients respectifs.

Me Pierre-Anne Noghès-Dumonceau: «Mon client est un maillon mineur avec une consommation faible. À 28 ans, il se bat pour financer ses études. Il a juste cédé sous la pression hiérarchique… Il veut rejoindre la Jeune Chambre économique de Monaco. Avec une peine sévère, vous mettrez fin à sa carrière…»

"Influencé par son supérieur hiérarchique"

Me Hervé Campana: «Ne faites pas un singulier amalgame de simple consommateur et de trafiquant de drogue. Un de mes clients a des enfants et demeure extrêmement honteux de ce qu'il a fait, influencé par son supérieur hiérarchique. Tous ont très peu consommé et pour leur propre usage.»

Me André Bezzina (Barreau de Nice): «Ce garçon n'a profité de rien. Il fait un peu tache, car il a rendu de menus services au niveau des livraisons. Il est chauffeur-dépanneur et travaille huit heures de nuit. J'ai peur qu'avec un casier, il perde son emploi.»

Me Alexis Marquet: «C'est à partir de son activité d'investisseur que cet homme s'est mis à consommer. Grâce à l'électrochoc de la garde à vue, il a compris le danger de la coke. Il n'a aucune addiction et c'est un sportif accompli. Il est parfaitement intégré en Principauté.» L'affaire a été mise en délibéré et la décision sera rendue le mardi 21 novembre, à 9 heures.