Dmitri Rybolovlev et Yves Bouvier sont en guerre sur le terrain judiciaire dans le cadre de deux affaires distinctes mais liées. Photos C. D. et J.-F. O.

"J'ai fait faire des affaires à Rybolovlev", Yves Bouvier explique les coulisses des transactions avec le milliardaire russe

Dans une interview qui sort ce jeudi dans Paris-Match, le marchand d'art suisse, accusé d'escroquerie par l'ex-oligarque russe, explique les coulisses du monde de l'art.

C'est reparti ! Après la vague d'articles ayant défrayé la chronique le mois dernier à propos des SMS de Tetiana Bersheda, c'est maintenant le tableau le plus cher du monde qui fixe tous les objectifs sur Dmitri Rybolovlev.

Le Salvator Mundi (sauveur du monde), vendu 450,3 millions de dollars, a permis au président de l'ASM Football Club d'encaisser un peu plus de 300 millions d'euros en exactement 19 minutes, dans la vente aux enchères chez Christie's à New York. Un montant brut car, comme le souligne Paris Match qui sort aujourd'hui et consacre pas moins de dix pages au sujet, la plus-value nette ne serait "que" de 170 millions d'euros.

Rappelons qu'en 2013, l'ex-oligarque russe avait acheté le Leonard de Vinci 127,5 millions de dollars à Yves Bouvier, celui-là même contre lequel Rybolovlev a porté plainte en 2015, considérant qu'il avait été escroqué par son marchand d'art.

Acheté moins de 10.000 dollars en Louisiane

Combien Yves Bouvier a-t-il payé le tableau ? 83 millions de dollars. Et avant Yves Bouvier ? Selon Paris Match, le tableau a été acheté 10.000 dollars lors d'une vente aux enchères en Louisiane au début des années 2000. Il a ensuite été authentifié et a subi une profonde restauration.

Entre vente et achat, revente et rachat, les prix sont parfois multipliés par 1, 10 ou 100… Drôle de monde que celui de l'art qui obéit davantage aux modes, aux coups de cœur, à la spéculation, au flair et peut-être même à l'air du temps. Un monde dans lequel le discret Yves Bouvier était comme un poisson dans l'eau avant la plainte pour escroquerie et blanchiment de Rybolovlev déposée à Monaco.

Le marchand d'art s'est longuement entretenu avec Paris Match pour expliquer ce monde dans lequel les collectionneurs jonglent avec les millions. Alors, quand il est question d'évoquer un bénéfice de plus de 40 millions de dollars dans la transaction du Salvator Mundi entre Bouvier et Rybolovlev, le marchand rétorque : "Ce tableau avait été proposé à Rybolovlev pour 190 millions de dollars, je lui en ai donc fait économiser 63 ! (...) Moi, je lui ai fait faire des affaires. Il se base sur les estimations établies par un consultant n'ayant aucun statut d'expert et grassement rémunéré. Ce dernier estimait le Vinci à 75 millions de dollars…"

Quand on s'estime escroqué, difficile de dire au monde entier qu'on a empoché 170 millions en un coup de marteau. C'est évidemment ce qui saute aux yeux, même si le bénéfice pour Yves Bouvier a été de plus de 50 % sur l'œuvre. Le marchand se justifie d'ailleurs. Il faisait "35 % de marge, avant charge, comme tout commerçant !"

"Si l'on me reprochait quoi que ce soit en ce qui concerne cette vente, je serais en droit d'en demander la résiliation, de rembourser la somme engagée pour l'acquisition et de réclamer les bénéfices tirés des enchères. Je ne pense pas qu'il le fera."