Rana, qui pèse désormais plus de 20 kg pour 53 cm, a été relâchée le 19 juin dernier au large de Monaco. Photo F. Pacorel

On vous donne des nouvelles de Rana, la tortue du Musée océanographique de Monaco, relâchée en mer

Remise à l’eau le 19 juin dernier au large de Monaco et équipée d’une balise GPS, Rana, la jeune tortue caouanne, se trouve désormais près des côtes espagnoles, vers Tarragone

"Les tortues sont de grandes migratrices. Nous voulons savoir comment va se comporter Rana. Actuellement, elle se dirige vers le sud de l’Espagne. Une fois arrivée à Gibraltar, est-ce qu’elle va revenir sur ses pas? Se diriger vers la côte nord-africaine? Ou est-ce qu’elle va traverser le détroit?

On a toujours entendu dire que les courants étaient trop forts pour qu’une petite tortue puisse sortir de là. Mais, vu ses déplacements, elle est assez costaude.

Elle fait 30 kilomètres par jour en moyenne, ce qui est pas mal pour une petite tortue. Elle a plutôt le comportement migratoire d’une adulte", oberve Alexandra Béal, technicienne aquariologiste qui travaille au Musée océanographique depuis douze ans.

>>REVOIR. VIDEO. Rana, la tortue du Musée océanographique de Monaco, a retrouvé la mer. 

Rana et sa balise GPS: une première

Elle a suivi la petite tortue depuis son arrivée au Musée océanographique, le 9 avril 2014. Rana avait été retrouvée dans le port Hercule, en état d’hypothermie.

Rana ne pesait que 125 grammes lorsqu’elle est arrivée au Musée océanographique. Photo F.Pacorel

La tortue caouanne, alors âgée d’un an environ, ne pesait que 125 grammes.

Soignée et nourrie pendant quatre ans par une équipe de dix personnes, Rana a été relâchée au large de Monaco le 19 juin dernier, équipée d’une balise GPS. Une première pour le Musée océanographique.

Financée par le CNRS de Strasbourg (Centre national de la recherche scientifique), cette balise d’une centaine de grammes et d’une autonomie de deux ans, a été fixée sur les écailles de la carapace de Rana.

Afin que sa position soit enregistrée, il faut qu’un satellite passe au moment où elle sort respirer à la surface.

La technicienne aquariologiste explique que si le musée a décidé de placer une balise sur Rana, c’est parce qu’"il y a certains stades, notamment le stade juvénile, qu’on ne connaît pas. Nous les appelons les années fantômes. On sait que les tortues viennent pondre sur les plages. Les petits vont en mer et après on ne les revoit plus avant qu’ils aient une certaine taille."

Déplacements en triangle

En un mois, elle avait déjà rejoint la frontière espagnole. Avec quelques arrêts stratégiques.

"Elle a passé une semaine à Fos-sur-Mer. Ses déplacements étaient vraiment en triangle. Ce comportement montre qu’elle s’alimente.

Et Fos-sur-Mer est réputé comme site d’alimentation pour les tortues de cette espèce. Elle a rechargé ses batteries là-bas et après, elle est repartie dans son périple", explique Alexandra Béal.

Le CNRS de Strabourg, qui fait actuellement une thèse sur le suivi comportemental des tortues caouannes, a financé la balise GPS. Photo M. Dagnino

Rana se trouve actuellement vers le Far del Fangar, au sud de Tarragone en Espagne, où elle a également un comportement en triangle.

"Au début, on était surpris qu’elle longe les côtes. Le CNRS nous a dit que c’était logique car, au large, à 30-40 km de nos côtes, il y a des courants assez forts. Donc elle se fatiguerait.

La plupart des tortues adultes vont avoir tendance à se rapprocher des côtes car il y a de la nourriture et des courants moins forts.

Pour l’instant, elle a vraiment la logique d’une tortue en migration qui s’économise", estime celle qui est un peu "la maman" de Rana.

Le Musée a aussi effectué des tests ADN sur la petite tortue pour déterminer son origine géographique.

Rana partage le patrimoine génétique de différentes populations: Nord-Ouest Atlantique, Cap vert et Méditerranée orientale.

"Est-ce qu’elle va retourner au Cap Vert? Rester en Méditerranée? On se pose toutes ces questions. Donc on a hâte qu’elle arrive à Gibraltar pour savoir quel choix elle va faire. Vu son déplacement, je pense qu’on arrivera à le savoir d’ici septembre", estime Alexandra Béal.

Pour suivre le trajet de Rana depuis sa relâche, rendez-vous sur www.institut-ocean.org/suivi. Capture d’écran du site du Musée océanographique