En duo avec un homme, et affublées de bulles bd délivrant des messages, les grid girls se transforment en fan messengers. Photo T.M.

Comment Monaco a étouffé la polémique autour des grid girls

Liberty Media avait décidé de bannir les hôtesses des lignes de départ. Eh bien, le Grand Prix de Monaco a bravé l’interdiction en inventant les couples grid girls - grid boys. Bien joué

Bonnet blanc, blanc bonnet», écrivions-nous hier. Une tempête dans un verre d’eau, pourrait-on ajouter aujourd’hui, après avoir assisté à la cérémonie précédant le 76e Grand Prix de Monaco.

En fin de compte, il aura suffi d’ajouter une estrade, une dizaine d’enfants et une vingtaine de jeunes hommes pour imposer les grid girls et ainsi faire plier Liberty Media. Pour obtenir… que rien ne change vraiment, au fond.

Pour ceux qui n’auraient rien suivi à cette affaire, voilà le topo: le 31 janvier, le nouveau patron de la F1, Liberty Media, lâche une bombe en interdisant la présence de grid girls, ces filles animant la grille de départ de chaque Grand Prix, depuis toujours, ou presque. Une tradition jugée trop sexiste. L’affaire Weinstein est passée par là.

Un monde fou

Le monde de la F1 est en ébullition. Chacun y va de son commentaire. Certains crient au scandale. Mais la décision est prise.

À Monaco, le président de l’Automobile Club décide de ne pas se laisser faire. Début avril, Michel Boeri annonce calmement dans nos colonnes que les «hôtesses sont élégantes et à l’image de Monaco. Elles sont jolies et font partie du paysage de la F1. Elles seront là».

Effectivement, elles étaient là. Aussi jolies et élégantes que les années précédentes. Des visages étaient même familiers, signe que ces filles reviennent d’une année sur l’autre au Grand Prix de Monaco.

Bref, sur le fond, rien n’a changé. Les mêmes ravissantes et élégantes hôtesses étaient sur la grille de départ – traduction: «grid girls» en anglais –, sauf qu’il fallait désormais les appeler «fans messengers», pour ne pas froisser Liberty Media.

Pour braver l’interdiction du patron de la F1, l’ACM a mis les petits plats dans les grands. À côté des grid girls – désolé mais c’est le terme le plus adapté –, il y avait des grid boys, de jeunes et beaux garçons qui portaient les drapeaux de Formula One, de la FIA, de l’ACM et de Monaco à leur arrivée, ainsi que les panneaux en forme de bulle de BD sur lesquels étaient inscrits des tweets d’encouragement sélectionnés au préalable, adressés aux pilotes par des fans.

À ces 27 couples se sont ajoutés quatorze enfants, vêtus d’une combinaison de pilote – des as de karting et autres passionnés de F1 sélectionnés par la direction de l’Éducation nationale. C’était une recommandation de Liberty Media.

La réponse de Monaco

En fin de compte, ce joli mélange a eu le mérite d’animer plus que jamais la ligne de départ de ce Grand Prix. Depuis les terrasses et les tribunes, le public saluait l’entrée en scène de ces filles et garçons souriants et visiblement heureux d’être là, qui multipliaient photos et les selfies.

Belle image, loin de la vulgarité et du sexisme que l’on a pu voir sur d’autres circuits.

Au final, cette cérémonie avait de la gueule. Belle réponse de Monaco à une polémique dont la F1 aurait pu se passer. Les prochains grands prix suivront-ils le mouvement?