Absent des réseaux sociaux, le maire a vu apparaître deux profils utilisant son nom et sa photo. Le premier compte une centaine d’amis et son titulaire incite les utilisateurs de Facebook à souscrire un prêt. Le second (en bas à droite) affiche deux amis mais aucune activité illicite n’a p... Photo J.-F. Ottonello

Attention au faux compte Facebook de Georges Marsan, maire de Monaco

Un faux profil au nom de Georges Marsan réclame leurs données personnelles aux internautes. Le maire a déposé plainte pour usurpation de son identité et adresse un message de prévention

Ces dernières années, une véritable industrie de l’extorsion s’est développée sur internet. Quiconque possède un compte sur un réseau social, à commencer par Facebook, reçoit inéluctablement, et à intervalles réguliers, des demandes d’amis provenant d’un(e) inconnu(e) dont le profil n’a peu ou pas d’activités.

Parfois même, cette demande fait doublon avec une amitié déjà existante! Même nom, même photo, mais un profil fantôme, vide d’informations…
Simple plaisantin, hacker chevronné ou véritable filière criminelle sévissent derrière ces avatars.

Un fléau numérique et sans frontières qui s’abat tout autant sur les anonymes comme les personnalités publiques. Et Monaco n’y échappe pas (lire ci-dessous). Le maire en personne vient d’en faire les frais. Au point, hier matin, de déposer plainte pour usurpation d’identité auprès de la Sûreté publique.

>> RELIRE. Un faux prince Albert tente d'arnaquer une journaliste.

"je n’ai pas de page Facebook"

"Il y a une dizaine de jours, les services de la mairie se sont aperçus d’une usurpation de mon identité sur Facebook. Plusieurs personnes extérieures nous ont également avertis", relate Georges Marsan au sortir de son dépôt de plainte, précisant d’emblée: "Il faut que les gens sachent que le maire de Monaco n’a pas de page Facebook personnelle, mais uniquement la page officielle de la mairie."

Le faux compte débusqué, les services de la mairie ont aussitôt procédé à un signalement auprès de Facebook. Une action préventive des plus simples, un onglet offrant cette possibilité en haut du profil de chaque compte Facebook.

>> RELIRE. Ils se font passer pour le prince Albert de Monaco pour soutirer de l'argent à des chefs d'entreprise.

"On a également demandé aux gens qui nous avaient contactés de faire ce signalement", précise Georges Marsan, dont la tentative d’entrer directement en contact avec Facebook "a été sans succès".

La promesse d’un prêt avantageux

Ce week-end, la mairie a donc pris les devants en diffusant, via Facebook, un message de prévention. "Depuis plusieurs jours, un faux profil usurpant l’identité du maire de Monaco est apparu sur Facebook. Cette personne entre en contact avec des utilisateurs du site en leur promettant de l’argent. Nous appelons à la plus grande vigilance et à ne pas donner suite aux sollicitations de cette personne (...). Merci de bien vouloir nous faire remonter toute discussion ou échange que vous auriez pu avoir avec cette personne (voir captures d’écran ci-contre)."

 

Capture d'écran

Les retours ne tardent pas à tomber en commentaires de ce post. Et le stratagème de l’usurpateur est dévoilé.

Chaque utilisateur de Facebook «hameçonné» par l’escroc reçoit automatiquement un mail sous l’objet "MAIRIEDEMONACO".

Sous prétexte de grands projets de la mairie à financer, l’usurpateur réclame alors, non pas de l’argent directement, mais quantité d’informations personnelles vouées à constituer un dossier de prêt à un taux avantageux…

Facebook sollicité par la police

Nom, prénom, date de naissance, profession, revenu mensuel, loyer mensuel…Tout y passe jusqu’à demander une copie de la carte nationale d’identité ou du permis de conduire.
"Ce qui est inquiétant, d’après les dires de la police, c’est que le fait de demander la carte d’identité peut servir à éditer de faux papiers et ouvrir des comptes bancaires. Une fois le compte ouvert, il peut y avoir une escroquerie. On fait rentrer de l’argent et on ferme le compte pour que l’argent disparaisse."

"Ils utilisent la personnalité du maire pour mettre en confiance", juge le maire, qui n’a jamais penché pour une vengeance "personnelle". "Une connaissance ne le ferait pas à Monaco et puis ce n’est pas bien fait.Il y a plein de fautes d’orthographe qui font penser à d’autres arnaques connues, venues de pays africains et qui visent à ouvrir des comptes bancaires."

Et maintenant?

Toujours actif hier, le compte incriminé comptabilisait 6400 vues, 70 partages et 10 commentaires. "La police a un numéro de procédure et l’a envoyé aux États-Unis à Facebook pour arrêter le compte."

Quant à remonter jusqu’à la source et interpeller le (ou les) usurpateurs…Heureusement, pour l’heure, personne ne semble avoir répondu à ces fameux formulaires de prêt.

Hier, une simple recherche Facebook avec le nom de Georges Marsan laissait en revanche apparaître l’existence d’un autre faux profil, comptant deux amis virtuels.


Les personnalités publiques de Monaco particulièrement exposées

Le 27 septembre 2017 au matin, un individu ressemblant au prince Albert II avait pris contact avec une célèbre journaliste française, la Niçoise Michèle Cotta. Au cours d’une conversation vidéo par WhatsApp, totalement surréaliste, l’usurpateur lui demande de l’argent pour libérer un journaliste monégasque enlevé par un groupe islamiste. La journaliste n’est pas dupe. Elle flaire l’arnaque et la raconte dans nos colonnes.

Six mois plus tard, nous apprenions, par voie de communiqué du gouvernement princier, que l’affaire n’était pas isolée. "Depuis plusieurs semaines, des individus en bande organisée usurpent l’identité de hautes personnalités de la Principauté et tentent d’entrer en contact avec des relations personnelles de celles-ci, des dirigeants de société ou des personnes à responsabilités, notamment par message électronique, SMS ou visioconférence au moyen d’application de type WhatsApp."

Avec, chaque fois, la même mise en scène: sous prétexte de régler un problème financier urgent, des transferts de fonds vers des comptes bancaires ouverts à l’étranger, notamment en Asie. Aucun des trois dirigeants monégasques, ou en lien avec la Principauté, n’était tombé dans le piège.

La police monégasque avait alors lancé un appel à la vigilance à l’attention des cibles potentielles (dirigeants de société, personnes à responsabilités…), en les invitant "à demeurer très prudent et sceptique face à ce genre de communication inhabituelle, à procéder à toute vérification directe et certaine, et à contacter la Division de police judiciaire en cas de telles sollicitations".

Le maire de Monaco rappelle qu'il n'a pas de compte personnel sur Facebook. Pourtant deux faux comptes existent bien. Capture d'écran